Pauline

par

Les amours diaboliques d'Horace de Beuzeval

L’histoire d’amour entre Pauline et Horace de Beuzeval est l’histoire d’un amour maudit. Elle pourrait être celle d’une jeune femme naïve amoureuse d’un bandit, mais le caractère diabolique d’Horace donne à leur relation une dimension effrayante. Dès leur première rencontre, Pauline est attirée par Horace. Ses pensées retournent toujours vers lui, quels que soient ses efforts pour les contrôler. Est-ce un coup de foudre ? Une attirance physique ? Est-ce seulement de l’amour ? Pauline elle-même en doute : elle s’avoue trop jeune et inexpérimentée pour reconnaître ce sentiment, qu’elle n’a jamais rencontré. Cependant, l’attrait exercé par Horace est le plus fort : elle va l’écouter, le suivre, l’épouser, se soumettre à lui. Elle est comme une proie hypnotisée par un fauve et qui ne peut échapper au magnétisme de ce qui va la tuer. Dumas propose au lecteur deux analogies : il rapproche les amours du couple de celles de Dom Juan et Zerline, et de celles de Faust et Marguerite.

C’est dans un salon mondain que Pauline et Horace sont amenés à chanter le fameux duo extrait du Don Giovanni de Mozart et Da Ponte. Zerline, fille du peuple, va épouser Masetto, un brave garçon. Dom Juan apparaît au milieu de la noce et séduit la jeune fille, pour le simple plaisir de l’acte. Cette séduction est représentée sur scène par un duo sublime, Là ci darem la mano. C’est une déclaration d’amour d’un homme à une femme, mais l’homme qui parle ment. Il promet monts et merveille, fidélité, amour éternel, et n’en pense pas un mot. Quant à la femme, elle hésite, car l’homme lui ouvre un chemin qu’elle n’attendait pas : Vorrei, en non vorrei… Je veux, et je ne veux pas tel est le dilemme de Pauline. Elle se sent faiblir : non son più forte… Et le duo se termine par cette promesse que se font les deux amants : andiam, andiam, mio bene… partons ! Et Pauline en bonne protagoniste de roman gothique, s’évanouit. L’analogie est claire : Horace de Beuzeval est Dom Juan, séducteur cynique et égoïste, prédateur qui tue ses proies sans états d’âme. D’ailleurs, a-t-il une âme ? La dimension diabolique d’Horace tient dans le fait que Dom Juan finit dans les flammes de l’enfer. D’ailleurs, quand Pauline chante le duo de Zerline et Dom Juan avec Horace, ce n’est pas un ciel bleu ensoleillé qui s’offre à son imagination : « un voile de flammes s’abaissa sur mes yeux », raconte-t-elle.

L’autre analogie est celle des amours de Faust et Marguerite. Il existe plusieurs transcriptions du mythe de Faust et c’est sur la plus proche de lui, celle de Goethe, que Dumas choisit d’appuyer son analogie. Pour obtenir l’amour de Marguerite, le vieux docteur Faust vend son âme à Méphistophélès. De fait, il y gagne la jeune fille, qu’il séduit puis abandonne, et y perd son âme. C’est Pauline elle-même qui livre cette clé au lecteur : « la présence de cet homme me pesait comme celle de Méphistophélès à Marguerite » : la jeune fille perçoit la nature diabolique d’Horace en l’identifiant au démon. Plus tard, Horace glisse un billet à Pauline, geste romanesque par excellence. Pourtant, c’est encore le diable qui s’exprime là, puisque Pauline dit ceci de ce billet qu’elle attend et craint : « ce billet me brûlait la poitrine ; il semblait qu’une puissance surnaturelle rendait chacune de ces lignes lisibles pour mon cœur qui le touchait presque ; ce papier avait une vertu magnétique. » Elle sent que l’attirance qu’elle éprouve pour Beuzeval n’est pas saine ; pourtant, elle ne peut s’empêcher d’y céder. Elle est prise au piège d’un homme qui est l’incarnation du mal.

Les amours de Pauline et Horace sont donc vouées à l’échec. Jamais on n’a vu le diable et une mortelle s’éprendre l’un de l’autre et vivre heureux. Et force est de reconnaître qu’en châtiant cruellement sa femme pour sa désobéissance et son indiscrétion, Horace de Beuzeval est à la hauteur de sa nature diabolique. 

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