Pauline

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Pauline et le romantisme

Publié en 1838, Pauline, premier romand’Alexandre Dumas, s’inscrit dans la vague romantique qui baigne alors lalittérature française. Le romantisme, c’est l’expression des sentiments contrela force de la raison, c’est le rêve, le sublime, l’excès. Son objectif :exprimer des états d’âme, ceux des personnages ou de l’auteur. Un certainexotisme, propice à l’exaltation des sentiments, est souvent présent dans lalittérature romantique ; enfin, les nombreuses références à un passérévolu et souvent sublimé y abondent.

S’il n’est pas une œuvre purement romantique, Paulinecomporte cependant nombre d’éléments qui rattachent le roman au mouvementphare de la première moitié du XIXe siècle en Europe. Lesmélancoliques ruines de l’abbaye qu’Alfred de Nerval aperçoit depuis la merl’emplissent de nostalgie, et ne prennent un caractère effrayant que quand lepersonnage y pénètre, faisant basculer la narration du romantisme au gothique.L’exotisme est présent, non seulement dans les scènes situées en Italie, maisaussi dans l’évocation de la chasse à la tigresse de Beuzeval. En outre, Dumasancre son récit dans son époque, les années 1830, en évoquant nombre d’artistesqui faisaient alors les beaux jours des salons romantiques : Dumas citeBellini, Rossini, Meyerbeer, compositeurs romantiques qui avaient un grandsuccès à Paris. Le lecteur et les personnages croisent même Liszt en personne,qui joue du Weber au piano.

Mais c’est dans la communion entre la natureet l’âme du protagoniste que le romantisme est le plus présent. Ainsi, latempête sur la mer, la nuit, est l’occasion pour Dumas d’évoquer un paysagedantesque, illustration de l’angoisse d’Alfred de Nerval en grand danger d’êtrenoyé : « c’est l’image de chaos et de la destruction. […] L’océansemblait une immense chaîne de montagnes mouvantes, aux sommets confondus avecles nuages, et aux vallées profondes comme des abîmes ; à chaque éclat de tonnerre,une lueur blafarde serpentait de ces cimes à ces profondeurs, et allaits’éteindre dans ces gouffres aussitôt fermés qu’ouverts, aussitôt ouverts quefermés. » Le commun des mortels craindrait tout bonnement pour savie ; pas Alfred. En bon personnage romantique, il ne voit pas dans latempête l’annonce de sa mort prochaine, mais le cri des âmes tourmentées :« C’était la première fois que j’entendais supplier, gémir et se briser,l’âme souffrante ». À cette angoisse succède l’apaisement quand la barqued’Alfred touche la grève et que la tempête s’apaise : la description quelivre Nerval reflète la quiétude qui l’envahit : « j’avais à magauche, et commençant à se perdre dans l’ombre naissante, toute cette plagecouverte de ruines, aux milieu desquelles ses trois temples seuls restaientdebout. Au-delà de cette plage, la mer, calme et unie comme un miroird’argent ». Le personnage d’Alfred est le plus ancré dans leromantisme ; sa sensibilité est exacerbée et la description de ses étatsd’âme donne à Dumas l’occasion de donner à Pauline un souffleromantique, distinct de la terreur qu’il entend faire naître en poussant leroman vers le gothique.

Pauline n’est donc pas une œuvre purement romantique, bienque l’attachement de Dumas à ce mouvement littéraire et à ses maîtres –n’oublions pas qu’une grande amitié le liait à Victor Hugo – le pousse à donnerau roman certaines teintes qui le rattachent indéniablement au mouvement. Enmêlant romantisme et gothique, Dumas entend jouer sur différentes fibres ducœur sensible du lecteur, et fait succéder le frisson gothique à l’exaltationromantique, piégeant ledit lecteur dans un tourbillon d’émotions.

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