Les prétendants

par

Une représentation ridicule de l’autorité étatique

L’auteur souligne le rôle de l’État, des villes, des collectivités dans la culture, comme dans ce centre culturel provincial. Ce rôle est incarné par le ministre de la Culture, Mariani, qui avoue lui-même la lenteur des actes et des décisions, et quelque part sa satisfaction du résultat de leur projet, qui, s’il a pris du temps à se dessiner, a fini par porter ses fruits :  « Jusqu'à maintenant‚ on a pu‚ ici ou là et ici surtout (il rit)‚ on a pu reprocher‚ j'y arrive‚ on a pu reprocher à l'État une position passive de spectateur. Je n'ignore pas‚ en disant cela‚ combien‚ vu de loin‚ les lenteurs extrêmes de l'administration peuvent sembler les actes volontaires d'une absence de politique.
Je suis venu aussi vous informer de la volonté du ministère de s'engager dorénavant‚ et clairement – parce que tout de même – et financièrement aussi‚ bien sûr‚ j'allais l'oublier‚ ce qui n'est pas tout‚ mais ce qui n'est pas rien‚ je suis venu aussi affirmer, je suis venu aussi affirmer les engagements de l'État dans votre ville et dans l'action qui nous intéresse‚ nous réunit‚ aujourd'hui […] D’aucuns ont pu supposer la fin d’un projet, l’autorité de l’argent sur le bénévolat, la destruction d’illusions sympathiques en leur temps, au profit d’une action plus limitée, médiatique – le mot est jeté, il fallait s’y attendre, le craindre – ceux-là n’ont pas tort, mais ils découvriront, ils le doivent, je n’en doute pas, la vertu de leurs torts. »

 

Cependant, cette autorité politique, le pouvoir est tourné en ridicule et ne démontre pas un brio dans la prise de parole, à l’opposé des acteurs. Ainsi il bégaye, se rend compte de l’attente que leur projet avec suscitée et il hésite entre l’étalage de sa satisfaction, et l’autocritique de son ministère et de l’administration. Il ne s’exprime pas bien, a du mal même à parler des subventions, dont il dit que ce n’est pas tout, mais ce n’est pas rien, ce qui est très banal. Il est mal à l’aise, on sent qu’il est gêné, et que les rires qu’il exprime sont des rires qu’il ne parvient pas à réprimer, des rires nerveux : « (Il rit à nouveau, à peine.) Il est dans la suite logique…
Il s’inscrit dans la suite logique de l’action entreprise par monsieur Raoult – et son équipe dynamique, et sa dynamique équipe – action entreprise depuis, on l’a vu, ou si on ne l’a pas vu, on l’a dit, et c’est la même chose, action entreprise depuis de nombreuses années avec dévouement et que nous suivions avec le plus grand intérêt, la plus grande attention. Jusqu’alors, et je sais qu’on reproche souvent à l’État cette attitude, mais l’État est l’État, on me pardonnera cette évidence, et ce n’est pas une mince affaire.
(Il rit encore, très peu) »

Il parle ainsi dans le plus pur style de Lagarce, qui emploie dans toutes ses pièces et dans ses dialogues l’épanorthose.

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