Le Vicomte pourfendu

par

L'être recomposé. L'œuvre comme roman philosophique

« Levicomte redevint un homme entier, ni méchant ni bon, mélangé de bon et deméchanceté, c’est-à-dire un être ne différant pas, en apparence, de ce qu’ilavait été avant d’être pourfendu. »

Le miracle de la survie dupersonnage principal, Médard de Terralba, scinde son psychisme également endeux parties : une bonne et une mauvaise. Cet accident cause bien plus qu’uneblessure physique. L’homme serait donc originellement double, un être denuances qui abrite aussi bien du mauvais que du bon en lui. Une telleséparation de ses deux pôles n’est pas naturelle. Chaque moitié possède unpenchant trop prononcé pour l’un ou l’autre. C’est pourquoi, bien qu’ellessoient capables de vivre indépendamment, elles ne sont que des parties d’unêtre anciennement complet. Subsiste un manque que l’Infortuné ne cesse d’ailleursde vouloir infliger aux autres. D’où, à la fin de l’œuvre, lorsque le vicomteest enfin reconstitué, les paroles de Paméla : « J’aurai enfin un mari avec tous ses attributs ».

L’histoire est construite sur uncycle fait de séparation et d’union. Le roman débute par les conséquences decette séparation tout sauf naturelle (c’est pourquoi elle relève du« miracle ») et elle occupe toute l’histoire jusqu’à la réunion desdeux moitiés.

Il est intéressant de remarquer quemême un être entièrement tourné vers le bien n’est pas présenté comme une chosesaine, normale. En effet, c’est en pensant bien faire que le Bon enlève auxlépreux leur seul moyen de se divertir et cause ainsi leur souffrance : « des deux moitiés, la bonne est pireque la mauvaise » affirment-ils. Son tempérament l’incite à vouloirimposer sa propre disposition à la vertu, tout comme l’Infortuné veut imposersa souffrance et sa cruauté aux autres. Les deux moitiés s’opposent aussi bienqu’elles sont l’écho l’une de l’autre. On le remarque plus précisément quandl’attention des deux parties se porte sur la bergère Paméla.

Le sens de ce roman philosophique sedégage de cette séparation du même personnage, qui scinde le protagoniste endeux pôles distincts et antagonistes. On ne peut rencontrer une telle chosedans le monde réel : vertu ou perversion absolues sont inhumaines.

Au travers d’un personnagedédoublé et devenu manichéen, Italo Calvino expose une vision de l’homme entant qu’être nuancé et complexe. Personne ne peut être réduit à l’image de lavertu ou du vice. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L'être recomposé. L'œuvre comme roman philosophique >