Le tumulte des flots

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Yukio Mishima

Yukio
Mishima est le pseudonyme de l’écrivain japonais Kimitake Hiraoka, né en 1925
et mort en 1970. Son œuvre constitue un mélange original entre la littérature occidentale
et les traditions japonaises.

Son
enfance est solitaire ; il est d’abord séquestré peu après sa naissance,
jusqu’à ses onze ans, par une grand-mère hystérique qui vit dans la nostalgie
du temps des samouraïs. Ses études au Collège des Pairs sont brillantes ;
il est même récompensé par l’empereur. Le jeune Kimitake lit beaucoup, de la
littérature classique japonaise, mais aussi l’écrivain contemporain Jun’ichirō Tanizaki
ou des écrivains occidentaux comme Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke, Jean
Cocteau ou Raymond Radiguet. Il publie d’ailleurs dès 16 ans un roman, Le Bois du plein de la fleur, dans une
revue littéraire, qui le voit entreprendre une veine romantique, l’auteur s’y
montrant obsédé par les thèmes de la beauté et de la mort, le culte du passé.

Poussé
par son père qui lutte contre ses tendances efféminées, son goût pour la
littérature, il étudie le droit allemand à l’université impériale de Tokyo.
Suite à l’erreur d’un médecin, qui le juge tuberculeux, il ne fait pas son
service militaire et gardera un mélange de culpabilité et de regret de n’avoir
pas pu prendre part à la guerre et mourir héroïquement.

Dès 1946,
il rencontre le grand écrivain Yasunari Kawabata qui le fait entrer dans les
nouveaux cercles littéraires. Après un passage d’un an au ministère des
Finances, Mishima, qui collabore via ses nouvelles avec plusieurs revues, se
consacre à la littérature.

L’écrivain
publie dès ses 24 ans un de ses livres les plus connus, Confession d’un masque, récit semi-autobiographique dans lequel
Kochan doit adopter un « masque » pour ne pas choquer un
environnement empreint de conformisme ; en effet, ses pulsions premières
l’attirent vers un camarade. Se trouve en substance toute l’œuvre à venir de
Mishima ; les thèmes y sont la jeunesse, la beauté, l’érotisme et la mort.

L’année
d’après, Une soif d’amour, qui subit
l’influence de Mauriac, met en scène Etsuko, jeune veuve vivant chez son
beau-père, devenu son amant, qui tombe amoureuse d’un domestique qu’elle finira
par tuer. La passion s’y allie à la violence et à la poésie.

En 1951
l’écrivain entreprend un tour du monde. La Grèce, rencontre à laquelle ses
lectures l’ont préparé, le marque en particulier. C’est l’occasion pour
l’écrivain d’envisager une littérature plus solaire, moins obsédée par les
thèmes de la mort et de la nuit. Ainsi, Le
Tumulte des flots
, œuvre publiée en 1953, contraste par sa délicate et
sensuelle romance amoureuse.

Mishima
publie à cette période des essais critiques. Il y préconise de calquer le roman
sur la tragédie classique : sa construction devra enchaîner les péripéties
sur un rythme de plus en plus soutenu, pour mener le récit vers la tragédie qui
doit le clore.

L’écrivain,
polygraphe, ne dédaigne pas le théâtre. De 1950 à 1955, il écrit par exemple Cinq Nōs modernes, dont le ton varie
entre comédie et tragédie, et qui abordent les thèmes de la jeunesse et de la
vieillesse, de la beauté immuable. L’adolescent obsédé par la destruction du
monde qui y apparaît peut faire penser au jeune Mishima confronté à la Seconde
Guerre mondiale, et la jeune femme qui choisit de porter plus d’attention à ses
rêves qu’à la réalité a pu lui être inspiré par son long isolement, plus jeune,
et les nombreuses lectures qui constituèrent une partie de sa vie. Le genre de
la fable antique se voit renouvelé, l’éclosion de son récit dans les milieux
sociaux d’alors lui fait gagner en contemporanéité.

Le Pavillon d’or, publié en
1956, fait partie des romans les plus lus de l’auteur ; il connut dès sa
parution un très grand succès dans son pays comme à l’étranger. Mishima, à
l’occasion d’une analyse psychologique précise, tente de livrer au lecteur –
d’après un fait divers authentique – les motifs qui ont poussé Mizoguchi, jeune
novice, à incendier le trésor national qu’était le Pavillon d’or en 1950, pour
lequel il éprouve une véritable passion qui se transforme en haine. La laideur
du personnage est marié à un ego surdimensionné qui semble lui indiquer une
mission funeste et édifiante. Les considérations philosophiques, la réflexion
autour de la beauté et de la contemplation rattachent l’œuvre aux ouvrages de
Thomas Mann qu’a lus Mishima.

En 1958,
soucieux de conformité et de rassurer sa mère – son homosexualité est notoire –,
Mishima se marie à Sugiyama Yoko, qui lui donnera deux enfants. Parallèlement à
une carrière poursuivie au cinéma et dans le genre théâtral du kabuki, Mishima
est connu pour s’être attaché à une construction assidue de son corps via la
pratique du kendo et de la boxe. L’auteur, satisfait de son apparence, posera même
pour quelques photos hardies.

Dans les
années 1960, un certain nationalisme commence à imprégner la pensée de Mishima,
proche de l’idéologie de l’extrême droite, et qui se manifeste dans des œuvres
comme Patriotisme en 1960, où un
officier, au lendemain de la tentative de coup d’État par l’armée du 26 février
1936, devant poursuivre ses anciens compagnons d’armes, considère avec sa femme
le suicide comme la seule solution conforme à son éthique qui lui reste. En
1966, La Voix des héros morts
regrette le statut divin abandonné par l’empereur. Deux ans plus tard l’auteur
fonde la Tetenokai ou Société du bouclier, groupe militaire vivant dans le
culte de l’empereur.

En 1980
dans Mishima ou la Vision du vide,
Marguerite Yourcenar évoque la mort spectaculaire de Mishima comme « la
plus préparée de ses œuvres ». L’auteur se rend un matin de novembre 1970
au quartier général des Forces d’autodéfense où, après avoir ligoté avec des
amis le général-commandant, il tente d’insuffler son nationalisme, dirigé
contre un Japon décadent, à des troupes hostiles à ses propos. L’écrivain
s’ouvre ensuite l’abdomen à l’occasion d’un seppuku,
avant d’être décapité par son second. Cette mort, qui frappe l’imagination, a
été relayée dans le monde entier.

Jusqu’au
matin de sa mort, l’auteur avait continué de rédiger La Mer de la fertilité, tétralogie entamée cinq ans plus tôt, qui
retrace l’histoire du Japon de 1912 à 1970, et tournant autour du thème de la
réincarnation, de la permanence et de la métamorphose, sur fond d’une société dont
la corruption s’accroît. Elle trouve un écho dans le destin de l’écrivain
Raymond Radiguet, qui avait marqué le jeune Mishima, car le protagoniste, Kiyoaki,
meurt lui-même à vingt ans, puis renaît sans cesse sous les yeux de son ami
Honda, avant de mourir à nouveau au même âge. Ce processus de réincarnation
fait penser à la volonté de Mishima, à l’occasion de sa mort, longuement
préparée, répétée, de ressusciter en lui l’âme du samouraï, les valeurs d’une
société disparue.

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