Macbeth

par

Les sorcières

Ces personnages sont emblématiques de la pièceet de tout le théâtre de Shakespeare. Elles sont évoquées dans la chronique deHolinshed, source d’inspiration du dramaturge. De ces vagues apparitions, ledramaturge fait de formidables créations théâtrales, qui font entrer le mondede l’au-delà et du mal dans la réalité des autres personnages. Elles tentent,provoquent, maudissent, et annoncent le futur, telles des pythies maudites etmaléfiques. Shakespeare les place sous l’autorité d’Hécate, déesse de la lune,à laquelle elles n’obéissent pourtant pas toujours.

Ce sont les seuls personnages de Macbeth quis’expriment en vers. Elles apparaissent à deux moments majeurs, au début desactes I et IV, et sont parfois accompagnées d’un fantôme – ou esprit – etd’Hécate. Elles ont la panoplie des sorcières telles que se les représentait lepublic de 1606 – le roi Jacques Ier est l’auteur de Daemonologie,ouvrage de référence sur la sorcellerie – et évoquent leurs démons familierssous la forme d’animaux comme le crapaud ou le chat. Assemblées autour d’unchaudron – « Redoublons, redoublons de travail et de soins : / Feu, brûle; et chaudière, bouillonne » –, elles concoctent d’infectes mixtures oùles « écailles de dragon et dents de loup, / Momie de sorcière, estomac etgosier / Du vorace requin des mers salées » se mêlent au « fiel debouc » et autres « entrailles de tigre », sans oublier du« foie de juif blasphémateur » et le « doigt de l’enfant d’unefille de joie / Mis au monde dans un fossé et étranglé en naissant ».

Shakespeare donne naissance à trois créatures entièrementmaléfiques dont rien de bon ne peut sortir. Elles sont au nombre de trois, commeles Parques de la mythologie, maîtresses des destinées des hommes ;Macbeth les désigne d’ailleurs comme les « sœurs du Destin ». Ellesn’ont pas créé la nature veule de Macbeth mais ce sont elles qui font naître enlui l’idée de rébellion et de meurtre. En outre, elles connaissent l’avenir etleurs prédictions posent la question du destin et du libre arbitre : dansquelle mesure l’homme décide-t-il vraiment de son destin, si celui-ci est déjàtout tracé ? Le spectateur remarque qu’elles n’ordonnent pas à Macbeth detuer Duncan : elles versent dans son oreille le poison de la tentation etc’est Macbeth qui, tenté, décide de commettre le crime. Elles sont démoniaqueset à ce titre tentatrices, servantes du Démon.

Macbeth est rebelle sur terre contre sonsouverain, représentant de Dieu. Les sorcières sont rebelles dans l’au-delà, etoffensent Dieu. Elles sont l’incarnation du mal. Leurs propos jettent letrouble dans l’esprit du spectateur : le monde qui vit sur scène n’est pascelui auquel il est habitué : « Horrible est le beau, beau estl’horrible ». Tout ne sera que confusion et inversion : les sorcièresapportent la pénombre dans le monde des hommes. 

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