Le Vicomte pourfendu

par

Un personnage dédoublé et manichéen

Au début du roman, le personnage deMédard de Terralba est encore un être entier. Il est jeune, inexpérimenté etprésenté dans un contexte de guerre. Cette atmosphère sanglante, violente, estdétaillée dans les premières pages du roman. On y raconte surtout comment iltue un Turc dans la bataille, avant de se faire désarçonner de son cheval, pourfinir dans la mêlée, face au canon qui lui coûtera sa fameuse blessure. Leboulet le frappe de plein fouet. Pourtant, il survit, est trouvé par lesmédecins, au milieu des cadavres de soldats. Leur travail lui permet de setrouver « vivant etpourfendu ». Il devient alors un personnage dédoublé : sa moitiédroite, l’Infortuné, et sa moitié gauche, le Bon, sont deux entités à part.

L’Infortuné torture humains commeanimaux, incarne le mal par ses actions. À ses yeux, « la beauté, la sagesse et la justice n’existent que dans ce quiest mis en pièces ». Il ne se départ jamais de sa cruauté et ce mêmedans le sentiment amoureux : il laisse sans cesse des fleurs ou desanimaux fendus en deux à l’intention de la bergère Paméla. Ses actes sont aussiliés à une certaine esthétique de la souffrance. Il offre par exemple lecadavre fendu d’un écureuil à la femme qu’il aime, laissant néanmoins la queuede l’animal intacte.

C’est cette moitié de Médard quirevient à ses origines. De retour chez lui, l’Infortuné ne paie que la moitiéde leur salaire à ses porteurs, puis ne vient saluer ni son père, niSébastienne, sa nourrice, avant de s’enfermer dans ses appartements.

Le vicomte âgé meurt ensuite :son successeur ou du moins son « demi-successeur » a démontré sonchangement en tuant l’un de ses précieux oiseaux, laissant la pie-grièche qu’illui avait envoyée avec une aile brisée, une patte mutilée et un œil arraché. Lethème de la dualité, de la séparation est fondamentale dans le roman et hanteprofondément l’Infortuné. Il impose aux autres sa propre condition et lescondamne, contrairement à lui, à en mourir. Le miracle de sa survie ne serépète pas.

Ainsi, sa nourrice comprend que « c’est la mauvaise moitié deMédard qui est revenue », après que ce dernier eut tenté d’empoisonnerson propre neveu avec des moitiés de champignons vénéneux. Cela ne sera pas laseule tentative d’assassinat sur sa personne. Le narrateur est régulièrementsauvé de la mise à mort.

L’autre moitié, le Bon, est sonantagoniste : « Vous, vous êtesl’autre moitié, qu’on croyait disparue à la guerre et qui est revenue. Et c’estune bonne moitié ». Cette part de lui n’avait pas été détruite pendantla bataille par le boulet de canon mais« enterrée sous une pyramide de restes turco-chrétiens ». Néanmoins,cette partie droite fait le mal à sa manière, à force de trop de vertus. Le Bondétourne, par exemple, les lépreux de leurs seuls divertissements : lamusique et la débauche.

Au départ, il y a confusion surl’identité de ce personnage. On assimile les actes de cruauté (« de sombres événements ») etceux de bonté (« bizarres accès debonté du vicomte ») à la même moitié de Médard qui est revenu de laguerre. Notons que ce sont deux ermites qui « tentaientde faire s’embrasser la trinité chrétienne et l’Allah de Mahomet » quiont sauvé la moitié gauche.

Contrairement à l’Infortuné, le Bonne contracte aucune haine vis-à-vis des êtres et se préoccupe aussi du sort desparents de Paméla à un moment donné. C’est Paméla qui constitue un point communet entraîne une rivalité entre les deux moitiés. 

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