Mémoires d’outre-tombe

par

Partie II

De retour en France,Chateaubriand s’étonne de l’appauvrissement de son pays : « À droiteet à gauche du chemin, se montraient des châteaux abattus ; de leursfutaies rasées, il ne restait que quelques troncs équarris, sur lesquelsjouaient des enfants. On voyait des murs d’enclos ébréchés, des églisesabandonnées, dont les morts avaient été chassés… » À Paris, Chateaubriandse consacre tout entier à l’écriture, notamment à la révision du Génie du Christianisme, d’Atala et de René. Insomniaque, il écrit une lettre à Mme de Staël qui attirel’attention du public mais c’est Atalaqui fonde sa renommée d’écrivain. Par la suite, Chateaubriand se rend enBretagne où il retrouve sa famille et sa femme : il se rend compte que sasœur Lucile est en train de devenir paranoïaque et dominatrice vis-à-vis de sonépouse. Quant au Génie du Christianisme,en raison du contexte social, l’ouvrage est à la fois contesté et louangé. Quidit succès littéraire dit succès mondain et Chateaubriand se retrouve àfréquenter plusieurs salons.

En octobre 1802,« une contrefaçon du Génie duChristianisme, à Avignon, m’appela […] dans le midi de la France »écrit-il. Là, il retrace le contrefacteur, qui ne le reconnaît pas. Lors de cepériple, il visite Lyon, le Vaucluse, Marseille. Sur le chenin du retour àParis, il passe par le Languedoc et la Gascogne et visite les villes de Nîmes,Montpellier, Narbonne, Toulouse, Blaye, Nantes, puis se rend en Bretagne voirsa famille pendant vingt-quatre heures. Cette même année, Chateaubriandrencontre Napoléon Bonaparte qui le reconnaît, lui parle de son ouvrage sur le christianismeet décide de le nommer premier secrétaire d’ambassade à Rome. Chateaubriandarrive à Rome le 27 juin 1803 et le 30, il rencontre le pape. Il est logé aupalais Lancelotti et entre rapidement dans ses fonctions, qui sont de natureadministrative. Il y est rejoint par son amante, Mme de Beaumont, rencontrée àParis, qui mourra dans ses bras. Chateaubriand reçoit par la suite unenomination comme ministre dans le Valais, directement de Bonaparte, poste qu’ilest censé occuper en 1804.

Avant d’entrer en poste,Chateaubriand va à Paris et le 18 mars 1804, se rend aux Tuileries pour prendrecongé de Bonaparte, qu’il trouve altéré physiquement et dans son comportement, etqui l’évite. Le 20 mars, tout le monde apprend l’exécution du duc d’Enghien, condamnéepar la noblesse européenne, et Chateaubriand envoie sa démission au Premierconsul, en signe de désapprobation. Seule la protection de Mme Bacciocchi leprotège du courroux de l’empereur. Cette démission lui ouvre des portes de châteauxdont celui de M. de Tocqueville, « beau-frère de mon frère et tuteur demes deux neveux orphelins ». Il demeure un an à Paris à la rue Miromesnilpuis emménage dans l’attique de l’hôtel particulier de Mme de Coislin.

À l’été 1805,Chateaubriand rejoint son épouse à Vichy, grâce aux bons soins de sa logeuse.Madame de Chateaubriand propose un voyage pour s’éloigner des intriguespolitiques, ce à quoi son époux consent. Leur périple les amène à Lyon, Genève,au mont Blanc et à Chamonix. Les époux vont ensuite, en septembre, s’installerchez M. de Villeneuve. Là, Chateaubriand reçoit de mauvaises nouvelles de sasœur Lucile dont la santé mentale a décliné sévèrement après la mort de Mme deBeaumont dont elle était proche. Elle meurt subitement au moment où l’épouse deChateaubriand tombe extrêmement malade. Celui-ci est donc dans l’impossibilité d’assisteraux funérailles et de savoir où se trouve le tombeau de sa sœur.

À la fin de l’année 1805,les Chateaubriand viennent à Paris, chez Mme de Coislin. Après une visite à safamille en Bretagne, Chateaubriand s’en va pour Trieste le 13 juillet 1806 etsa femme l’accompagne seulement jusqu’à Venise. Il raconte son voyage dans Itinéraire de Paris à Jérusalem. Chateaubriandse rend ensuite à Constantinople d’où il part pour Israël. Arrivé à Jaffa,Chateaubriand et son domestique Julien continuent vers Jérusalem, longent lesrives de la mer Morte et remontent le Jourdain. De retour à Jérusalem,Chateaubriand se dirige ensuite vers Alexandrie puis le Caire où il laisseJulien chez M. Drovetti. De là, il embarque pour Tunis et alors que l’on serapproche de Malte, l’équipage se voit contraint par les conditionsmétéorologiques d’ancrer le navire devant les îles de Kerkeni où l’on célèbrele Nouvel An 1807. Chateaubriand finit par arriver à Carthage puis entame sonchemin de retour vers la France en passant par l’Espagne : il décriracette partie de son voyage dans LeDernier des Abencérages.

À son retour de voyage,Chateaubriand écrit un pamphlet : Lorsque,dans le silence de l’abjection…, qui provoque la colère de Napoléon, qui selonl’auteur réagit parce qu’« on s’irrite moins en raison de l’offense reçuequ’en raison de l’idée qu’on se fait de soi ». Ordre est donné de fermer lejournal qu’il avait racheté, Le Mercurede France, et d’arrêter l’auteur.Chateaubriand achète une maison à la Vallée-aux-Loups pour se mettre à l’abri.En 1809, il publie Les Martyrs, quifut l’objet d’un scandale car l’auteur y mêlait fiction et réalité, cultesdruidiques et christianisme. Malgré des critiques virulentes et l’oppositiongouvernementale, l’ouvrage connaît un succès d’édition. En 1811, l’Itinéraire de Paris à Jérusalem estpublié et connaît également un grand succès. Cette année-là, Chateaubriandentame aussi la rédaction de ses mémoires. Lorsque meurt le président del’Institut, ancien nom de l’Académie française, son poste est offert àChateaubriand qui accepte avec beaucoup d’hésitations. L’auteur est élu mais lateneur de son discours d’installation est tellement critique du pouvoir enplace que finalement Chateaubriand ne fut pas reçu à l’Académie. Cela n’empêchepas l’empereur Napoléon de lui offrir un poste de surintendant général detoutes les bibliothèques de France ni le préfet de la police de lui recommanderde s’éloigner de Paris. De 1812 à 1814, Chateaubriand continue la rédaction deses mémoires et commence à effectuer des recherches sur l’histoire de France,qui lui seront particulièrement utiles pour ses écrits politiques à partir dela Restauration.

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