Mémoires d’outre-tombe

par

Partie I

Lorsqu’il commence larédaction de ses mémoires en 1811, dans le hameau de la Vallée-aux-Loups, prèsd’Aulnay, en région parisienne, François-René de Chateaubriand s’embarque dansune aventure de longue haleine qu’il poursuivra au gré de ses assignationsprofessionnelles. Dans ce récit, Chateaubriand raconte avec moult détails savie depuis sa naissance jusqu’à son présent.

Issu d’une famille de lanoblesse bretonne ancienne, François-René de Chateaubriand, né le 4 septembre1768, est le benjamin des six enfants de René de Chateaubriand et ApollineJeanne Suzanne de Bédée. Chateaubriand père, obsédé par leur gloire ancienne,fait tout son possible pour redorer le blason familial et finit par racheterune terre familiale, Combourg. Sa mère, extrêmement pieuse, sera d’une grandeinfluence sur son fils, d’autant plus que le caractère autoritaire et colériquedu père crée un clivage au sein de la famille. Si pendant les premières annéesde sa vie Chateaubriand est livré à son propre sort car son avenirprofessionnel semble tout tracé, sa mère insiste pour qu’il reçoive uneéducation classique. C’est ainsi que le jeune Chateaubriand découvre sacapacité de rassembleur au collège de Dol, sa bonne mémoire et les classiquesde la littérature latine. Les multiples déplacements effectués au fil des ans entrela maison familiale et d’autres résidences, notamment à Saint-Malo d’où vientsa mère, vont contribuer à renforcer chez lui une fibre solitaire voiremélancolique. Renonçant à la carrière de marin qui semblait être son destin,Chateaubriand croit un certain temps avoir une vocation ecclésiale, en raisond’expériences religieuses marquantes dans son enfance. Mais deux ans d’attentedans la demeure familiale, pendant lesquelles il tergiverse et développe uneobsession pour une femme imaginaire qui le mène presque au suicide, mettent finà ce choix de carrière. C’est finalement grâce à l’ambition de son frère aînéque Chateaubriand entame son parcours dans l’armée de terre où son titre luidonne immédiatement accès à des postes de commandement.

Posté à Rennes,Chateaubriand accède en quinze jours au poste de sergent. Il gagne la confianced’officiers et de certains haut gradés : Achaud, Matris, la Martinière, lemarquis de Mortemart et le comte d’Andrezel, son supérieur hiérarchique. Son pèremeurt et, alors qu’il est en congé à Combourg, son frère lui envoie une lettrelui expliquant que lui, le benjamin, va être officiellement présenté à la courdu roi Louis XVI. Cette présentation se traduit automatique par une nominationhonorifique au grade de capitaine. Sous la pression de ses sœurs, notamment de Madamede Farcy, il accepte l’offre. Comme Chateaubriand fait preuve de timiditémaladive dans n’importe quelle situation mondaine, il n’arrive pas à profiterdes occasions d’ascension sociale qu’il rencontre à Paris, comme une discussionavec le roi au cours d’une partie de chasse. Il s’installe dans la capitalependant deux ans où il fréquente des littérateurs comme le chevalier de Pany,Ginguené, le poète Lebrun, Chamfort et M. de Laharpe, ainsi que d’autresmembres de la noblesse française, notamment le président de Rosambo et M. deMalesherbes, pour lequel Chateaubriand a une affection particulière. Cesentiment s’explique en partie par l’affection que Malesherbes manifeste pourLucile, la sœur préférée de Chateaubriand.

En 1787-1788, c’est latenue des États généraux de Bretagne, annonciateurs de la Révolution françaisede 1789. À cette époque, Chateaubriand retourne en Bretagne où, grâce à samère, il reçoit la cléricature dont il a besoin pour être agrégé à l’Ordre deMalte. Il revient à Paris quelques jours avant le 14 juillet 1789 et assiste àla chute de la Bastille, à l’émergence de figures politiques comme Mirabeau etRobespierre. C’est une saison de créativité car comme l’explique Chateaubriand :« Dans une société qui se dissout et se recompose, la lutte des deuxgénies, le choc du passé et de l’avenir, le mélange des mœurs anciennes et desmœurs nouvelles, forment une combinaison transitoire qui ne laisse pas unmoment d’ennui. »

Sous la pression deschangements sociaux, le seul fait d’avoir un nom noble suffisant pour être inquiété,Chateaubriand revient à son désir d’enfance de partir à la découverte del’Amérique, encouragé par Malesherbes. Il retourne à Saint-Malo prendre congéde sa famille et s’embarque sur le navire du capitaine Desjardins où il fera laconnaissance d’un jeune Anglais, Francis Tulloc. Le voyage les mènera sur lescôtes anglaises, aux Açores, à Terre-Neuve, Saint-Pierre et Miquelon, où ilrencontre le gouverneur. De là, ils repartent vers la Virginie où Chateaubriandprend conscience d’un paradoxe : « ce fut un esclave qui me reçut surla terre de la liberté ». Arrivés à Baltimore, leur destination initiale,tous les compagnons de voyage se séparent et Chateaubriand se rend àPhiladelphie où il rencontre George Washington, qu’il admire pour la cohérenceentre ses principes et ses actions politiques. De là, il se rend ensuite à NewYork et à Albany où demeure un certain M. Swift qui lui a été recommandé pourl’expédition vers le Nord-Ouest du continent américain, que Chateaubriand avaitplanifié de concert avec Malesherbes. Malgré des avis adverses, Chateaubriandentame une première partie du voyage avec un guide hollandais et va à larencontre de plusieurs Premières Nations comme les Iroquois et les Onondagas.Il obtient l’autorisation d’entrer au Canada, par lequel il passe pour allervoir les chutes du Niagara. De là, il redescend vers Pittsbourg puis se rend enFloride. C’est là qu’il entend parler de l’arrestation du roi Louis XVI et ildécide de rentrer en France pour se battre dans les troupes royalistes, cequ’il fait en s’embarquant à crédit le 10 décembre 1791. Il arrive au Havre le2 janvier 1792.

 Le voyage l’ayant complètement ruiné,Chateaubriand se voit contraint cette année 1792 au mariage avec Mlle deLavigne, âgée de dix-sept ans. À son retour, il se rend compte du changement declimat politique en France qu’il qualifie de « tyrannie plébéienne ».Danton est maintenant à la tête de la jeune République française et il comptepurger le pays car, dit-il, « ces prêtres, ces nobles ne sont pointcoupables mais ils faut qu’ils meurent parce qu’ils sont hors place ».Chateaubriand et son frère décident d’aller rejoindre l’armée des Princes et sefont faire de faux passeports qui leur permettent de se rendre à Bruxelles le15 juillet 1792. Le frère aîné y reste tandis que Chateaubriand s’en varejoindre cette armée plurinationale, qui entame peu après une descente contreThionville, qui sera assiégée puis délaissée pour Verdun. Blessé, Chateaubriandest déchargé de l’armée et il entreprend un long périple vers Jersey où lafamille de son oncle le soigne plusieurs mois. Dès que sa santé le lui permet,il par pour Londres où il arrive le 21 mai 1793.

C’est une périodefinancièrement difficile pour Chateaubriand. Il apprend en outre par la pressele décès de son frère ainsi que l’emprisonnement de sa mère, de son épouse etde sa sœur Lucile. Les trois femmes seront libérées. Chateaubriand s’installeen Angleterre. À l’annonce de la mort de sa mère, Chateaubriand revient à lafoi de son enfance et écrit Génie duChristianisme, pour compenser le ton sceptique de son premier ouvrage quiétait un essai.

En 1800, la France estdevenue napoléonienne et nombre d’émigrés de la noblesse française retournentdans la mère patrie. Chateaubriand suit la vague et, sous une fausse identité,retourne auprès de ses deux sœurs qui ont survécu, Lucile et la comtesse deMarigny, et de sa femme dont il a été éloigné pendant huit ans. À partir de cemoment, Chateaubriand va gagner en notoriété, notamment grâce à ses talentslittéraires.

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