Macbeth

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Macbeth

Macbeth est le thane de Glamis, titrenobiliaire écossais équivalent à celui de earl en Angleterre, c’est-à-direcomte. Le début de la pièce le montre au spectateur comme un guerriervaleureux, noble personnage estimé de son roi pour son courage et sa loyauté.Or à peine rencontre-t-il les trois sorcières, son ambition dévorante commenceà s’exprimer, mêlée de doute quant à ses capacités à l’assouvir. Doute etcrainte le hantent tout au long de la pièce.

Il est d’abord « Le brave Macbeth (il abien mérité ce nom) », d’après le sergent d’armes qui l’a vu combattre àla bataille, approuvé par le roi Duncan : « Ô mon brave cousin! » Ce personnage qui semble donc être un ferme appui du roi d’Écosses’efface cependant pour laisser place à un ambitieux qui écoute d’une oreillegourmande les promesses des trois sorcières : elles lui annoncent qu’il vadevenir thane de Cawdor, puis roi, promesse qui le réjouit. Pourtant,cette joie se mêle vite de doutes : « Cette instigation surnaturellene peut être mauvaise, ne peut être bonne ». Il sait que la routevers le trône ne peut être que sanglante, car il lui faudra tuer Duncan :« Mon esprit, où le meurtre n’est encore qu’un fantôme, ébranle tellementmon individu que toutes les fonctions en sont absorbées par les conjectures ;et rien n’y existe que ce qui n’est pas. » Courageux, ambitieux mais hantépar le doute, et plus tard par le remords, tel est Macbeth. C’est un personnagenégatif, mais sans la moindre grandeur, car il n’a pas la force de caractèred’autres personnages sombres emblématiques du théâtre Shakespearien comme Iagodans Othello ou Richard III dans la pièce éponyme. Enfin, il n’est, auxyeux d’Hécate, la déesse de la nuit, qu’un « fils capricieux, chagrin,colère, qui, comme les autres, ne vous recherche que pour ses propresintérêts ».

 

Sans son épouse, qui le pousse à tuer le roi,il est probable qu’il n’aurait pas l’énergie pour passer à l’acte. Élu roi parses pairs, il devient rapidement un tyran : il n’a pas de projet pour sonroyaume, il ne compte pas l’agrandir ou l’affermir par quelque alliance ;une seule chose lui importe : se maintenir au pouvoir. Il fait alorsassassiner le loyal Banquo, poursuivre ses ennemis et massacrer leur famillecomme Lady Macduff et ses enfants. Sa perfidie provoque l’invasion du royaumepar une armée anglaise, ennemie héréditaire. Pas une fois le spectateur neverra Macbeth heureux ; pire : il est poursuivi par le remords.Est-il le jouet d’hallucinations ou un monde obscur lui envoie-t-il desmessages ? Avant le meurtre, c’est un poignard qui flotte devant sesyeux : « Est-ce un poignard que je vois devant moi, la poignée tournéevers ma main ? […] n’es-tu qu’un poignard né de ma pensée, le produitmensonger d’une tête fatiguée du battement de mes artères ? » Puisc’est le fantôme de Banquo qui lui apparaît et s’assied sur son trône, au coursd’un banquet, et Macbeth tremble : « Loin de moi ! ôte-toi de mesyeux ! que la terre te cache ! Tes os sont desséchés, ton sang est glacé ; rienne se reflète dans ces yeux que tu fixes sur moi ! » L’esprittourmenté de Macbeth fait naître ces visions infernales qui lui ôtent tout repos :« Macbeth ne dormira plus ! »

Joué par les sorcières qui lui annoncent sondestin en d’indéchiffrables prophéties, roi malheureux, homme soumis à uneépouse dominatrice, Macbeth n’incarne pas le pouvoir dominateur masculin :il est manipulé par les femmes d’influence qui l’entourent. Il n’a pas même lanoblesse des anciens Romains qui se suicidaient quand ils avaient perdu lapartie. Mais il ne fuit pas le combat : il périt l’épée à la main, maissans prodiges de courage, puisqu’il se sent invulnérable : il sait que nulhomme né d’une femme ne le tuera. Quand Macduff lui apprend qu’il fut « arrachéavant le temps du sein de sa mère », c’est-à-dire qu’il est né suite à unecésarienne, Macbeth comprend qu’il est perdu. Il se bat courageusement, mais ilsait que son sort est scellé. Le cercle est complet : le spectateur arencontré Macbeth en vainqueur militaire, il le quitte en vaincu sur le champde bataille.

Le Macbeth de Shakespeare est donc uncourageux guerrier mais un piètre individu. Son absence de grandeur rend lepersonnage d’autant plus méprisable : comment le spectateur admirerait-ilun médiocre ? Le public sera donc ravi de voir la descendance de Banquoaccéder au trône – bonne occasion de célébrer la chance d’avoir à la tête duroyaume, quand la pièce fut créée, un rejeton de cette illustre et noblelignée.

Dans la réalité, Macbeth accéda au trône suiteà une querelle dynastique où son cousin Duncan perdit la vie sur le champ debataille. Macbeth régna dix-sept ans et fut tué lors d’un combat en 1057, alorsque Malcolm, fils de Duncan, luttait pour regagner le trône de son père. 

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