Le Vicomte pourfendu

par

La dimension fantastique

Non seulement les circonstances quidonnent naissance aux personnages principaux de cette œuvre la placent dans leregistre du fantastique, mais encore les entités extrêmes que sont l’Infortunéet le Bon donnent une proportion épique au roman. En effet, l’Infortuné n’estpas simplement mauvais, il est pervers, cruel, une incarnation du mal. Le Bonest généreux, vertueux et plein de droiture, mais sa rigueur et son fanatismeen font un personnage aussi redoutable que sa contrepartie : « Nos sentiments devenaient incoloreset obtus parce que nous étions comme perdus entre une vertu et une perversitéégalement inhumaines ».

Ainsi, Médard Terralba, qu’ils’agisse de son côté droit ou de son côté gauche, est une créature presquemythique. Ses actes extrêmes de cruauté injustifiée, de sadisme et deméchanceté opposés au sens moral inflexible sont peu vraisemblables, maisservent parfaitement le récit. Ce n’est pas que le personnage de Médard deTerralba soit devenu plus mauvais d’une part, et meilleur de l’autre, c’estplutôt que chacune de ses moitiés ne jouit plus de l’influence de l’autre. Cerécit fantastique fait donc le portrait d’un homme sans limites, dans ladroiture comme dans la perversion. Le fait que cet homme soit un homme depouvoir et qu’il opprime par ses actes tout un peuple renforce l’aspectfantastique du roman.

« Peuau courant de ce qui était péché, pour être sûrs de ne pas se tromper, ilsmultipliaient les interdictions et en étaient réduits à se regarder les uns lesautres avec des yeux sévères pour surveiller le moindre geste trahissant uneintention coupable. »

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