Un cœur simple

par

De la simplicité…

La simplicité concerne d’abord la condition et la vie de domestique de Félicité. Dès les premières pages un récit itératif (à l’imparfait) relate sa manière de vivre. Sa vie à la ferme se résume à une série d’habitudes quotidiennes monotones et prosaïques : « Elle se levait dès l’aube, pour ne pas manquer la messe, et travaillait jusqu’au soir sans interruption ; puis le dîner étant fini, la vaisselle en ordre et la porte bien close, elle enfouissait la bûche sous les cendres et s’endormait devant l’âtre, son rosaire à la main. Personne, dans les marchandages, ne montrait plus d’entêtement. Quant à la propreté, le poli de ses casseroles faisait le désespoir des autres servantes. Économe, elle mangeait avec lenteur, et recueillait du doigt sur la table les miettes de son pain, — un pain de douze livres, cuit exprès pour elle, et qui durait vingt jours. » Cette description du personnage principal montre quelqu’un d’assidu dans son travail presque jusqu’à l’aliénation, propre et ordonné jusqu’à l’obsession, et plus économe encore.

Par sa simplicité et sa naïveté, son esprit semble manquer de capacité d’abstraction et d’imagination : « Quant aux dogmes, elle n’y comprenait rien, ne tâcha même pas de comprendre. Le curé discourait, les enfants récitaient, elle finissait par s’endormir » ; « pour de pareilles âmes, le surnaturel est tout simple ». Son intelligence limitée est clairement démontrée lors de l’épisode l’atlas, quand elle souhaite voir jusqu’à la maison où habite son neveu, ne pouvant se contenter d’un point qu’on lui montre : « Félicité n’en comprenait pas le motif, – elle qui s’attendait peut-être à voir jusqu’au portrait de son neveu, tant son intelligence était bornée ! ».

De même, on retrouve chez Félicité une pauvreté de l’élocution ; on constate peu de prises de parole directes de l’héroïne. Mais il y a très peu de dialogues de manière générale, forme pourtant prisée du genre réaliste. Deux raisons à cette rareté du dialogue :

– L’esthétique de la nouvelle : elle force au resserrement ; les dialogues sont des pauses dans le récit (Temps de l’histoire = temps de l’énonciation) que l’auteur de la nouvelle n’a pas « le temps de prendre ».

– Le récit biographique : Félicité n’est pas un personnage mis en scène où théâtralisé, c’est davantage l’histoire d’une vie qu’on nous raconte, ou un conte. Les rares prises de parole de Félicité ne donnent généralement lieu qu’à des exclamations courtes : « Ah ! » étant sa seule réponse aux avances de Théodore. Félicité ne peut guère communiquer que ses émotions et même cela lui est difficile. L’auteur montre bien qu’elle ne peut avoir aucune idée complexe, son vocabulaire est déjà trop pauvre pour lui permettre d’exprimer sa peine et ses émotions.

Les caractéristiques physiques de Félicité marquent son absence de singularité ; ainsi est-elle loin d’être « la plus belle » comme beaucoup d’autres héroïnes : « Son visage était maigre et sa voix aiguë. À vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante ; dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge ; – et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d’une manière automatique. »

Elle s’éprend de quiconque se trouve proche d’elle – d’abord de sa maîtresse qui ne la mérite pas comme le dit le texte, puis des enfants : Paul, Virginie et son neveu. Au fil de l’histoire ses affections sont de plus en plus tournées vers les objets ou les animaux, dont le perroquet Loulou, pour lequel elle éprouve d’abord de l’affection avant de devenir sujette d’une véritable admiration mystique.

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