Ruy Blas

par

Un mélange de genres

Bien que Ruy Blas de Victor Hugo appartienne en premier lieu à la tragédie, cette pièce de théâtre est un mélange de plusieurs genres. En raison des éléments qu’elle emprunte au romantisme, elle est considérée comme appartenant à la tragédieromantique. Mais les emprunts à d’autres genres théâtraux sont remarquables.

D’abord, par le personnage cynique de Don Salluste, Hugo nous offre un goût de mélodrame dans cette tragédie. En effet, l’influence de Don Salluste est perçue comme une menace constante et insurmontable qui plane sur le héros de la pièce, même dans les moments les plus heureux. Ensuite, la tragédie proprement dite est mise en exergue par le personnage pathétique de Ruy Blas – victime de sa situation sociale – et l’amour qu’il porte pour l’essence de la noblesse qu’est la reine d’Espagne. Le personnage de Don César quant à lui évoque un peu de comédie par la transition de sa situation de riche noble à celle de pauvre homme pratiquement quémandeur. On note tout de même que la tragédie revient clore cette pièce avec la mort du héros.

« RUY BLAS

Si ! c’est du poison. Mais j’ai la joie au cœur.

Tenant la reine embrassée et levant les yeux au ciel.

Permettez, ô mon Dieu, justice souveraine,

Que ce pauvre laquais bénisse cette reine,

Car elle a consolé mon cœur crucifié,

Vivant, par son amour, mourant, par sa pitié !

LA REINE

Du poison ! Dieu ! c’est moi qui l’ai tué ! – Je t’aime !

Si j’avais pardonné ?… »

Le langage qu’utilisent les personnages est, lui aussi, un amalgame de styles différents – variant d’un registre tragique soutenu à un registre comique familier. C’est le cas par exemple de Don César dont l’expression semble s’adapter au rang social de son interlocuteur. Ainsi, lorsqu’il s’adresse au laquais venu lui apporter de l’argent, il s’affranchit parfois du langage soutenu : « Va te soûler, bélître ! / Casse beaucoup de pots et fais beaucoup de bruit, / Et ne rentre chez toi que demain – dans la nuit. » Hugo intègre des scènes amusantes dans certains de ses actes avec par exemple la scène de la reine qui se cache derrière une tenture pour guetter d’autres personnages ; ou encore César qui pénètre dans la maison en passant par la cheminée.

« DON CESAR :

Puis, quel roman ! le jour où j’arrive, c’est fort,

Ces mêmes alguazils rencontrés tout d’abord !

Leur poursuite enragée et ma fuite éperdue ;

Je saute un mur ; j’avise une maison perdue

Dans les arbres, j’y cours ; personne ne me voit ;

Je grimpe allègrement du hangar sur le toit ;

Enfin, je m’introduis dans le sein des familles

Par une cheminée où je mets en guenilles

Mon manteau le plus neuf »

Après la Révolution française le drame bourgeois disparaît et c’est Hugo qui reprendra les éléments de ce genre théâtral, mais cette fois-ci sous une nouvelle disposition : celle du drame romantique. C’est un genre théâtral où un personnage principal doté d’un courage appréciable par les personnages secondaires doit subir les peines d’un amour impossible ou voué à l’échec. Par son mélange de genres et de tons, ce drame romantique représente un nouveau pas vers la modernisation du théâtre, en s’affranchissant des règles jusque-là en vigueur.

Ainsi, la pièce s’étale chronologiquement sur une période de trois mois, et l’unité d’action n’est pas non plus entièrement respectée. Bien que la part belle soit faite à l’histoire d’amour entre Ruy Blas et la reine, l’intrigue de la vengeance de Don Salluste reste continuellement dans l’esprit du spectateur, et d’autres intrigues anecdotiques font irruption dans la pièce. Pour finir, l’unité de lieu qui veut que l’intrigue se déroule en un seul lieu n’est pas non plus respectée.

De plus, la modernisation du théâtre se remarque dans l’esthétique qu’Hugo apporte à la pièce par le rôle donné au costume et l’insertion d’éléments historiques avérés dans la construction de son intrigue.

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