Pauline

par

Alfred de Nerval

Alfred de Nerval est le narrateur du deuxièmerécit enchâssé dans le premier. Le lecteur notera le salut amical que Dumasadresse à son ami le poète Gérard de Nerval en donnant son patronyme à l’un despersonnages du récit.

Alfred de Nerval est l’ami du premiernarrateur. Il appartient à cette noblesse qui mêle désœuvrement et loisirs. Lanotion même de travail est étrangère à sa sphère sociale. Il a tout son tempspour voyager, chasser, aimer. Il est jeune, loyal, habile aux armes. Quand iltombe amoureux de Pauline, il n’est pas riche, et n’ose lui déclarer sa flamme.Aussi est-ce avec le cœur déchiré qu’il la voit s’éloigner vers Horace deBeuzeval. Il porte le deuil de cet amour non accompli jusqu’au jour où ledestin le met en présence de l’être aimé, en des circonstances peubanales : sa belle est enfermée dans un cachot humide, sous les ruinesd’une abbaye abandonnée au cœur de la campagne normande.

Nerval ne manque pas de courage : ilexplore sans frémir les ténèbres souterraines de l’abbaye, et plus tardaffronte sans trembler Horace de Beuzeval, qu’il sait être un bretteur ettireur hors pair. Sa bienveillance et l’importance qu’il accorde à son rôle dechef de famille le font voler au secours de sa sœur, en grand danger d’épouserl’infâme Beuzeval. Il est estimé de ses amis. Outre ces qualités, il incarneune forme de noblesse chère aux écrivains romantiques : l’amoureux transi.

En effet, cet homme solide se métamorphose enprésence de celle qu’il aime. Il est amoureux, et il n’entend pas forcer le destinen séduisant Pauline. Il attend patiemment que le temps fasse son œuvre et quela belle finisse par oublier les douteuses qualités de Beuzeval pour ne plusvoir que les vertus dont il – Nerval – est paré. Il sauve donc Pauline de lamort, l’emmène en Angleterre, accepte de la faire passer pour sa sœur, luiassure la sécurité matérielle, lui fait parcourir l’Europe, et son amour n’estcouronné que d’un ultime « Je t’aime » jeté dans un dernier soufflepar Pauline. Pour garder Pauline et la chérir, il accepte de perdre sacondition d’homme pour celle de chevalier servant : « je vous obéiraicomme un enfant », promet-il à sa belle. Alfred de Nerval et Paulinejouent la comédie de l’amour courtois, où le chevalier devait séduire une femmeinaccessible, sans l’offenser ni consommer leur amour. Le lecteur épris deréalisme reste songeur devant cet homme valeureux qui se soumet aux capricesd’une jeune femme incapable de distinguer un amour sincère, celui de Nerval, del’attirance toxique qu’elle a pour Beuzeval. Mais le réalisme n’a pas sa placedans Pauline, et Dumas ne peint pas un tableau fidèle à laréalité : il offre au lecteur des archétypes qui obéissent à des règles.Que l’on oublie ces règles, et Pauline apparaît comme une égoïste castratricequi fait de Nerval son valet. Or, Alfred de Nerval n’est pas un valet mais unchevalier à l’âme pure, qui idéalise la femme qu’il aime au point de lui ôtersa substance humaine : « Non, ce n’est pas ma sœur, non, ce n’est pasma femme, non, ce n’est pas ma maîtresse : c’est un être angélique, quej’aime par-dessus tout, à qui cependant je ne peux rendre le bonheur et quimourra dans mes bras avec sa couronne de vierge et de martyre. » Alfredaime un ange, et il suffit d’un sourire de son ange pour s’en trouver comblé.

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