Macbeth

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L'ambition criminelle et le pouvoir corrupteur : être un roi ou être un tyran ?

Quand elle n’est pas encadrée par uneconscience et une morale, l’ambition ne mène qu’à l’échec : c’est lamorale de Macbeth. Pire, elle mène ici à la tyrannie. En effet, les deuxpersonnages principaux de la pièce, Macbeth et Lady Macbeth, n’obéissent pas àune ambition constructive : en assassinant Duncan, ils ne débarrassent pasl’Écosse d’un tyran, ils ne font qu’étancher leur soif de pouvoir, sans visionà long terme de ce que le pouvoir absolu leur permettra de construire. Au débutde la pièce, Macbeth est un général compétent et estimé que rien ne semblepousser vers le mal ; pourtant, il suffit d’une apparition manifestementmaléfique – celle des trois sorcières – pour attiser en lui le feu del’ambition : le désir de pouvoir est le plus fort. Mais c’est un ambitieuxau petit pied : il ne passerait pas à l’acte si son épouse ne l’y poussaitpas.

Qu’y gagne le couple criminel ? Rien debon. À peine installé sur le trône, Macbeth sombre dans une paranoïa entretenuepar un sentiment de culpabilité ; sa vision du fantôme de Banquo, que luiseul voit, en est un signe. Il combattrait n’importe quel danger terrestre maisne peut affronter cette illustration de sa culpabilité : « Viens sousla forme de l’ours féroce de la Russie, du rhinocéros armé, ou du tigred’Hyrcanie, prends la forme que tu voudras, excepté celle-ci, et la fermeté demes nerfs ne sera pas un instant ébranlée » lance-t-il au fantôme quivient le tourmenter à la scène 4 de l’acte III. Lady Macbeth semble plus sûred’elle et sa détermination ne faillit pas : c’est elle qui encourage sonmari et regrette de ne pas être un homme afin d’agir en personne et non àtravers son époux. Une fois le meurtre accompli et le pouvoir acquis, c’estelle qui dans le couple tient les discours les plus fermes. Pourtant, rongéepar la culpabilité, elle sombre dans la folie, persuadée qu’elle estphysiquement souillée du sang versé par Macbeth. L’ambition démesurée ducouple, éperonnée par les prophéties des sorcières, poussent Macbeth et LadyMacbeth à commettre crime après crime : d’abord Duncan, puis Banquo, puisles proches de Macduff. Une des problématiques de Macbeth est donccelle-ci : il est difficile de quitter la voie de la violence une fois quel’on en a pris le chemin. En outre, la violence n’élimine pas les dangers quimenacent le trône : une fois la menace immédiate disparue, d’autresdemeurent : Fleance voudra venger son père Banquo et Malcolm n’aura decesse de reprendre la pouvoir volé à son père Duncan. Sans cadre moral et sansbut noble, la violence de Macbeth et son épouse n’a rien accompli.

En tuant Duncan, Macbeth croyait devenirroi : il n’est devenu qu’un tyran. Dans la scène 3 de l’acte IV, Malcolménonce les qualités qui doivent être celles d’un roi : « justice,franchise, tempérance, fermeté, libéralité, persévérance, clémence, modestie,piété, patience, courage, bravoure ». Excepté le courage, Macbeth n’aaucune d’elles. L’autorité et l’autoritarisme diffèrent profondément : unsouverain digne de ce nom est un père pour ses sujets, il les récompense selonleurs mérites – après sa victoire, Duncan a octroyé à Macbeth le titre de thanede Cawdor –, et surtout, le roi place l’intérêt de son royaume par-dessus tout.Or, Macbeth n’apporte que le chaos : les forces du mal sortent de l’ombre,la tempête se déchaîne, et c’est une armée venue d’Angleterre, donc venue del’étranger, qui ramène l’ordre au royaume d’Écosse, abolissant au passage desusages et des titres séculaires : la première décision souveraine deMalcolm est de supprimer le titre de thane pour le remplacer par celui de comte– earl –, titreanglais : « Mes thanes et cousins, désormais soyez comtes, lespremiers que jamais l’Écosse ait vus honorés de ce titre. » Cettedécision, qu’un spectateur moderne pourrait voir comme une perte pour leroyaume d’Écosse, est en fait un retour à l’ordre. Macbeth le tyran est mort,vive le roi Malcolm.

Duncan et Malcolm sont rois car ils sont animéspar un sens de l’État et une morale qui font défaut à Macbeth et à LadyMacbeth. Dans Macbeth, Shakespeare peint le tableau d’un royaume que latyrannie plonge dans le chaos. Le roi en place doit être légitime, paré devertus et, terme peu en usage en 1606, patriote. Tout le contraire de ce qu’estMacbeth.

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