Michel Strogoff

par

L’Empire russe

Pour bien comprendre cette œuvre de Jules Verne, il fautd’abord s’imprégner du contexte et de l’époque dont elle traite. La Russie estalors un empire gouverné par un tsar. D’une superficie immense, il estimpossible, et d’autant moins à l’époque, d’avoir un aperçu de tout ce qui sepasse dans l’empire. D’importantes villes sont disséminées sur tout leterritoire, et l’unique communication entre celles-ci doit donc passer par letélégraphe et les courriers du tsar, messagers surentraînés qui parviennent à parcourirdes dizaines de kilomètres plus rapidement que n’importe qui.

Jules Verne, en écrivant cet ouvrage, livre une vision trèspositive du gouvernement de l’Empire russe. En effet, il a été écritspécialement pour la visite d’Alexandre II en France. Ainsi, la vision défenduepar Jules Verne est flatteuse. Il nous montre que dans un pays d’une telleétendue, l’ordre et la rigueur sont non seulement nécessaires, mais bienprésents : l’Empire « fonctionne ». En effet, il oppose le chaoset le déchaînement de violence des troupes de Féofar Khan, chef des hordestartares, au rationalisme calme et ordonné de l’administration du Tsar.

« Cette immenseétendue de steppes, qui renferme plus de cent dix degrés de l’ouest à l’est,est à la fois une terre de déportation pour les criminels, une terre d’exilpour ceux qu’un ukase a frappés d’expulsion.

Deux gouverneursgénéraux représentent l’autorité suprême des czars en ce vaste pays. L’unréside à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale ; l’autre réside àTobolsk, capitale de la Sibérie occidentale. La rivière Tchouna, un affluent dufleuve Yeniseï, sépare les deux Sibéries. »

Partant d’une situation désespérée, il parvient à nousmontrer que discipline et fidélité sont les seules clés pour venir à bout d’unemission, aussi périlleuse qu’elle soit. L’unique allusion, très légère et quasiindiscernable, aux déportations politiques que met en place le Tsar, est faiteà l’occasion de l’exil du père de Nadia Fédor, mais d’une manière si diffusequ’aucun type de censure n’a été exercé.

L’Empire russe est également un formidable terrain de jeupour un écrivain car il rassemble, géographiquement, une profusion d’élémentspouvant être employés dans une aventure, à titre d’obstacles ou derebondissements. En effet, la neige, le froid, la traversée de fleuves et lesimmenses steppes de Russie sont matières à éprouver encore plus les personnagesd’un roman, les plaçant devant toutes sortes de difficultés.

« Les moinesvenaient du nord de l’empire. Ils avaient depuis trois mois quitté cette villed’Arkhangel, à laquelle certains voyageurs ont justement trouvé la physionomied’une cité de l’Orient. Ils avaient visité les îles Saintes, près de la côte deCarélie, le couvent de Solovetsk, le couvent de Troïtsa, ceux de Saint-Antoineet de Sainte-Théodosie à Kiev, cette ancienne favorite des Jagellons, lemonastère de Siméonof à Moscou, celui de Kazan ainsi que son église desVieux-Croyants, et ils se rendaient à Irkoutsk, portant la robe, le capuchon etles vêtements de serge. »

L’auteur, comme à son habitude, plonge le lecteur dans desdescriptions très détaillées de la géographie russe. Il ne se contente passimplement de situer son intrigue dans les villes, les steppes et les montagnesde Russie, mais il mène le lecteur par la main à travers un parcourstranssibérien qui permet de découvrir les villes nombreuses et leurs richesses,ainsi que les moyens de locomotion et les mœurs de l’époque. On découvre ainsila beauté des paysages de la ville de Tomsk, les pâturages de Kamsk, des fleuvesinterminables et des montagnes infranchissables. L’immensité du périple duhéros sert en partie à donner au caractère et à la quête du personnage desproportions épiques. 

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