Les Voyages de Gulliver

par

La force contre le droit

Le roman soulève le problème de savoir ce qui, de la force physique ou de la droiture morale, a le plus d’importance, ce qui est digne d’être suivi à titre de ligne de conduite. Les pérégrinations du héros montrent que la force peut être employée comme un atout fantastique, ce dont il prend conscience lorsque, chez les Lilliputiens, il détruit toute la flotte Blefuscudienne sans le moindre effort, sa taille immense en regard de celle des minuscules hommes lui donnant l’avantage. La même affirmation s’impose à lui lorsqu’il gagne le royaume de Brobdingnag, où tout lui semble démesuré, même les insectes ou encore les animaux domestiques, et où un simple fermier le fait prisonnier. Cependant, il comprend également que la force peut aussi prendre la forme du nombre, et non pas de la taille, lorsque le piège des Lilliputiens fait de lui leur prisonnier faible et impuissant. Ainsi, ses découvertes de nouvelles sociétés l’amènent à remettre en cause la primauté du droit sur la force : le lecteur lui-même est amené à reconnaître cette apparente suprématie de la force physique.

Cependant, plusieurs évènements illustreront l’évidence que la puissance corporelle n’est pas un facteur décisif dans le désir de pouvoir et la vie harmonieuse en société. En effet, on constate que le point de départ du différend qui oppose Lilliput et Blefuscu réside dans une interprétation différente du livre sacré qui doit régir leur religion, ainsi que leur conduite : c’est donc d’abord un affrontement spirituel, qui peut se livrer par l’opposition verbale des volontés et non par la démonstration de forces physiques. Si une simple divergence d’opinion suffit à déclencher une guerre, au lieu d’un...

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