Manifeste du surréalisme

par

Définition du surréalisme : le cœur du premier manifeste

André Breton se fait l’inventeur d’un nouveau concept et propose une définition du surréalisme, qui arrive cependant assez tard dans l’œuvre. En effet, toute sa réflexion antérieure est matière à amener progressivement cette définition qui prendra l’apparence formelle de celle qu’on peut trouver dans un dictionnaire. La définition artistique du terme est ensuite suivie d’une définition philosophique, qui montre ainsi que la portée du texte et du terme ne se limite pas à un milieu de création artistique mais peut s’étendre à une forme de pensée plus universelle, plus généralisée. Nous citerons donc la définition en question telle qu’elle est posée dans le premier manifeste :

« SURRÉALISME n.m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

ENCYCL. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines

formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. »

S’ensuit une liste des auteurs qui ont fait, selon Breton, preuve de surréalisme : il affirme que cette liste est exhaustive, les autres n’ayant jusqu’à présent pas agi en fonction des principes de ce mouvement.

Il est donc nécessaire, après cette définition, d’en éclaircir davantage les grandes lignes.

Tout d’abord, Breton dresse un hommage à l’imagination et à la multitude de possibilités qu’elle met en perspective. En effet, il affirme qu’il ne faut pas négliger cette capacité à imaginer, que la plupart des gens encouragent chez l’enfant mais considèrent comme puérile, voire malsaine, lorsque l’on atteint l’âge adulte. Pour lui, l’imagination est ce qui permet d’envisager ce qui pourrait être, et en cela, elle demeure une faculté sacrée.

Les limites de la morale et de la bienséance ne doivent donc surtout pas lui être appliquées, et l’on doit ainsi, dans une entreprise surréaliste, laisser celle-ci s’exprimer. D’après l’auteur, ces frontières dressées aux portes de l’esprit sont l’objet de la hiérarchie sociale qui impose une certaine manière de penser, du matérialisme qui ancre définitivement l’humain sur terre, et d’une morale qui tend à bannir certaines idées considérées comme non conformes.

De plus, il reproche au roman réaliste sa volonté de vouloir tout décrire aussi fidèlement que possible, sans rien laisser au hasard et à l’imaginaire. Rappelons que la période pendant laquelle est publié le manifeste succède à la domination du réalisme et du naturalisme dans la littérature, fin du XIXème siècle et début du XXème. Il blâme ainsi les descriptions pointilleuses qui tentent de dresser un portrait fidèle de la réalité et s’évertuent à imposer cet unique point de vue. C’est ainsi qu’il introduit également un refus de l’analyse sentimentale et de l’envie de décortiquer chaque émotion personnelle. Il réfute l’hypothèse qui tend à montrer qu’il existe une logique des sentiments et revalorise ainsi le hasard qui guide l’imagination et l’alchimie des êtres et des cœurs. Pour lui, cette analyse n’est qu’une « simple partie d’échecs dont[il se]désintéresse. » C’est de cette manière qu’il réhabilite le merveilleux, prônant le fait « qu’il n’y a que le merveilleux qui soit beau ».

Telles sont les grandes lignes artistiques que Breton pose dans le premier manifeste. Nous allons cependant voir qu’il y ajoute une dimension philosophique indéniable, qui étend son analyse à une palette plus universelle.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Définition du surréalisme : le cœur du premier manifeste >