Manifeste du surréalisme

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Second manifeste du surréalisme (1930)

Breton rédige ce Second manifeste pour essayer de resserrer le groupe des surréalistes qui se trouve en proie à de profondes crises internes.

Le surréalisme est là pour provoquer une crise de conscience et libérer l'homme des carcans qu'on impose à sa pensée. Il refuse pourtant toute inscription dans le monde : le lieu mental où évoluent les surréalistes ne peut pas être lié à la réalité, car il serait alors entaché des considérations matérielles qui vont avec toute vie humaine. Ce nécessaire exil est dur à supporter sur le long terme, et Breton fait alors une liste de tous les artistes qui auraient trahi la cause surréaliste, et qui ont quitté le groupe. Antonin Artaud et Soupault en font partie. Une longue partie du manifeste est consacrée à l'expression de la colère de Breton contre ces hommes et anciens amis qui ont trahi leur cause.

Breton se voit poussé par les crises que connaît le groupe à redéfinir l'idée surréaliste : il ne s'agit pas d'aboutir à quelque chose de concret dans le monde, mais son idéal de révolution le pousse à considérer la révolution – qu’elle soit personnelle ou sociale – comme une solution viable. Ainsi, le surréalisme doit se poser la question du régime sous lequel il vit.

Breton arrive au paradoxe suivant : alors que le surréalisme ne doit pas se mêler au monde et aux considérations matérielles, il doit s'engager dans un acte révolutionnaire. Il exprime alors une adhésion – nuancée – aux buts du Parti communiste sans pour autant s'y engager. Les deux courants sont liés, car ils veulent renverser la société matérialiste et donc capitaliste par une révolution. Mais cette action sociale n'est pas la matière principale du surréalisme qui tend simplement à libérer l'expression de l'homme – de manière plus générale. Le Parti communiste serait donc un joug extérieur tout comme la société matérialiste – à une autre échelle.

L'évolution politique du surréalisme ne remet cependant pas en cause les techniques d'écriture énoncées dans le premier manifeste. Breton répond à deux questions qu'on lui a posées, et qu'il considère comme importantes dans cette redéfinition de la position de l'artiste surréaliste dans le monde. Tout d'abord, il refuse de choisir entre une définition sociale d'une littérature qui exprimerait les grands courants économiques et sociaux de la société, et une définition cloisonnée de cet art. Les deux versants seraient, selon lui, liés au sein de l'activité littéraire puisque tout absolu s'incarne dans un auteur, un texte, une vision particulière et nécessairement ancrée dans une époque donnée. En second lieu, il affirme ne pas croire à une littérature prolétarienne. Tous les écrivains de son temps sont issus de familles bourgeoises, quelles que soient leurs orientations politiques : même les quelques auteurs qui se sont échappés de familles plus modestes sont passés par le tamis de l'éducation bourgeoise et lettrée. Ainsi, la littérature ne peut, à son époque, être à même d'exprimer les aspirations de la classe prolétarienne, mais produit seulement des discours et des stéréotypes sur cette classe.

Breton finit alors sur une note amère, concernant l'évolution du surréalisme : pour lui, l'écriture automatique et les rêves n'ont pas été assez exploités, et le groupe serait à la dérive à cause de ses acteurs. Il appelle à un redressement de la situation, par les membres du groupe mais aussi par les futurs écrivains, qui pourront reprendre le flambeau même s'il s'éteint quelque temps. Le surréalisme n'en est en effet qu'au début de ses recherches, et Breton finit sur une décision, qui contraste à nouveau avec l'engagement social (si ce n'est politique) de l'artiste : il veut que le surréalisme devienne une science occulte, cachée hors du monde, pour être préservée des intérêts matériels d'auteurs peu scrupuleux.

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