Raboliot

par

Une nature hors du temps

La Sologne forme le décor du roman. Elle est, encore aujourd'hui, un espace préservé. La nature de son sol a empêché le développement d'une agriculture intensive et cette terre n'a donc jamais vraiment été domestiquée. Pour y vivre, l'homme a dû s'adapter, composer avec les éléments, se fondre en eux. Dans Raboliot, seuls deux éléments techniques ancrent l'action du roman dans son époque : les bicyclettes des personnages et le « traindevay », moyen de transport rural (le mot est une déformation de tramway). Il s'agit d'un de ces petits trains de campagne qui ont disparu aujourd'hui et qui assuraient des liaisons rurales. Pour le reste, rien n'a changé depuis un siècle au moins. Les personnages de Raboliot ont une façon de vivre qui ne diffère pas de celle décrite par Zola dans La Terre ou par George Sand dans La Mare au Diable. Les fusils de chasse seuls ont changé.

Dans cette Sologne épargnée par l'industrie et l'agriculture, la nature est donc immuable, semblable à celle qu'ont connue les anciens. Ici, donc, pas de pollution ni d'espèces en danger. Où que se pose le regard, un animal est là, gibier à poil ou à plume, et la vision que le lecteur a aujourd'hui est celle d'un jardin d'Éden aux ressources inépuisables. Cette impression est confortée par les massacres opérés par Raboliot et ses semblables, qui pêchent et chassent sans que l'inépuisable réserve de gibier ne s'épuise. Maurice Genevoix, lui-même chasseur et pêcheur, décrit précisément et avec une grande poésie la nature solognote, toute de douceur et de beauté sous les yeux de Raboliot : « C'étaient d'abord, au-dessus de lui, des chevelures de bouleaux qui pendaient...

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Dissertation à propos de Raboliot