Michel Strogoff

par

La symbolique familiale

De nombreux personnages issus de l’environnement familialdes héros apparaissent dans le livre. La situation familiale de Michel Strogofflui-même est touchante : son père est décédé dans sa jeunesse, et sa mère,Marfa, est restée à Omsk et jouera un rôle majeur, bien que concis, dans leroman. En effet, elle met à l’épreuve, sans le vouloir, la fidélité de MichelStrogoff qui doit choisir l’espace d’un instant entre sa mère et sa mission.L’ayant reconnu dans un convoi, elle l’appelle « mon fils », et lui,bien que déchiré, doit feindre de ne pas la reconnaître afin de ne pas setrahir, ni lui, ni le Tsar. Elle deviendra aussi instrument de chantagelorsqu’Ivan Ogareff l’utilise pour forcer le héros à révéler son identité.Ainsi, le lien familial sert une fois de plus à montrer la fidélité et l’attachementdu héros à son empereur et à sa mission, mais révèle également sa sensibilitéet son dévouement familial. C’est l’amour de sa mère qui le sauve lorsqu’IvanOgareff tente de l’aveugler, puisque ses yeux embués de larmes à la vue de latorture à laquelle sa mère est soumise empêchent la chaleur de la lame censéel’aveugler de lui ôter la vue. Ainsi, le lien familial semble triompher de lacruauté et de la barbarie.

« De devoir, eneffet, de devoir impérieux, dit la vieille Sibérienne, de ceux auxquels onsacrifie tout, pour l’accomplissement desquels on refuse tout, même la joie devenir donner un baiser, le dernier peut-être, à sa vieille mère ! Tout ce quetu ne sais pas, Nadia, tout ce que je ne savais pas moi-même, je le sais àl’heure qu’il est ! Tu m’as tout fait comprendre ! Mais la lumière que tu asjetée au plus profond des ténèbres de mon cœur, cette lumière, je ne puis lafaire entrer dans le tien. Le secret de mon fils, Nadia, puisqu’il ne te l’apas dit, il faut que je le lui garde ! Pardonne-moi, Nadia ! Le bien que tum’as fait, je ne puis te le rendre ! »

De plus, cette forte symbolique familiale apparaîtégalement dans le personnage de Nadia. Déterminée à rejoindre son père, elleaussi orpheline de mère, elle se lie au départ à Michel Strogoff dans le butunique de le retrouver à Irkoutsk. C’est cet amour paternel qui lui confère soncourage et la pousse à aller de l’avant, avant que ne vienne s’ajouter à sesmotivations son amour pour Strogoff.

De plus, on remarque que lorsque les deux héros serencontrent, Strogoff insiste pour que Nadia dissimule son identité et se fassepasser pour sa sœur. Ils s’appelleront mutuellement « ma sœur » et« mon frère » pendant un temps, si bien qu’on peut se demander à quelmoment cette formulation passe de la simple nécessité de voyager incognito, àun désir plus vrai de resserrer un lien en formation. Cet amour qui naît entreeux, nourri par un faux lien familial, met d’autant plus celui-ci en relief etmontre à quel point l’attachement à la symbolique familiale peut être au-dessusde tout et finir par triompher.

            Paropposition, des personnages tels que Sangarre, qui n’ont ni patrie ni famille,sont présentés comme des sauvages opportunistes dont les seules allégeancestiennent aux circonstances du moment :

« Confidente etcomplice, Sangarre, sans patrie, sans famille, s’était plu à mettre sa vievagabonde au service des envahisseurs qu’Ivan Ogareff allait jeter sur laSibérie. À la prodigieuse astuce naturelle à sa race, elle joignait une énergiefarouche, qui ne connaissait ni le pardon ni la pitié. C’était une sauvagedigne de partager le wigwam d’un Apache ou la hutte d’un Andamien. »

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