Le Spleen de Paris

par

Mettre le monde sous glace

« Sous le soleil nous sommes tous égaux et misérables, mauvais acteurs d'un drame dont nous ignorons le sens, jaugés, jugés par l'œil lointain. Mais la vitre rassure. Elle met le monde sous glace. Elle transforme la réalité en spectacle, l'absurdité en énigme, la platitude en une profondeur, et nous devenons nous-mêmes, derrière elle et par elle, des spectateurs et donc des innocents. » (J.-P. Richard, Poésie et profondeur)

Baudelaire tisse en effet ce motif de la vitre tout au long de son recueil : c'est une médiation – autre que le double – nécessaire pour se connaître. Elle met le monde « sous glace », le rend étranger au poète comme si celui-ci lui était extérieur. Véritable cadre, c'est un premier pas vers la représentation littéraire, qui met sous les yeux du lecteur le monde, étranger et analysable. Ainsi le poète se tient-il derrière « les fenêtres » pour observer le monde et les autres, pour les atteindre mieux que s'ils n'étaient directement à ses côtés. Il les transforme par là même en figures, en potentiels personnages romanesques, en doubles littéraires, et explore la profondeur des signes qu'ils portent sur leurs visages et leurs habits. Recherche, plongée dans les abîmes de l'autre, le travail du poète se trouve donc être un travail distancié qui, paradoxalement, rapproche de l'autre au moment même où il s'en éloigne.

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Dissertation à propos de Le Spleen de Paris