Le tumulte des flots

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Résumé détaillé

L’île d’Utajima est petite, d’un périmètre d’à peine quatre kilomètres, et elle compte seulement mille quatre cents habitants, principalement des pêcheurs. Cette île se trouve « à l’entrée du détroit reliant la baie [d’Ise] avec l’océan Pacifique. » Elle comporte deux endroits d’une beauté remarquable : le temple shintô Yashiro, dédié à « Watatsumi no mikado, dieu de la mer », et situé à proximité du point le plus élevé de l’île, qui offre une vue magnifique sur la côte et les presqu’îles alentour à ceux qui y montent. L’autre merveille est le phare, d’où l’on peut apercevoir le mont Higashi « tomb[ant] à pic » dans la mer, l’océan Pacifique au sud-est et la baie d’Atsumi au nord-est. On peut même, par beau temps, apercevoir le mont Fuji au loin. Le gardien du phare peut très bien voir le nom des bateaux et les équipages avec sa lunette, et tient un registre où il inscrit tous les « mouvements de la navigation ».

Shinji, un jeune homme de dix-huit ans, portant un gros poisson, marche sur le chemin menant au phare, alors que le soleil est déjà couché. Il a fini son collège l’an passé et il est désormais pêcheur : « Il était grand pour son âge et bien bâti, et seul son visage reflétait sa jeunesse. Une peau ne pouvait être plus brunie par le soleil que la sienne. […] Ses yeux noirs étaient clairs mais cette clarté n’était pas celle d’un intellectuel ; c’était le don de la mer à ceux qui vivent d’elle ; […] Ses vêtements étaient ceux qu’il portait tous les jours pour pêcher, un pantalon hérité de son défunt père et une veste de pêcheur. » Il monte vers le phare d’un pas sûr malgré la sinuosité du chemin. Il a fini sa journée de pêche à bord du Taibei-maru, et part offrir une prise au gardien du phare. Sur le chemin il passe devant une jeune fille qu’il n’avait encore jamais vue. Elle est en vêtements de travail et semble se reposer après sa journée de labeur : « La couleur saine de sa peau ne différait pas de celle des autres filles de l’île mais elle avait quelque chose de tranquille dans les sourcils. » Il est surpris de trouver un visage inconnu, car l’île étant petite, tout le monde se connaît. Il dévisage longuement la jeune fille en la dépassant, avant de continuer son chemin. Il arrive chez le gardien, auquel il apporte très souvent du poisson après sa journée de travail. En effet, il lui est reconnaissant car le gardien a parlé au principal du collège l’année passée pour qu’il obtienne son diplôme. S’il avait dû redoubler, sa mère, veuve, n’aurait pas pu continuer à faire subsister seule sa famille.

Le lendemain, Shinji part travailler comme d’habitude, passe porter du poisson au gardien et rentre chez lui, où sa mère et son petit frère l’attendent. Sa mère élève seule ses deux garçons depuis la mort de son époux, tué « d’une rafale de mitraillette » durant la dernière année de la guerre. Ils prennent leur repas, puis Shinji va aux bains publics avec son petit frère. Durant toute la soirée, il espère en vain entendre parler de l’inconnue qu’il a rencontrée. Il a du mal à s’endormir ce soir-là, chose qui ne lui est pas coutumière.

Il se sent encore bizarre le lendemain au réveil, mais son énergie revient quand il part pêcher à bord du Taibei-maru. Ils sont trois à bord : le patron dénommé Oyama Jukichi, Shinji, et un autre garçon du nom de Ryûji. C’est la fin de la saison du poulpe : ils n’en pêchent que cinq dans la matinée, et attrapent quelques poissons qu’ils cuisinent pour le repas de midi. C’est pendant le repas que Jukichi parle de la jeune inconnue : elle est la fille d’un des hommes les plus riches de l’île. Cet homme, l’oncle Teru, a quatre filles et un fils, qui est mort l’an dernier. Il a alors rappelé sa plus jeune fille qui n’était pas encore mariée, et a décidé d’adopter l’homme qui l’épousera pour que son nom se perpétue. Shinji perd confiance en lui, car la jeune fille étant riche, et lui très pauvre, il n’a aucune chance de l’épouser. Bien qu’il ne soit pas malheureux de sa condition et n’ait guère d’autre prétention qu’un jour parvenir à posséder son propre bateau, il reste quelque peu songeur, et observe les cargos au loin en rêvant d’aventure.

Ce soir-là, Shinji va à la « réunion ordinaire de l’Association des jeunes gens », lieu où se rencontrent les jeunes hommes de l’île pour discuter de divers sujets. Le président de l’assemblée est Yasuo Kawamoto, un jeune homme de dix-neuf ans, fils d’une famille de notables. C’est un jeune homme arrogant, qui sait « se donner de l’importance » et « entraîner les autres à sa suite ». C’est lui qui mène les discussions. Yasuo met fin à la réunion plus tôt qu’à l’accoutumée, et Shinji s’en étonne. Ses camarades lui expliquent que Miyata Teru donne une réception en l’honneur du retour de sa fille Hatsue, et que Yasuo y est invité. Shinji, au lieu de rentrer avec ses camarades, monte au temple Yashiro, d’où il peut voir les lumières de la maison de Miyata Teru. Il jette deux pièces de dix yens et fait une prière au dieu : « Ô dieu ! Faites que la mer soit calme, la pêche abondante, le village de plus en plus prospère […] et puis je voudrais faire une autre sorte de prière… Qu’un jour vous me donniez, à moi tel que je suis, une fiancée d’une bonne nature et belle… par exemple comme la fille de Miyata Terukichi qui vient de revenir chez elle… ». Il se demande cependant si sa prière n’est pas trop égoïste.

Quelques jours plus tard, c’est la tempête, et dans l’île personne ne prend la mer pour aller pêcher. La mère de Shinji lui demande d’aller chercher du bois à l’endroit où les femmes du village l’entreposent, dans les ruines d’un ancien poste d’observation de l’armée. Shinji s’y rend en empruntant un long chemin dans la montagne, et trouve les fagots de sa mère qu’il attache à un cadre pour les porter. Il veut faire une petite pause avant de repartir et monte à l’étage de l’observatoire. Il gravit le premier étage et croit entendre des sanglots. Il monte alors au deuxième et tombe nez à nez avec Hatsue. Cette dernière s’est perdue en se rendant chez la gardienne du phare. Il lui propose de la raccompagner, car le phare est sur sa route. Avant d’arriver, ils prennent congé l’un de l’autre et Shinji prend le chemin de sa maison. Il préfère ne pas se faire voir avec Hatsue par peur des commérages.

À partir de ce jour, Shinji, qui a jusqu’alors mené une vie paisible, est rongé par la pensée de revoir Hatsue. Il la voit de temps à autre sur la plage, mais elle est toujours accompagnée d’autres personnes et il ne peut pas aller la voir. Il est totalement novice aux jeux de l’amour, et ne sait pas comment s’y prendre.

Un matin, en partant pêcher, il entend la parole d’une conversation portée par le vent : « Il paraît que Kawamoto Yasuo va épouser Hatsue ». Ces mots le plongent dans une tristesse qui ne le quitte pas de toute sa journée de travail. Avant de rentrer chez lui, il aide un groupe d’hommes et de femmes à tirer un bateau sur le rivage. Il voit alors que l’une des femmes n’est autre qu’Hatsue. Il rentre directement chez lui, sans avoir croisé le regard de celle dont la pensée lui a fait passer une si mauvaise journée. Arrivé chez sa mère, il veut lui remettre l’enveloppe contenant son salaire mensuel, mais ne la trouve pas. Il a dû l’oublier quelque part sur le chemin, et part précipitamment pour la retrouver. Hatsue arrive chez Shinji et frappe à la porte. Elle a trouvé l’enveloppe de Shinji sur la plage, et vient la lui rapporter. La mère de Shinji la remercie grandement et lui demande d’aller prévenir son fils que son bien a été retrouvé. Elle le trouve sur la plage, à l’ombre d’un bateau, scrutant le sable en vain. Shinji la remercie et se montre soulagé. Il se sent à nouveau détendu, et lui demande si la rumeur qu’il a entendue au matin était vraie. Hatsue éclate de rire et lui dit que c’est là un mensonge. Leurs corps se rapprochent et ils échangent un baiser. Shinji se relève d’un élan et prend congé, en disant à Hatsue qu’il passera chez le gardien du phare le lendemain après la pêche. Hatsue lui répond qu’elle s’y rendra également. Puis ils partent chacun de leur côté.

Le lendemain soir, Hatsue se rend au phare. Elle prend chez la femme du gardien des leçons de cuisine et d’étiquette avec les autres jeunes filles de l’île, mais ce soir-là les leçons n’ont pas lieu. Elle rend simplement visite au couple et leur apporte quelques ormiers. Elle aide le couple à préparer leur repas, quand Shinji arrive pour apporter ses poissons. Les deux jeunes gens se sourient, et la femme du gardien les surprend, comprenant qu’ils se connaissent. Elle dit à Shinji que sa fille Chiyoko, qui étudie à Tokyo, va bientôt arriver pour les vacances. Elle ajoute que sa fille aime beaucoup Shinji, et suggère qu’il vienne lui rendre visite. Gêné, Shinji part sans demander son reste, et attend Hatsue un peu plus loin sur le chemin. Quand elle arrive, elle semble ne pas voir pas Shinji et continue son chemin sans le saluer. Shinji court derrière elle en la hélant, mais elle fait la sourde oreille. Il la suit alors, et lorsqu’elle ralentit, lui passe devant. Hatsue pousse alors un petit cri et tombe à la renverse, heureusement sans se faire mal. Shinji lui demande pourquoi elle s’est mise en colère, et Hatsue lui répond que c’est à cause de ce qu’a dit la femme du gardien à propos de Shinji et de sa fille. Shinji la rassure et ils repartent, cette fois-ci en marchant côte à côte. Leur conversation n’est pas d’une grande importance mais ils discutent tranquillement, profitant de la présence de l’autre, jusqu’à ce qu’ils se séparent peu avant d’arriver au village.

Le jour où le petit frère de Shinji doit partir en voyage scolaire arrive. Quand Shinji avait son âge, il n’avait pas pu partir, car la famille était trop pauvre, mais à présent que Shinji travaille, il a pu économiser pour offrir ce voyage à son petit frère. Pour les écoliers d’Utajima, c’est une chance de découvrir le Japon et les villes, le monde extérieur à leur petite île. Ils partent pour six jours et quittent leur mère pour la première fois, ces dernières étant très inquiètes de voir leurs rejetons prendre la mer. Elles leur offrent des talismans pour les protéger.

Ce jour-là, Chiyoko, la fille du gardien du phare, rentre à Utajima après une longue absence. C’est une jeune fille ni particulièrement jolie ni particulièrement laide, mais d’un tempérament assez taciturne. Elle est persuadée d’être d’une grande laideur, et en souffre beaucoup. Dans le bateau pour traverser jusqu’à l’île, elle se retrouve avec Yasuo Kawamoto qui rentre chez lui après une escapade d’une nuit. Elle lui demande s’il y a des nouveautés sur l’île, et il lui répond que Miyata Teru a fait venir sa fille qui est d’une grande beauté. Chiyoko prend ces mots au compte de sa propre laideur et se sent blessée. Yasuo ajoute qu’il va probablement épouser Hatsue, car il plaît à l’oncle Teru.

Deux jours après le départ des écoliers, il y a sur l’île une très forte tempête qui empêche quiconque de sortir pêcher, et même de travailler à terre. Shinji sort tôt ce matin-là et part faire un tour sur la plage, en pensant à Hatsue ; les deux jeunes gens se sont donné rendez-vous. Il ramasse un joli coquillage rose pour le lui offrir. Après le déjeuner, il ressort dans la tempête et se rend à l’observatoire. Il arrive trempé, et fait un feu pour se réchauffer. Il attend Hatsue et s’endort. Quand il se réveille, il voit Hatsue, nue, qui se sèche près du feu. Il l’observe les yeux mi-clos, mais Hatsue finit par se rendre compte qu’il s’est réveillé. Elle se couvre la poitrine et lui dit de ne pas regarder. Shinji se lève et lui demande pourquoi elle se cache. Il a grand plaisir à la regarder. Elle lui dit qu’elle a honte. Il lui demande alors ce qu’il peut faire pour qu’elle n’ait plus honte, et Hatsue, sans réfléchir, lui dit qu’elle n’aurait plus honte s’il était nu lui aussi. Il se déshabille alors, et ils se retrouvent alors tous deux nus, séparés par le feu. Shinji saute par-dessus le feu et enlace Hatsue. Elle se laisse faire, puis le repousse et s’assied par terre, recroquevillée sur elle-même. Elle lui dit qu’une jeune fille ne peut pas faire « ça » avant le mariage. Elle a pris sa décision, c’est lui qu’elle veut épouser, mais d’ici là, il leur faut attendre. Shinji, qui ne connaît rien à la morale, n’insiste pas. Ils s’embrassent, puis leurs corps se séparent. Shinji, bien que légèrement frustré, est rempli de bonheur. Il lui offre le coquillage qu’il a ramassé au matin. Ils se rhabillent et s’embrassent à nouveau, avant de prendre le chemin du retour. Lorsqu’ils passent à côté du phare, Chiyoko les aperçoit, serrés l’un contre l’autre.

Le lendemain soir, après le bain public, Shinji aperçoit Yasuo qui l’observe de loin. Il veut aller le saluer, mais Yasuo s’en va sans lui répondre. Il ne s’en inquiète pas outre mesure, mais s’en étonne. En réalité, Chiyoko est allée le voir la veille au soir pour lui raconter ce qu’elle a vu, et la fierté du jeune homme s’en est trouvée blessée.

Au village, il n’y a qu’une source d’eau potable, et tous les habitants ont un horaire pour aller puiser de l’eau, avec un système de rotation. Cela tombe parfois en pleine nuit. Yasuo regarde les horaires de Miyata Teru, et voit que le tour de Hatsue est la nuit prochaine. Il est persuadé que Shinji a pris la virginité de Hatsue. Il est profondément jaloux. Il sort pour attendre Hatsue et se tapit près de la source. La jeune fille arrive et remplit ses deux seaux d’eau. Yasuo se fait piquer par une guêpe qu’il a dérangée et pousse un cri. Hatsue se saisit alors de sa perche de bois avec laquelle elle portait ses seaux et se met en position de défense. Yasuo sort de sa cachette et salue Hatsue, lui disant qu’il s’est caché là pour lui faire une plaisanterie. Hatsue le croit et baisse sa garde. Il lui dit alors qu’il sait tout au sujet d’elle et de Shinji, et qu’il faut qu’elle lui accorde la même chose qu’à son camarade. Devant le refus et l’incompréhension de Hatsue, il la plaque au sol et veut la forcer. C’est alors que la guêpe le pique à nouveau à la nuque. Hatsue en profite pour s’enfuir ; elle se saisit d’une pierre et se cache derrière les fougères. Elle menace Yasuo. Celui-ci prend peur, mais veut s’assurer que Hatsue ne dira rien à son père avant de partir. Elle lui promet de se taire à condition qu’il porte ses seaux jusqu’à chez elle. Yasuo accepte, et elle le suit à une distance respectable, contente de sa victoire.

Hiroshi, le petit frère de Shinji, rentre de son voyage scolaire quelques jours plus tard. Il est tout excité de son excursion à la ville et de ce qu’il a découvert. Il raconte tout ce qu’il a fait et vu à sa famille. Les vacances d’Hiroshi ne sont pas encore achevées, et il passe ses journées à jouer dans l’île avec ses camarades. C’est lors d’un jeu qu’un des camarades de Hiroshi lui dit qu’il paraît que son frère et Hatsue ont fait « omeko ». Ne sachant pas ce que cela veut dire, il en parle à sa mère en rentrant chez lui. Sa mère lui demande qui lui a dit ça et lui fait jurer de n’en parler à personne. Le soir, quand Hiroshi est endormi, elle demande à Shinji si les rumeurs sont fondées. Shinji lui répond que non et elle le croit. Elle lui dit cependant de se méfier de la malveillance des gens.

Le lendemain, quand la mère part à une réunion des femmes de l’île, toutes les femmes se taisent en la voyant. Il en est de même pour Shinji qui se rend à la réunion des jeunes hommes de l’île. Puis les garçons se mettent à parler d’un tout autre sujet, et Yasuo salue Shinji d’un sourire, auquel Shinji répond sans se méfier. Quelques jours après, alors que Shinji travaille sur son bateau de pêche, son patron Jukichi lui dit que Yasuo répand des rumeurs à son sujet. Il lui dit qu’il a compris que Yasuo est jaloux, et que si quelque chose devait se passer, il se rangerait aux côtés de son employé.

Bien que la rumeur lancée par Yasuo ait fait du bruit et parcouru tout le village, elle n’est pas encore arrivée aux oreilles du père de Hatsue. Cependant, un soir, alors qu’il se rend aux bains publics pour se laver, il surprend une conversation à ce sujet de deux jeunes gens qui n’ont pas fait attention à lui. Il devient rouge de colère, leur jette de l’eau glacée sur la tête, les empoigne par la peau du cou et leur cogne la tête l’un contre l’autre.

Le lendemain matin, Jukichi donne une lettre à Shinji. Il est passé chez l’oncle Teru et Hatsue est sortie en trombe pour la lui donner. Hatsue lui écrit que son père est rentré dans une colère folle et qu’il lui a interdit de jamais revoir Shinji. Elle n’a plus le droit de sortir de chez elle entre le moment où les bateaux rentrent le soir et le moment où ils partent le matin. Elle est désemparée. Elle lui écrira chaque jour et coincera la lettre sur le rebord de sa fenêtre. Il faudra trouver quelqu’un de confiance pour venir chercher le courrier. Jukichi prend la lettre des mains de Shinji et la lit également. Il est ému par leur histoire et demande à Shinji de leur raconter son aventure. Shinji, qui fait confiance à son patron et à son collègue, leur raconte tout. Son camarade Ryûji se propose de jouer au postier, car il passe tous les matins près de la maison de Terukichi.

Les lettres de Hatsue deviennent l’un des sujets quotidiens de la pause du midi à bord du Tabei-maru. L’équipage partage ainsi les tourments des deux jeunes amoureux. Dans la deuxième lettre, Hatsue raconte l’agression de Yasuo lorsqu’elle est allée chercher de l’eau. Elle a d’ailleurs tout raconté à son père, mais celui-ci « [a] continué à fréquenter [Yasuo] en toute cordialité ». Elle se méfiera toujours de Yasuo, et se sent dégoûtée à sa seule vue, écrit-elle. Shinji bout de colère. Jukichi lui conseille de ne rien entreprendre contre Yasuo. C’est un imbécile, et Miyata Terukichi, lui, n’en est pas un. Il faut s’armer de patience, et les choses finiront par s’arranger.

Chiyoko, de son côté, se sent très coupable d’avoir lancé la rumeur. Elle aime Shinji, et a agi par jalousie, mais elle n’avait pas souhaité lui porter préjudice. Elle ne peut plus croiser son regard quand il passe apporter du poisson et se sent très triste. Puis vient le moment de son départ. Au matin, elle part chercher Shinji. Elle ne peut pas partir sans se sentir pardonnée, mais ne peut non plus se résoudre à lui avouer que les rumeurs viennent d’elle. Elle le trouve juste avant qu’il parte, et va lui dire au revoir. Il est pressé et la salue rapidement. Alors elle lui pose la question qui lui brûle les lèvres. Elle lui demande s’il la trouve laide. Shinji lui répond qu’elle est très jolie et s’en va travailler. Il laisse Chiyoko heureuse, le visage radieux. Elle sait qu’il n’a pas menti, car il est incapable de flatterie. Peut-être ne l’aime-t-il pas parce qu’il en aime une autre, mais il la trouve jolie ! Ses parents ne la reconnaissent pas à son retour, tant son visage tantôt triste exprime à présent le bonheur. Elle part en se jurant de tout faire pour réparer le mal qu’elle a causé.

La fin de l’été approche, et Shinji n’a pas revu Hatsue, avec qui il continue de correspondre chaque jour. Il brûle d’envie de la voir, mais il a promis à Jukichi de faire preuve de patience. La mère de Shinji s’inquiète pour son fils, qu’elle sait malheureux. Une journée, alors qu’elle a un peu de temps devant elle, elle prend son courage à deux mains et décide d’aller rendre visite à Miyata Terukichi pour plaider la cause de son fils. Mais Terukichi refuse de la recevoir. Vexée, elle lui crie des méchancetés et rentre penaude. Hatsue, quant à elle, tente un soir de faire le mur pour retrouver Shinji, mais son père la rattrape avant qu’ils puissent se voir et la force à rentrer à la maison.

À Utajima, les femmes plongent durant l’été pour pêcher. La mère de Shinji, tout comme Hatsue, est des plongeuses. La pleine saison de la plongée est arrivée et la mère de Shinji part pêcher avec les autres femmes. Pendant la pause du déjeuner, un colporteur arrive et étale toutes ses marchandises sous les yeux envieux des plongeuses. Après avoir fait quelques affaires, il leur propose un concours. La gagnante aura droit à un sac, bleu si elle est jeune, brun si c’est une femme mûre, et noir si elle est vieille. Il reviendra à celle qui pêchera le plus grand nombre d’ormeaux en une heure. Huit plongeuses veulent participer, et parmi elles Hatsue et la mère de Shinji. Quand elles reviennent après une heure de plongée, elles sont toutes exténuées. Hatsue finit première avec vingt ormeaux, suivie de la mère de Shinji qui en a récolté dix-huit. Hatsue va chercher le lot pour les femmes mûres, et l’offre à la mère de Shinji, lui disant qu’elle souhaite, par ce cadeau, s’excuser de la manière rude dont son père l’a reçue. La mère de Shinji se montre ravie, et se dit que Shinji a choisi une bonne fille comme fiancée.

Les lettres d’Hatsue cessent, sans doute parce que son père s’est aperçu de la manœuvre, et Shinji est de plus en plus morose. Un jour, l’Utajima-maru, un cargo appartenant à Miyata Terukichi, arrive sur l’île. Le capitaine de ce navire va voir Shinji et sa mère pour lui proposer de l’embaucher comme mousse. Shinji s’en trouve surpris, car l’oncle Terukichi ne l’aimant guère, il ne pensait pas qu’il lui proposerait de travailler sur l’un de ses bateaux, mais le capitaine lui dit que Miyata Terukichi a remarqué qu’il pourrait faire un bon marin. Shinji accepte alors. Par ailleurs, Yasuo a également été pris comme mousse. Il se dit qu’il ne le souhaitait pas particulièrement, mais qu’il a été informé qu’apprendre le métier de marin était indispensable pour pouvoir épouser Hatsue. « À cette nouvelle le cœur de Shinji fut rempli d’anxiété, de tourment et en même temps d’espoir. »

Le jour du départ arrive, et Shinji et Yasuo embarquent à bord du cargo. Hatsue se trouve là, et bien qu’elle ne croise pas une fois le regard de Shinji, elle lui fait parvenir, par l’intermédiaire de sa mère, un petit paquet. Une fois Yasuo endormi, Shinji ouvre le paquet qui contient une lettre pleine d’espoir et une photo de Hatsue. Il se sent revigoré. De plus, il est impatient de quitter l’île et de se lancer dans l’inconnu.

Le bateau doit partir pour une mission de six semaines : il s’agit de transporter du bois à Okinawa et de revenir à Kobe, avant de rentrer à Utajima. Il y a de nombreuses tâches à accomplir sur le bateau, et Shinji ne s’ennuie pas. Il est par contre moins doué pour les conversations du soir, où Yasuo tient la vedette. Mais il ne faut pas longtemps à l’équipage pour remarquer que Yasuo est paresseux. Shinji, quant à lui, le couvre régulièrement en effectuant ses tâches. Un jour, le capitaine réprimande ouvertement Yasuo. Celui-ci lui répond d’un air sûr de lui qu’il deviendra bientôt le gendre de Terukichi, et qu’ainsi ce bateau lui appartiendra. Après cela, le capitaine ne lui fait plus de réflexions, mais continue à parler de lui avec ses autres équipiers.

Un soir de tempête, ils amarrent leur bateau dans le port d’Unten. Au vu de la violence de la tempête, une équipe de guet est prévue pour vérifier que les filins qui amarrent le bateau à la bouée ne rompent pas pendant la nuit, auquel cas le bateau serait emporté. Au milieu de la nuit, l’un des câbles d’acier rompt. Il faut que quelqu’un parte à la nage attacher le câble de secours à la bouée. Shinji se porte volontaire, tandis que Yasuo essaie de se faire oublier. Nageant de toutes ses forces face à un courant d’enfer, il finit par atteindre la bouée. Il doit encore puiser dans ses forces pour parvenir à tirer le lourd cordage jusqu’à lui et l’attacher à la bouée. Il nage ensuite jusqu’au bateau où ses coéquipiers l’aident à remonter et à regagner sa cabine. Il s’endort immédiatement tant son effort l’a épuisé.

Le cargo rentre à Utajima avec quelques jours de retard. Shinji fête son retour avec Jukichi, et repart travailler avec lui sur son bateau de pêche. Il est heureux, même s’il n’a pas eu plus de nouvelles de Hatsue. Chiyoko, quant à elle, n’est pas revenue pendant les vacances. Sa mère s’inquiétant, elle lui a écrit, et Chiyoko a répondu en lui expliquant toute l’histoire de la rumeur qu’elle a lancée sur Shinji et Hatsue. Elle écrit qu’elle ne rentrera pas sur l’île tant que Shinji et Hatsue ne seront pas heureux. Inquiète, sa mère décide d’aller parler à Terukichi. Elle va d’abord voir la mère de Shinji pour la prévenir. En discutant avec elle sur la plage, cinq autres plongeuses, qui ont épousé la cause des jeunes gens, décident de l’accompagner pour parler au père de Hatsue. Les cinq plongeuses restent dehors et la mère de Chiyoko entre chez Terukichi. Elle est très intimidée par l’accueil sec qu’on lui fait, mais garde courage et donne au vieil homme la raison de sa venue. Terukichi lui dit alors que sa décision est déjà prise depuis un certain temps : ce sera Shinji qui épousera Hatsue. Il s’est rendu compte que sa fille l’aime vraiment, et par ailleurs, l’équipage de son bateau n’a pas tari d’éloges à son sujet. « Ce qui compte dans l’homme c’est l’énergie. Il faut qu’un homme ait de l’énergie. Ce sont des hommes énergiques qu’il faut à Utajima. La famille et l’argent sont secondaires. N’est-ce pas votre avis, madame la gardienne du phare ? Et Shinji est un homme énergique » dit-il.

Shinji et Hatsue peuvent à présent se fréquenter librement, et ils se rendent au temple Yashiro y faire une offrande pour remercier les dieux et annoncer leurs fiançailles au prêtre. Ils passent ensuite au phare où ils sont invités à dîner. Le gardien leur fait ensuite visiter les lieux et Hatsue s’émerveille devant la beauté des lumières de la nuit. Quand ils sont seuls, Hatsue tend à Shinji le coquillage rose qu’il lui a offert. Shinji, lui, sort la photo de Hatsue de sa poche. Ils se sourient, ils sont enfin heureux. Les dieux les ont protégés.

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