Un mari idéal

par

Différentes conceptions du mariage et du rôle de l’époux

Le mariage est un sujet récurrent dans la plupart des mélodrames de l’époque d’Oscar Wilde. Le théâtre victorien (1837-1901, époque du règne de la reine Victoria) s’inspirait majoritairement de la vie de famille qui, soumise à plusieurs épreuves, se verrait renforcée dans des valeurs telles que la loyauté, le sacrifice, l’amour éternel, le pardon, etc. Ainsi, Un Mari idéal fait ressortir ces différents thèmes au moyen de ses personnages, mais simultanément, tourne en dérision les points faibles et les failles du mariage. Ainsi les personnages prennent des partis différents basés sur la valeur qu’ils attribuent à l’union matrimoniale.

Pour Lady Chiltern par exemple, le mariage est comme une adoration, un culte qu’elle voue à son mari, tant dans la vie privée que dans la vie publique. Son amour est considéré comme « féminin », contrairement à ce que Lord Goring et Sir Chiltern considèrent comme l’amour « masculin » : alors que Lady Chiltern aime son époux pour l’homme « idéal » qu’il n’est pas, Sir Chiltern lui aime sa femme pour ses imperfections, qui lui donnent un aspect humain, et donc aimable. L’amour de l’homme inclut alors la charité et le pardon (car il reconnaît les fautes –humaines – que fait sa femme), tandis que l’amour de la femme n’inclut pas ces valeurs, puisqu’elle idéalise son mari et le considère comme l’homme parfait. Il s’agira pour Lady Chiltern d’incliner cet idéalisme et cette rigidité en amour vers une capacité à pardonner les erreurs humaines. Ceci lui permettra donc de se rapprocher de l’accomplissement du rôle de femme tel que l’entend Goring : « Le pardon, et non la punition, est la mission de toute femme en amour »(Acte IV). Ainsi donc, on n’assiste non plus à la description du mari idéal mais à celle de la « femme idéale », celle qui, en plus de toutes les qualités qu’elle possède déjà, pardonne.

À l’opposé de Lady Chiltern qui représente dès lors la femme idéale, on retrouve l’obstacle principal à la réconciliation du couple et l’antagoniste numéro un du mariage : Mrs. Cheveley. Elle réduit le mariage à une vulgaire transaction : « Il s’agit d’une opération commerciale. C’est tout. Il n’y a aucune portée sentimentale. »Éduquée par le Baron Arnheim qui l’a convaincue du privilège exclusif à accorder à la puissance, la richesse et la domination sur les autres, elle se livre à un chantage cruel sur la personne de Sir Chiltern en le menaçant de détruire son foyer conjugal s’il ne consent pas à sécuriser ses investissements financiers dans l’affaire du canal d’Argentine. Plus tard, on apprend qu’elle a manigancé un faux mariage avec Lord Goring (qui l’aimait réellement) simplement pour gagner de l’argent. Enfin, elle propose à Goring un autre pacte avilissant (sa main contre la lettre d’amour de Lady Chiltern), et tout ceci pousse Goring à se moquer de son mépris qu’elle a de l’amour : « Ma chère Mme Cheveley, vous avez toujours été trop intelligente pour connaître quoi que ce soit au sujet de l’amour. » Quand elle dérobe un cadeau de mariage que Goring avait offert à sa cousine (la broche en diamant), elle montre à nouveau que les considérations financières, devant cet objet sentimental, priment chez elle sur tout. Elle représente donc un cynisme et une pure matérialité incompatibles avec l’autre conception du mariage défendue, où il s’agit davantage de se donner soi que de prendre à l’autre.

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