Ruy Blas

par

L’amour et la fatalité

Comme toute autre œuvre tragique, Ruy Blas traite simultanément de l’amour et de la fatalité. Quiaime doit souffrir ; telle semblerait être la règle d’or de la tragédieclassique. Le héros est toujours victime d’un amour interdit voireimpossible (dans ce cas, l’amour entre un valet et une reine), et à la fin, ilest tiraillé par un dilemme psychologique qui se termine tristement. Dans le théâtretragique, l’amour est et demeurera toujours fatal.

Hugo parvient à mettre en scène un couple romantique quisuscite la sympathie des spectateurs. La relation affective, né de l’ennui dela reine et de l’admiration de Ruy Blas, qui unit les deux personnages, lestransforme dans une certaine mesure. Ruy Blas cherche à se sublimer, endevenant plus qu’il n’est. Il assume l’usurpation d’identité et devient unpersonnage influent. La reine quant à elle s’affirme davantage en tant quesouveraine vis-à-vis des autres membres de la cour. Elle qui semblait n’avoirque peu de marges de manœuvre, enfermée dans son rôle, s’active pour empêcherle duel entre l’homme qu’elle aime et Don Guritan.

« DON GURITAN

Par le saint roiGaspar, mon patron vénéré,

Je le jure !ordonnez. J’obéis, ou je meure !

LA REINE, prenant lacassette.

Bien. Vous allezpartir de Madrid tout à l’heure

Pour porter cetteboîte en bois de calambour

À mon père monsieurl’électeur de Neubourg. »

Pourtant, dès le départ, la situation de Ruy Blas et de lareine ne laisse aucun doute quant au dénouement à attendre de l’œuvre. Hugochoisit d’ailleurs d’adopter un effet de gradation plutôt qu’un effet desurprise. La menace omniprésente exercée par Don Salluste est l’un desobstacles majeurs à l’amour des deux personnages. Et les diverses occasions oùRuy se montre incapable de s’affranchir de l’influence néfaste de Don Sallusteachèvent de rendre pathétique le héros romantique. Ainsi, malgré toutes lestransformations subies par les deux amoureux, malgré leurs efforts pour setranscender, la reine et Ruy Blas restent prisonniers de leur condition.

« RUY BLAS,seul

J’ai du moins leplaisir de penser qu’à présent

Personne n’y peutrien. Ma chute est sans remède.

Tombant sur le fauteuil.

Elle m’aimaitpourtant ! – Que Dieu me soit en aide !

Je n’ai pas decourage !

Il pleure.

Oh ! l’on aurait biendû

Nous laisser en paix! »

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