Mémoires d’outre-tombe

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François-René de Chateaubriand

François-René
de Chateaubriand est un écrivain français né en 1768 à Saint-Malo et mort à
Paris en 1848. Il est le sixième enfant, parmi une fratrie de dix, d’une riche
famille – son père est armateur.

Il montre
un don pour les lettres dès ses études. Il est tenté un temps par une carrière
dans la marine, puis par l’état ecclésiastique, avant de passer deux ans d’oisiveté
– de 16 à 18 ans – au château familial, pendant lesquels il développe des
réflexions, s’essaie à la poésie poussé par sa sensible sœur Lucile.

S’ensuit
une vie militaire de 1786 à 1791 rythmée par sa présence dans des salons
parlementaires et des cercles littéraires auxquels son frère aîné, magistrat,
lui donne accès. Il part cinq mois pour l’Amérique à l’occasion des excès de la
Révolution, où il développe son imaginaire relativement à la nature et aux
hommes. De retour, soldat de l’armée des Princes, il est blessé, pense mourir,
puis connaît le dénuement à Londres ; il vit de petits travaux avant de
devenir professeur.

Il publie
alors, en 1797, son Essai historique sur
les révolutions
– dont le titre complet est Essai histoire, politique et moral sur les révolutions anciennes et
modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française
. Il y
tente de découvrir la marche à venir des événements en France par une étude
comparative. Le ton y est d’un grand pessimisme ; tout désir de
réformation y apparaît vain, destiné à buter contre la nature immuable de
l’homme qu’il retrouve inchangée à chaque époque. Dans une veine rousseauiste,
il remet en cause l’existence de tout gouvernement. L’auteur en regrettera plus
tard le style boursouflé, la langue maladroite.

Chateaubriand
rompt son exil en 1800 et retourne en France sous un faux nom, après que la
mort de sa mère lui eut fait faire un premier pas vers la conversion. Son ami Fontanes
lui offre la protection du Premier Consul.

La
publication d’Atala en 1801 – œuvre extraite
de son grand ouvrage sur les Natchez, tribu rebelle massacrée par les Français
en Louisiane en 1727 –,  met
Chateaubriand à la mode. L’œuvre est sous-titrée Les amours de deux sauvages dans le désert. Il s’agit d’une
histoire d’amour contée à René, jeune Français exilé, entre Chactas, le
narrateur indien, et Atala, une jeune chrétienne qui se tue, frustrée de ne
pouvoir choisir entre le vœu fait à sa mère de se consacrer à la religion et
son amour pour l’Indien qu’elle a aidé à s’évader. Se révèle dans l’œuvre le
grand amour de l’auteur pour la nature, et la richesse des sentiments qui
fondera le romantisme de Chateaubriand et l’admiration de ses pairs.

Dans les
cinq volumes du Génie du christianisme,
publiés en 1802, œuvre sous-titrée
Beautés de la religion chrétienne
, Chateaubriand entend montrer que la
religion sert la civilisation, contre les sarcasmes des philosophes des
Lumières, et en particulier Voltaire. Le dessein de l’auteur est de montrer
combien il est beau de croire – la beauté du monde étant propre à déclencher
elle-même la foi –, sa démonstration ne s’appuyant que sur un ton poétique, et
non métaphysique. Comme dans Atala,
l’œuvre est parcourue de descriptions propres à émouvoir, sur un ton solennel
et dans un style grandiose. L’auteur chrétien s’attache aussi à montrer la
supériorité des œuvres inspirées par le christianisme. S’y enchaînent également
des réflexions sur l’art – un chapitre sur les églises gothiques influencera le
goût des romantiques, et de manière générale l’œuvre fera renaître un intérêt
pour la période du Moyen Âge. Les œuvres Atala
et René y sont intégrées à des fins
illustratives comme des anecdotes édifiantes. L’ouvrage vaut à Chateaubriand
une gloire immense instantanée. Elle fonctionne comme l’acte de naissance d’un
nouveau genre, la méditation philosophique et religieuse, reprise par
Lamartine, Hugo et Vigny. Mais surtout, elle fait naître, ou du moins sert
d’appui à un élan de renaissance religieuse.

L’épître
dédicatoire à Bonaparte de l’édition de 1803 lui vaut d’être nommé ambassadeur
à Rome, puis Ministre de France dans le Valais. Mais l’auteur devient
violemment antibonapartiste après l’assassinat du duc d’Enghien qui réveille sa
conscience monarchique.

René, œuvre
intégrée à la IIe partie du Génie du christianisme, est destinée à
montrer les sentiments qu’a fait naître en l’homme le christianisme. La
suppression des ordres religieux aurait selon l’auteur diffusé une certaine
mélancolie qui naît dans les âmes privées de refuges. L’auteur parle du
« vague des passions ». René confie sa tristesse à Chactas, vieux
chef indien aveugle, et au père Souël, missionnaire. C’est l’occasion pour
l’auteur d’intégrer son enfance au récit, et le souvenir de sa sœur à travers
le personnage d’Amélie, que René ne peut empêcher d’entrer au couvent où elle
meurt. Ses deux auditeurs décrètent leur diagnostic au jeune homme : il
est trop orgueilleux, et doit renoncer à ses rêves grandioses pour entreprendre
les seuls chemins, communs, qui permettent le bonheur. Dans sa Défense du Génie du christianisme,
Chateaubriand accuse Rousseau d’avoir poussé les jeunes gens à l’amour outré de
la solitude. Dénonçant la mélancolie, l’illustrant, Chateaubriand la mettait en
fait à la mode. L’héritage du récit dans la littérature fut immense : Senancour,
Benjamin Constant, Musset, Vigny, Hugo, Dumas père, Stendhal mirent chacun en
scène leur René. L’œuvre ressemble à un vaste poème : le style est baigné
de lyrisme, le texte est disposé en strophes, le ton solennel et plaintif en
fait une ode au désespoir.

Bien
qu’il fut marié tôt, le cœur de Chateaubriand est allé d’une femme à l’autre :
après Pauline de Beaumont, Delphine de Custine, c’est Natalie de Noailles qui
pousse l’écrivain à entreprendre un pèlerinage en Grèce et aux Lieux Saints,
condition qu’elle pose pour se donner – voyages qui fourniront à l’écrivain la
matière de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem,
paru en 1811, loué par les contemporains, à l’inverse de son épopée chrétienne,
publiée dans l’intervalle en 1809, Les
Martyrs
, qui ne rencontre pas le succès.

Chateaubriand
est élu à l’Académie française en 1811, mais le discours libéral qu’il a
préparé, qu’il refuse de reprendre, l’empêche d’être solennellement reçu.

La chute
de l’Empire voit l’écrivain s’oublier pour devenir un homme politique, qui
marque le début de la Restauration par la publication du pamphlet De Buonaparte et des Bourbons. C’est à
présent un pair de France, l’ambassadeur en Suède, le ministre d’État qui
s’exprimera, et qui se fera le défenseur des « ultras ». Chateaubriand
continue de multiplier les postes prestigieux comme ambassadeur à Londres ou
ministre des Affaires Étrangères. Pendant ce temps, l’écrivain n’est en réalité
pas totalement oublié : il enrichit ses Œuvres complètes d’ouvrages inédits (comme les Aventures du dernier Abencérage), les pare d’introductions.

Parmi ses
conquêtes, figure Juliette Récamier, devenue une amie, dont il préside avec
elle le salon littéraire et politique.

Ses Mémoires d’outre-tombe furent conçus en
1803 après la mort de Pauline de Beaumont, commencés en 1809 (ou 1811) et
poursuivis jusqu’à la veille de sa mort. Vendus à une société d’actionnaires,
ils lui valent une importante pension viagère. Ils sont divisés en quatre
parties : « La Jeunesse » (1768-1800), pittoresque et
émouvante ; « La Carrière littéraire » (1800-1814), pleine de
portraits d’amis ; « La Carrière politique » (1814-1830) (carrière
qui ne dure en réalité que six ans) où l’écrivain grandit son action ;
enfin la dernière rejoint la fin de sa vie, la récapitule, en souligne les
contrastes. Mal reçus d’abord, on y voyait l’orgueil de l’écrivain ; ils
sont devenus son œuvre la plus lue. L’auteur s’y montre amer, médisant, très
partial, se posant au centre de tout, sur un ton plein d’emphase ; à
l’occasion, l’auteur semble s’imaginer en prophète ou en Dieu le Père. Mais à d’autres
endroits, le style peut devenir simple, et l’homme malicieux, voire bonhomme.
C’est donc une œuvre plurielle, où abondent les descriptions de paysage,
l’introspection psychologique, au fil d’un récit plein de vivacité où l’écrivain
se permet archaïsmes comme néologismes. L’écrivain tardant à mourir, la
publication, malgré son souhait premier, commence de son vivant.

Alphonse
de Lamartine émet un jugement pondéré sur l’homme : « De ce Rubens du
style je n’ai jamais estimé très haut que la palette. Il n’était pas assez
simple de cœur et de génie pour moi… mais c’était une grande sensibilité
littéraire, et le plus grand style qu’un homme puisse avoir en dehors du
naturel, le génie des ignorants. »

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