Michel Strogoff

par

Michel Strogoff et « l’esprit slave »

Nous avons vu que Michel Strogoff représente l’esprit slave, de par son physique particulier, « haut de taille, vigoureux, épaules larges, poitrine vaste […] beau et solide garçon, bien campé, bien planté […], à l’allure aisée, assortie d’une parfaite netteté de mouvements. Une tête puissante, large de front, avec une abondante chevelure crêpelée, des yeux bleus foncés, avec un regard droit, franc, inaltérable ». Blond de cheveux, grand et droit par opposition au teint hâlé et brun de son ennemi Ivan Ogareff, nous pourrions presque nous demander si une telle opposition de la part de Jules Verne ne pourrait être soumise à la critique. Cette antithèse physique, symbolisant d’un côté l’esprit slave – droit, pur, dévoué, et de l’autre l’esprit tartare – désordonné, cruel, chaotique, peut à première vue choquer. Mais il semblerait que l’auteur ait utilisé ces caractéristiques dans le seul but d’accentuer les différences entre les deux personnages, en en faisant de parfaits protagonistes de conte ou de fable. À la fin de l’œuvre, le Slave, le fidèle et le courageux, triomphe du mauvais, du corrompu et de l’ignoble. Cette morale, qui peut sembler simpliste, a pour but de divertir, de plaire au tsar Alexandre II, et non de défendre une ethnie en particulier. Il ne faut donc pas lire Jules Verne comme un auteur discriminatoire, mais comme un romancier utilisant les évènements politiques et guerriers de son temps pour produire une œuvre divertissante et plaisante.

« Cette jeune fille devait avoir de seize à dix-sept ans. Sa tête, véritablement charmante, présentait le type slave dans toute sa pureté – type un peu sévère, qui la destinait à devenir plutôt belle que jolie, lorsque quelques années de plus auraient fixé définitivement ses traits. »

De plus, dans le souci de rendre son personnage plaisant, Jules Verne lui attribue un nombre remarquable de vertus et une force de caractère surhumaine. Le personnage est plus grand que nature. À chaque tournant du récit, Michel Strogoff doit faire face à un nouvel obstacle, souvent plus insurmontable que le précédent. Bien qu’il soit accompagné dans sa quête, il semble porter seul le fardeau de sa mission. Il donne l’impression de devoir combattre, à lui seul, toute la barbarie de l’invasion tartare. Et pourtant, à aucun moment sa détermination ne faiblit. Au contraire, le mental d’acier et l’habileté prodigieuse avec laquelle il semble se tirer de tous les mauvais pas et des embûches de ses ennemis font que sa détermination en ressort chaque fois renforcée. Le lecteur en arrive à tenir pour acquise la victoire de Strogoff ; il a la conviction que ce dernier parviendra à sortir vainqueur de toute épreuve, même s’il ne sait pas exactement comment.

« Que devenait Michel Strogoff ? Fléchissait-il enfin sous le poids de tant d’épreuves ? Se regardait-il comme vaincu par cette série de mauvaises chances, qui, depuis l’aventure d’Ichim, avait toujours été en empirant ? Considérait-il la partie comme perdue, sa mission manquée, son mandat impossible à accomplir ?

Michel Strogoff était un de ces hommes qui ne s’arrêtent que le jour où ils tombent morts. Or, il vivait, il n’avait pas même été blessé, la lettre impériale était toujours sur lui, son incognito avait été respecté. »

Le grandissement épique de cet homme est réalisé avec soin. C’est un homme qui n’hésite pas à faire tout seul la traversée de la Sibérie et de sa topographie inhospitalière ; qui se montre d’une droiture et d’une vigueur inégalée, d’une humilité et d’une dévotion presque religieuse. Ainsi, dans la conscience du lecteur, ce n’est pas Strogoff qui doit surmonter la marée de l’invasion tartare, mais plutôt les ennemis de l’Empire russe qui se trouvent confrontés à l’avancée inexorable et inévitable de Michel Strogoff vers son but. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Michel Strogoff et « l’esprit slave » >