L’Épopée de Gilgamesh

par

L’historique de l’épopée

Creuset de lacivilisation, le Moyen-Orient est aux sources de l’histoire telle qu’on laconnaît, et L’Épopée de Gilgamesh estun de ses fossiles les plus importants. Il s’agit là du plus ancien texte littéraireconnu. Que le récit ait perduré au moins onze siècles, en quatre languesdifférentes, démontre à quel point il fut populaire et fondateur. Du plus ilfaut considérer qu’il s’agit là d’un texte à l’origine oral, qui n’aurait ététransféré à l’écrit que bien après sa composition. Il est doncvraisemblablement d’une antiquité incalculable.

Malgré le fait qu’il soitincomplet – on calcule qu’à l’origine il aurait été d’environ 3000 vers, dontseuls 2000 nous sont parvenus – Gilgameshpeut véritablement être considéré comme l’un des textes fondateurs de lacivilisation orientale, au même titre que l’Iliadeet l’Odyssée d’Homère. Lorsqueles tablettes de Gilgamesh furenttraduites pour la première fois en 1872, elles firent fureur pour la relationévidente entre le récit du déluge biblique et celui d’Out-Napishtim (« Au début du Ve millénaire, en basseMésopotamie, la mer s’est retirée, libérant des terres nouvelles »). La succession du texte rend évidentel’influence qu’a eue cette épopée sur la pensée judaïque, et donc par là sur lachrétienté. L’héritage grec, filtré par Rome, et la Bible, dont l’AncienTestament où est palpable l’influence des peuples non juifs qui gardaientvivante la mémoire de Gilgamesh, sont les deux piliers de la cultureeuropéenne, et Gilgamesh est donc unde ses textes primordiaux.

« Celui qui a tout vu

celui qui a vu les confins du pays

le sage, l’omniscient

qui a connu toutes choses

celui qui a connu les secrets

et dévoilé ce qui était caché

nous a transmis un savoir

d’avant le déluge. »

Gilgamesh nous vient de la valléede l’Euphrate, en Irak moderne ; c’est là qu’existait la civilisationsumérienne, et que s’élevait Uruk (aujourd’hui Warka), où régnait le Gilgameshhistorique. L’existence de Gilgamesh est attestée par divers documentsarchéologiques ; il aurait été le 5ème roi de la cité. Ceserait lui qui en a élevé les murs – nous le voyons s’en vanter à la fin del’épopée tout comme au début – et il est vite devenu un personnage légendaire. Onécrivit bon nombre de poèmes à sa gloire, dont certains subsistent et qui sontdevenus des sources de l’épopée. On peut aussi interpréter certains passages del’épopée comme une mythification d’événements historiques : ainsi, ledétail qu’après avoir vaincu Houmbaba, Gilgamesh coupe la forêt de cèdres et enenvoie le bois à Uruk pourrait suggérer qu’avec Houmbaba l’épopée reprend end’autres termes une guerre contre le Liban, dont le butin aurait été justementdes cèdres, la grande richesse libanaise.

« Comment pénètrerons-nous

dans la Forêt des Cèdres, Gilgamesh ?

Son gardien est un guerrier puissant

qui ne ferme jamais les yeux.

Pour qu’il protège la Forêt des Cèdres

Le dieu Enlil l’a nommé son gardien

il l’a doté de sept épouvantes

le mugissement de Houmbaba

est celui du déluge ».

Les historiens sontdivisés sur la question de savoir où est en premier apparue la civilisation(civilisation dans le sens étymologique du mot, c’est-à-dire la construction devilles), en Égypte ou en Sumer, ou ailleurs en Inde ou en Chine ; maisquoi qu’il en soit, le Sumer fut une des premières civilisations urbaines. C’està Uruk, d’ailleurs, qu’aurait été inventée l’écriture cunéiforme, dans laquellenous est parvenue l’épopée. Elle aurait d’abord été utilisée pour des raisonsadministratives et demeure, avec les hiéroglyphes égyptiens, la plus vieilleforme d’écriture connue. Nous voyons à la toute fin de l’épopée que Gilgameshfait graver son histoire dans la pierre, ce qui semblerait revendiquerl’existence de l’écriture. Tout comme l’alphabet romain sert à toutes leslangues occidentales, l’écriture cunéiforme servait à toutes les langues duMoyen-Orient antique, y compris l’akkadien, le hittite et l’hourrite, qui sontavec le sumérien les langues dans lesquelles existent des versions de Gilgamesh. L’épopée est donc d’intérêtpour les linguistes autant que pour les historiens, les archéologues, ou lesamateurs de mythologie. Notons d’ailleurs que les exploits de Gilgamesh sont unsujet constant pour les graveurs de l’époque.

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