Manon Lescaut

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Les différents visages de la passion

La passion en tant que moteur de péchés capitaux est représentée dans Manon Lescaut sous ses multiples facettes : l’amour passionné de Des Grieux, les plaisirs charnels à l’image de Manon, le vice bénin qui mute en un crime impardonnable.

La passion fébrile de Des Grieux qui le conduit progressivement à sa perte est si exagérée qu’elle en apparaît malsaine. Tel est le cas de la description de l’innamoramento au début de l’œuvre : « Mon cœur s’ouvrit à mille sentiments de plaisir dont je n’avais jamais eu l’idée. Une douce chaleur se répandit dans toutes mes veines. J’étais dans une espèce de transport, qui m’ôta pour quelque temps, la liberté de la voix ». Le personnage est littéralement privé de sa raison et de ses sens. Le terme de « transport » revient par ailleurs plusieurs fois dans le roman, aussi bien pour qualifier la passion amoureuse que la colère et la violence.

Manon quant à elle est l’incarnation de la luxure et de l’excès, accentués par son rapport insouciant à l’argent : « Elle ne s’informait pas même quel était le fonds de nos richesses, pourvu qu’elle pût passer agréablement la journée ».

Les deux personnages sont chacun le reflet défiguré l’un de l’autre : à côté de la jeune fille, le Chevalier Des Grieux apparaît comme un homme trop passionné, aveuglé par son amour, presque fou ; tandis qu’en comparaison avec le jeune homme, Manon Lescaut semble traître, insensible et vénale. Dans l’absolu, ils ne sont pas mauvais, mais ensemble, ils se rendent détestables mutuellement. Enfin, c’est la conjonction de ces deux sortes de passions qui conduisent Manon et son amant à commettre des crimes réels : la fraude au jeu, l’usurpation, la prostitution, une série de meurtres. Les différents péchés évoqués dans le roman, en quelque sorte graduellement « cochés » par les personnages, peuvent faire penser à la progression à travers les cercles de l’Enfer selon Dante.

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