Le Vicomte pourfendu

par

L’humour noir

L’humour est nécessaire pour allégerle récit. Nécessaire et presque omniprésent. En effet, dès le début, ladescription des soins prodigués aux blessés est d’une légèreté remarquable –sans doute pour donner un ton moins sérieux à des scènes dans lesquelles sontreprésentées des morts affreuses et des actes de grande cruauté.

« Mortpour mort, à tous les cadavres ils faisaient le nécessaire pour qu’ilsrevinssent à la vie. Et je te scie par-ci et je te couds par-là, et je tetamponne des lésions et je te retourne des veines en doigts de gants pour lesremettre en place avec plus de ficelle que de sang à l’intérieur, mais bienrapiécées et bien étanches. Quand un patient mourrait, tout ce qu’il avait debon servait à rapetasser les membres d’un autre, et ainsi de suite. Ce quidonnait le plus de fil à retordre, c’étaient les intestins : une foisdéroulés, on ne savait plus comment les replacer. »

Aussi, le personnage de l’Infortunéest quelque peu comique dans son manque de morale et de repentir. Il fait dumal parce qu’il le veut et il trouve tout à fait naturel que les autres sesoumettent à son bon vouloir. Le décalage produit entre les mots qu’il emploiepour séduire Pamela et le résultat qu’il obtient sont également sourcesd’hilarité : « Viens avec moi,je connais ce mal et tu seras plus en sécurité qu’avec n’importe qui d’autre.Parce que moi je fais du mal comme tout le monde en fait ; mais, à ladifférence des autres, j’ai la main sûre. »

Il n’est pas difficile d’imaginer leton qu’aurait eu l’ouvrage sans l’humour noir dont il est assaisonné. Lestortures qu’inflige l’Infortuné, les brûlures qu’il fait subir aux lépreux danssa tentative de faire brûler leur maison, ses condamnations injustes etparticulièrement sadiques auraient achevé d’en faire un roman peu abordable.Mais le fait que la narration soit faite par le neveu qui décrit avec undétachement certain les actes même les plus abominables émousse le caractèreinhumain des actes de l’Infortuné ou du Bon :

« Heureusementque son boulet de canon ne l’a coupé qu’en deux […] S’il en avait fait troismorceaux, Dieu sait ce qu’il nous aurait fait voir ! »

 

 

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