Mémoires d’outre-tombe

par

Partie IV

Contrairement à sesattentes, les démissions de Chateaubriand ne signifient pas qu’il entre dansune période calme. Interrogé sur son refus de travailler pour la République quiincarne les principes qu’il a toujours défendus, il répond par une brochureintitulée De la Restauration et de laMonarchie élective. En 1831, il fait paraître ses Études historiques et au mois de mai de cette année, il décide deliquider tous ses biens pour déménager à Genève avec son épouse. Ils vonts’installer aux Paquis. Chateaubriand retourne à Paris pour vendre sa maison eten profite pour publier une brochure intitulée De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et desa famille, ou suite de mon dernier écrit : De la Restauration et de laMonarchie élective. Un complot de la noblesse est monté et plusieursgroupes se rapprochent de Chateaubriand pour lui demander de devenir leur chef,ce à quoi il se refuse. De plus, au moment où il se retrouve à Paris, une épidémie de choléra frappe la ville. Plusieursroyalistes collectent des fonds pour aider les cholériques et la duchesse deBerry octroie 12 000 francs spécifiquement à cette cause. Chateaubriand estchargé de la distribution mais plusieurs mairies parisiennes refusent ce dontandis que la population l’accepte.

Le lendemain del’enterrement de la fille d’un de ses amis, M. Frisel, Chateaubriand se faitarrêter à quatre heures du matin. Son geôlier est très amical et, avec ce quelui envoie Mme de Chateaubriand, il s’installe aussi confortablement quepossible dans sa cellule. Le soir de son arrestation, le préfet de police, M.Gisquet, vient chercher Chateaubriand et le fait déménager chez lui. Mme deChateaubriand reçoit la permission de lui rendre visite. Chateaubriand refusede se soumettre à l’interrogatoire car, écrit-il, « Je déclarai de nouveauque, ne reconnaissant point l’ordre politique existant, je n’avais rien àrépondre, que je ne signerais rien, que tous ces procédés judiciaires étaientsuperflus… », affirmant ainsi sa prise de position en tant que royaliste. Mmede Récamier vient lui rendre visite chez les Gisquet. Le 30 juin, au bout de dixjours de détention, il est libéré au grand soulagement de son épouse. À sasortie de prison, il se voit offrir de nouveau sa pension de pair et ses dettesd’ambassadeur sont transférées à la couronne, ce qui lui confère une certaineliberté financière et lui permet de s’expatrier  avec sa femme de nouveau en Suisse. Deux joursavant son épouse, la maîtresse de Chateaubriand arrive alors qu’il est àLucerne et se rend avec lui chez la duchesse de Saint-Leu. Dès qu’il est réuniavec son épouse, Chateaubriand déménage à Genève, rejoint bientôt par Mme deRécamier. Quand il apprend que la duchesse de Berry, qui avait eu pour projetde former un cabinet alternatif, est emprisonnée, Chateaubriand vient à sonsecours et rédige Mémoire sur lacaptivité de madame la duchesse de Berry dans lequel il écrit :« Madame, votre fils est mon roi ». Cela lui vaut un procès mais iln’est pas reconnu coupable. Le mémoire le rend extrêmement populaire auprès desroyalistes.

En 1833, il reçoit unemissive de la duchesse le suppliant de lui servir d’ambassadeur auprès dumonarque russe pour le mariage de son fils avec la princesse Olga, et auprès dela Dauphine pour qu’elle prenne soin de ses enfants. Le 14 mai, Chateaubriand quitteParis pour Prague afin de s’acquitter de cette mission. Après sept jours devoyage, n’ayant pas renouvelé son passeport, il ne peut pas rentrer en Bohèmeet doit se loger à Waldmünchen. Il obtient finalement son visa et le 24 mai ausoir, il arrive à Prague et reçoit une invitation de Charles X. Attendri parl’accueil du souverain, Chateaubriand s’effondre et la rencontre devient réconciliation.C’est le début d’une série de rencontres entre Chateaubriand et la familleroyale exilée à Prague. Après avoir accompli ce pour quoi il était venu,Chateaubriand prend congé du roi et du jeune Henri V, le duc de Bordeaux, héritierpotentiel de la couronne, le 29 mai, et le 30 au matin, il entame son voyagevers Carlsbad pour rencontrer la dauphine, Marie-Thérèse de Savoie, l’épouse deCharles X, et lui remettre les lettres que la duchesse de Berry lui aadressées. Suite à un entretien de deux heures, Chateaubriand est invité à dîneret à passer le lendemain matin en la présence de la  dauphine. Au moment de prendre congé,Chateaubriand lui recommande de se charger de l’éducation du duc de Bordeaux.Son conseil est suivi et Chateaubriand se met en route pour Paris en prenant letemps de visiter Ellbogen, Weissenstadt, Berneck, Hohfeld, Würtzbourg,Wiesenback et Heidelberg, entre autres lieux.

De retour à Paris, le 6juin, Chateaubriand écrit un compte-rendu à la duchesse de Berry. Convié àprésider un conseil pour Charles X, il refuse parce que son objectif ultimeaurait été l’abdication du souverain en raison de ses convictionsrépublicaines. Il s’installe de nouveau à Paris lorsqu’il est convoqué par laduchesse de Berry à Venise. Il se plie aux volontés de la belle-fille deCharles X et arrive à Venise le 10 septembre 1833. Le 15 septembre, il se rendà l’hôtel de Mme de Bauffremont pour rencontrer la duchesse de Berry ; ily apprend que celle-ci a changé le lieu du rendez-vous qui est maintenantFerrare, où il arrive le 16 pour être rejoint par la duchesse le 18 septembre. Àl’hôtel où ils se rendent, tous deux sont assaillis par leurs admirateursrespectifs. Après l’avoir présenté à son époux le comte Lucchesi-Palli, laduchesse de Berry explique à Chateaubriand qu’il doit venir avec elle à Praguepour convaincre ses beaux-parents d’accorder l’acte de majorité à son fils, leduc de Bourgogne. L’écrivain s’y refuse mais il finit par céder quand elle s’exclame« Ne m’abandonnez pas ! ». La duchesse part le 19 et le 20, elleenvoie une lettre informant Chateaubriand du fait que le gouverneurlombard-vénitien ne la laisse pas poursuivre son voyage. Le gouverneur demandeà Chateaubriand de se rendre seul à Prague, ce à quoi la duchesseconsent : l’écrivain devient donc le porteur de la demande de déclarationde majorité ainsi que d’un billet pour le fils de la duchesse. Parti le 20 ausoir, il arrive le 26 à Prague et accomplit sa mission avec succès. De là, la dauphineenvoie Chateaubriand auprès de Charles X, malade, et du duc de Bourgogne. Le roipense toujours à constituer un gouvernement parallèle auquel il convieChateaubriand, qui ne s’engage pas dans ce qu’il considère être une aventurechimérique. Dans la nuit, Charles X et son petit-fils s’en vont etChateaubriand décide de rentrer à Paris.

En 1838, Chateaubriands’occupe de finaliser son manuscrit du congrès de Vérone. En novembre 1839,Charles X s’éteint. En 1841, Chateaubriand finit la rédaction de ses mémoires,presque trente ans après les avoir commencés. Il s’aperçoit que durant sa vieil a été le témoin de changements sociétaux d’importance, notamment la disparitionde la monarchie et l’avènement de l’individualisme. Il se pose la question desavoir comment une société peut exister si tout n’est que fait individuel. Seposant la question de ce qui pourrait se produire dans l’avenir, il pense que« l’idée chrétienne est l’avenir du monde », qui pour lui est unchristianisme rationnel, source de stabilité, vérité, liberté, égalité etfraternité. Pendant sa vie, il a aussi assisté à de nombreux évènements àl’échelle mondiale : la découverte de l’Australie et du pôle antarctique,l’exploration du Nord de l’Amérique, le déchiffrage des hiéroglyphes, entreautres accomplissements humains.

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