Un mari idéal

par

Des personnages féminins contrastés

Malgré le titre de la pièce, ce sont les caractères contrastés des personnages féminins qui sont les plus intrigants. L’intrigue se noue sur l’opposition entre Lady Chiltern, femme idéaliste, et Mrs. Cheveley, femme machiavélique, personnage particulièrement intéressant à étudier de par sa duplicité et sa méchanceté, qui font d’elle un personnage de « méchant » assez typique, dont le caractère est d’autant plus outré qu’il demande une incarnation scénique parlante, à laquelle la nuance est moins permise qu’à un personnage de roman.

Lady Chiltern est de son côté l’incarnation de la femme typique de l’ère victorienne, aux valeurs morales irréprochables, ayant reçu une éducation d’élite et supportant activement son mari dans sa carrière politique. Elle évolue dans son comportement durant la pièce et gagne une qualité primordiale : la capacité à pardonner, qui la fait accéder au rang d’« épouse idéale ». Elle s’oppose également – en caractère – à la vieille Lady Markby, qui représente un groupe de femmes plus âgées aux mœurs devenant quelque peu éculées, s’indignant devant celles du temps.

Oscar Wilde fait contraster ce caractère de « femme parfaite » avec celui de Mrs. Cheveley, la « femme-serpent ». Tandis que Lady Chiltern est présentée comme une femme naïve et candide, l’opportuniste et ambitieuse Cheveley se présente plutôt comme une femme pleine d’esprit, caractérisée principalement par la duplicité de son caractère. Elle est décrite à l’acte I par Goring comme une dangereuse combinaison de génie et de beauté. Aussitôt qu’elle entre en scène, elle révèle à Mr. Chiltern sa capacité à manipuler, et chaque scène dans laquelle elle figure (ou où elle est mentionnée) dénonce quelque aspect de sa monstruosité. Mais, aussi rusée qu’elle, Goring réussit à la mettre en colère, et à l’acte III le spectateur peut enfin percevoir sa fragilité, sa faiblesse : elle a peur de la justice, et craint de se faire arrêter. Pour un moment, « son masque tombe » et ses émotions sont mises à nu, bien que ce ne soit que pour quelques secondes.

On remarque donc en quelque sorte que ces deux femmes, bien qu’aux caractères diamétralement opposés, partagent un point commun : leur sensibilité. Pour la première, cette sensibilité est une faiblesse montrée au grand jour, pour la seconde elle est dissimulée. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Des personnages féminins contrastés >