Les Voyages de Gulliver

par

Lemuel Gulliver

Il est au départ le stéréotype du citoyen anglais commun, n’ayant rien à attendre de la part de la vie, et ne cherchant pas nécessairement à agrémenter son quotidien de piquant. Il est le troisième enfant d’une fratrie de cinq frères, et grandit dans un village où sont totalement absents l’excentricité et le goût de la nouveauté. Son comportement tend à être crédule, il accepte comme acquis ce qu’on lui raconte et fait preuve d’une candeur presque enfantine relativement à la conduite des autres : étant lui-même honnête et simple, il s’attend à ce que les autres soient de même.

Les aventures du capitaine Lemuel Gulliver sont hautes en couleurs, en rebondissements, et ont souvent comme points communs la malchance et l’ironie. Ces péripéties contribuent à faire évoluer la mentalité et l’approche de la réalité de Gulliver en le confrontant à l’inhabituel. En effet, ce chirurgien, originaire de Nottinghamshire, quitte sa ville de résidence, Bristol, en 1699, et s’embarque pour un voyage dont la destination aurait dû le conduire dans les mers du Sud. Au lieu de cela, le bateau chavire, et commence alors un premier périple au pays des Lilliputiens, introduction à une série de quatre aventures toutes plus extraordinaires les unes que les autres : au voyage chez les Lilliputiens fait suite la découverte de Brobdingnag, de Laputa et du pays des Houyhnhnms et des Yahoos.

 

Le capitaine semble passer tout au long de l’œuvre de Charybde en Scylla : plutôt qu’à un Christophe Colomb en quête d’exploration et de richesses, ou à un Zénon humaniste désireux de parcourir le monde, il ressemble à Ulysse tentant désespérément de rentrer chez lui. Après son premier périple, il ne parvient qu’à passer quelques mois à Bristol avant de se trouver embarqué sur un second navire qui va également s’échouer.

Au pays des Lilliputiens, il sera fait prisonnier, connaîtra des menaces et verra sa vie attentée de nombreuses fois. Cependant, son comportement envers ces hommes de taille miniature témoigne de son caractère honnête et met en relief ce que Switch semble qualifier de comportement moral et naturel. Il oppose en effet la bonté, les valeurs morales et l’honnêteté de Gulliver aux agissements cruels, désordonnés et belliqueux des Lilliputiens. Cependant, malgré ce caractère modèle que semble nous montrer l’auteur, on ne peut guère qualifier Gulliver d’héroïque. La plupart des situations dans lesquelles il se trouve englué auraient pu être évitées, et il en sort plus par la volonté d’autres personnages que par sa malice ou sa présence d’esprit. Évoluant d’une société à l’autre au fil des quatre livres, Gulliver se montre finalement incapable de s’identifier aux peuplades qu’il rencontre. À la fin, lorsqu’il retourne enfin à Londres, il a pratiquement perdu la raison. En effet, son incapacité à s’assimiler au peuple des Yahoos, par fierté, le pousse à ignorer les ressemblances existant entre ces autochtones et les Européens. De fait, niant son affiliation avec eux, il en garde des traces une fois rentré sur le continent, et cette identité perdue lui fait pratiquement perdre l’esprit.

Ainsi, Gulliver expérimente de nombreux modes de vie et de pensée au fil de ses voyages involontaires, diversité qui trouble quelque peu son esprit méthodique et peu enclin à la découverte.

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