Pauline

par

Pauline, roman gothique

À la lecture de Pauline, le lecteur rencontrenombre d’éléments caractéristiques du genre littéraire qu’est le romangothique. Né en Angleterre sous la plume de Horace Walpole en 1864 avec LeChâteau d’Otrante, le genre est caractérisé par des décors, des personnages,des situations qui créent une ambiance propre à impressionner le lecteur avided’émotions.

Un des lieux de l’action de Pauline estun archétype du décor de roman gothique : l’abbaye en ruine. Lieuabandonné des hommes, autrefois sacré et désormais en proie aux forces du mal,elle attire l’attention d’Alfred de Nerval qui y trouve refuge après uneterrible tempête en mer. Là, il découvre un escalier sombre dont les degrésdescendent dans des ténèbres humides, pour déboucher sur des pièces poussiéreuseset autres caveaux moussus : « les murailles et la voûte étaient depierre ; un escalier d’une vingtaine de marches se déroulait devantmoi ; au bas de l’escalier je me trouvai sur une pente inclinée quicontinuait de s’enfoncer sous la terre ». C’est un des élémentsincontournables du gothique, que l’on trouve chez Walpole, Ann Radcliffe (LesMystères d’Udolphe), Lewis (Le Moine), et plus tard chez Poe (LaBarrique d’Amontillado, La Chute de la Maison Usher), et mêmeLovecraft (L’Affaire Charles Dexter Ward). Lieu saint et maintenantmaudit, le caveau gothique est essentiel dans Pauline : c’est làque Beuzeval recueille les fruits de sa criminelle industrie et qu’il enfermeses innocentes victimes, toujours des femmes.

Voici le deuxième élément caractéristique duroman gothique : la jeune vierge victime. Malheureuse et persécutée,Pauline est emmurée vivante dans les ténèbres, avec pour seule compagnie unverre de poison qu’il lui faut boire afin d’abréger son agonie. Le lecteuravide d’émotions et un brin sadique frissonne en imaginant les affres quetraverse la malheureuse. Que l’écrivain ajoute quelques rats et autresaffreuses bestioles pour faire bonne mesure, et le tableau sera complet. Onnotera que cette caractéristique du roman gothique se retrouve parfois du côtédu romantisme, comme lorsque Esméralda est torturée par les moines inquisiteursdans Notre-Dame de Paris : un souterrain, une jeune viergeinnocente, des ecclésiastiques sadiques, une forte charge érotique – les mêmeséléments se trouvent dans Pauline.

D’autres éléments communs au roman gothique etau romantisme se trouvent dans Pauline ; le rôle joué par lesintempéries est important et témoigne de l’interpénétration des genreslittéraires. Le même élément est utilisé par Dumas pour accentuer telle outelle interprétation : ainsi, la tempête sur la mer, dont on verra plusloin qu’elle est traitée d’un point de vue romantique, devient soudain marquedu roman gothique quand Alfred de Nerval se trouve sur la lande désolée, enmarche vers les ruines de l’abbaye : il n’y manque que trois sorcières àl’horizon pour que le personnage soit transporté dans Macbeth. C’est làque le lecteur croise un autre personnage caractéristique du romangothique : le maudit.

Le roman gothique a donné à la littératured’illustres personnages maudits : le docteur Frankenstein de Mary Shelleyet le comte Dracula de Bram Stoker en sont deux exemples. Ici, le rôle dumaudit est tenu par Horace de Beuzeval, personnage à l’apparence frêle maispourtant doté de capacités physiques hors du commun et d’un caractère debronze. Lui-même s’identifie à Faust, personnage maudit s’il en est, qui avendu son âme au diable. Beuzeval est le méchant absolu, froid, calculateur,manipulateur, cruel, dont les seuls traits humains sont l’amour qu’il semblevouer à Pauline – mais n’est-ce pas plutôt un caprice – et le désespoir quil’habite et sur lequel Dumas ne lève pas le voile.

En ancrant Pauline dans le romangothique, Dumas est à cent lieues de ce que sera le réalisme. Le roman gothiqueest totalement irréaliste : l’objectif de Dumas n’est pas de raconterfidèlement une histoire mais d’impressionner son lecteur. Ainsi, quand Pauline,seule dans le château de Bucy et tapie sous sa couverture, vit une nuitd’attente terrifiée, elle a pour compagne une araignée, qu’elle décritainsi : « une araignée faisait sa toile dans la boiserie de l’alcôve,et j’écoutais le travail incessant de l’ouvrière nocturne » – descriptiontotalement irréaliste, car qui peut se vanter d’entendre une araignée tisser satoile, aussi pesant que soit le silence alentour ?  Pauline, victimede son diabolique époux, avec une araignée pour seule compagnie, attend dans lapénombre un destin qui ne peut être que funeste. Elle est une protagonistegothique par excellence. 

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