Les Voyages de Gulliver

par

Les limites de la compréhension humaine

L’œuvre nous montre que Swift désire mettre en avant l’impossibilité de l’entreprise humaine de vouloir tout connaître. L’idée que l’homme pourrait un jour posséder toutes les connaissances est remise en question, comparée à un projet prétentieux et vain.

Ainsi, la connaissance théorique et académique qu’on dispense à l’académie de Balnibarbi est perçue avec ironie et montrée comme une entreprise inutile, ne produisant aucun résultat. En effet, les expériences mises en œuvre par les autochtones pour extraire des rayons de soleil à partir de concombres conduisent à une impasse et sont une métaphore des tendances humaines à vouloir tenter de tout comprendre et de toute produire. Ainsi, Swift dresse un portrait peu flatteur de ce type de recherche extravagante de la connaissance, qu’il oppose à la société des Brobdingnag par exemple, qui eux poursuivent un mode de vie sain, régulier, ne sombrant pas dans de tels ridicules. En effet, le manque de connaissances du monarque du royaume peut sembler étrange et dérangeant ; cependant, il exerce son pouvoir avec sagesse et bon sens. Swift oppose donc raison et conduite rationnelle à un excès de soif de connaissances. De la même manière, les Houyhnhnms semblent considérer que le manque de science qu’ils possèdent en matière d’astronomie ne va pas interférer avec leur mode de vie, et qu’au contraire, passer trop de temps à tenter de percer les mystères du ciel serait néfaste au cours paisible de leur existence.

Cependant, ce manque de connaissance du monde qui nous entoure, et l’apparente opinion de Swift selon laquelle il ne serait pas nécessaire de le combler pour vivre heureux et en accord avec soi-même, est compensé par une importance donnée à la connaissance de soi. En effet, l’auteur semble nous dire qu’avant de tenter de tout connaître du monde extérieur, il faut apprendre à être conscient de notre propre personne, de notre propre identité. Gulliver manque de cette qualité en ce qu’il ne partage jamais ses émotions avec le lecteur. Jeté dans un monde totalement inconnu, sans point de repères géographiques, il se sent perdu car il ne peut stabiliser son identité dans ces contrées où il ne parvient nulle part à trouver sa place : un temps trop grand, un temps trop petit… La chute dans la démence qu’il connaît à la fin du roman prouve bien ce manque de connaissance de soi-même en ce qu’il n’a pu trouver de points de repères dans sa propre personne.

Ainsi, Swift semble nous montrer que les clés d’une existence heureuse sont avant tout une question de connaissance de soi-même, et qu’on ne peut compenser celle-ci par une vaine recherche visant à la compréhension du monde extérieur.

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