L’Épopée de Gilgamesh

par

Les songes et les dieux

Gilgamesh se passe dans un monde oùles hommes et les dieux interagissent sans cesse, autant directement que par lavoie des songes. Gilgamesh rêve de la venue d’Enkidu bien avant qu’ils ne serencontrent ; en route vers la forêt des cèdres il a des présages concernantla difficulté de sa tâche ; et Enkidu voit venir sa mort, assistant mêmeen songe à un débat des dieux. La communication entre le monde spirituel et lemonde des vivants n’est pas coupée, bien au contraire ; les dieuxinterviennent sans cesse dans le monde humain. Gilgamesh lui-même est aprèstout fils de déesse, « un tiers dieu et deux tiers homme » (ce quiest génétiquement peu probable). Peut-être est-ce cela qui lui donne l’audace d’affrontersans cesse les diktats divins.

« Mon ami qu’il est étrange le rêve

que j’ai fait la nuit passée :

Anou, Enlil, Ea et le céleste Shamash

étaient réunis pour tenir conseil […]

C’est Enkidu qui mourra

mais Gilgamesh ne mourra pas. »

L’interprétation dessonges est la contrepartie de leur existence. L’épopée prouve bien quel’humanité a toujours voulu trouver un sens à ses rêves, de Gilgamesh jusqu’àFreud. Les prémonitions apportées par ces songes peuvent être heureuses oufunestes, mais on ne peut douter que les rêves viennent avec une significationdans le monde sumérien. Le fait que le sommeil de Gilgamesh chez Out-Napishtimsoit sans songes est peut-être un signe de sa profondeur, tout en étantclairement un symbole de la mort à laquelle Gilgamesh ne pourra échapper.

C’est aussi dans les rêvesque les hommes et les dieux sont les plus proches les uns des autres. C’est làqu’Enkidu assistera au conseil des dieux, où sera fixé son sort. C’est donc ensonge qu’on verra l’influence des dieux sur l’humanité, la confirmation que cesont eux qui tiennent les fils et qui décident de la vie et de la mort. Deplus, les songes confirment que ces décisions ne sont pas forcémentjustes : Shamash plaide pour « Enkidu l’innocent », mais sonopinion ne vaut rien. Enlil tranchera contre celui qu’ils ont eux-mêmes créé,qui devait être l’adversaire de Gilgamesh mais qui est devenu son ami, et qui aaidé à tuer le Taureau Céleste qui avait le même rôle. Enlil a de la suite dansles idées, étant celui des dieux qui tenait le plus à voir disparaîtrel’humanité dans le déluge. La toute-puissance des dieux est claire.

« Lorsque Enlil arriva

voyant le bateau il s’irrita

et laissa aller sa colère

contre les igigi les dieux du ciel il dit :

“Comment se fait-il qu’il y ait une seulevie sauve

puisque tous les hommes devaient périr ?” »

Comme c’est le cas dans laplupart des mythologies antiques, les dieux sumériens sont imaginés selon lemodèle humain, seulement en bien plus puissant. Ils sont aussi inconstants etdangereux, mais l’humanité dépend d’eux ; Gilgamesh lui-même a besoin de l’appuide Shamash. C’est pour cela qu’il est exceptionnellement dangereux pourGilgamesh de rejeter les avances amoureuses d’Ishtar, la plus dangereuse desdéesses.

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