Un sac de billes

par

Un roman d’apprentissage

Un roman d’apprentissage raconte l’évolutiondes héros et met en scène la vie comme le lieu d’une expérience qui changel’individu. Le prétexte de cette expérience est la guerre, c’est elle le moteurde l’action, qui bouleverse les destinées.

 

                     A/ Des enfants complices…

 

         Josephn’a que 10 ans et Maurice 12 lorsque leur père leur demande de partir etd’aller rejoindre leurs frères à Menton. À cet âge-là, les deux enfants nepensent qu’à jouer, mènent une vie insouciante, loin de la guerre. Leur enfanceest heureuse bien que courte : lorsque Joseph Joffo l’évoque, il pense auxjeux avec ses camarades, à la Porte Clignancourt, à l’histoire que son père luiracontait avant le coucher.

         Lejeu est récurrent dans l’œuvre : à l’école, avec son frère, avec ses copains…Tout porterait à croire que celui-ci disparaît dès que le voyage commence, maisil est intéressant de noter qu’il n’en est rien car dès que les deux frèress’arrêtent pour faire une pause pendant le trajet, le jeu revient, ilscherchent toujours à s’amuser. Nous pouvons citer par exemple le moment où lesdeux enfants doivent attendre jusqu’au soir pour passer en zone libre et où ilsdécident de faire la course pour porter les commissions à quelques habitants duvillage. Lorsqu’ils arrivent à rejoindre leur famille, le jeu reprendnaturellement sa place dans la vie des enfants : osselets, football…

         Cependant,une rupture s’opère lorsque les enfants doivent de nouveau quitter la famillequ’ils viennent de retrouver à Nice et que le père est définitivement arrêté. Ilsne pensent plus alors aux jeux d’enfants, c’en est fini pour eux de l’enfanceet de l’insouciance, la guerre a frappé.    

 

                     B/ … poussés vers lamaturité…

 

         Tousdeux sont projetés dans le vaste monde, avec pour seuls bagages leur musette etune certaine somme d’argent, tout juste suffisante pour leur permettre de fairele voyage jusqu’à Menton, mais ce sont les réalités imposées par lesdifférentes situations auxquelles ils se retrouvent confrontés qui lesforceront à comprendre l’importance des choses matérielles telles que l’argentpar exemple. C’est Maurice le premier qui comprend la nécessité d’en gagner etde ne jamais baisser sa garde comme il le dit à son jeune frère après avoirfait passer plusieurs personnes en zone libre : « Parce que tu crois que parce qu’on est enzone libre on va être peinards ? Tu crois que les gens vont te nourrir àl’œil ? Et si les gendarmes nous demandent nos papiers et qu’on n’ait pasd’argent, tu penses qu’ils vont nous féliciter ? […] C’est pas parceque tu es le plus petit que tu vas te rouler les pousse ». L’âge n’estpas une excuse pour ne pas travailler ; il y va de leur survie.

         Mêmelorsqu’ils retrouvent leurs frères, ils ne retournent pas non plus à l’oisivetéet continuent de travailler, sans qu’on ait besoin de le leur demander, et ilse trouve que cela leur plaît beaucoup plus que de retourner à l’école, car enfaisant cela, ils en oublient même la guerre. Ce travail est même une fiertépour eux car ils ont ainsi l’impression de servir à leur famille et d’accéder àune forme d’indépendance, autre que celle qu’ils acquièrent en se retrouvantseuls sur les routes : « Jetravaillais, je n’étais plus à la charge de mes frères, je gagnais del’argent ».

 

                     C/… laissant derrière eux leur enfance

 

         Aufil de leur périple, les deux enfants apprennent donc la vie par les épreuvesmêmes qu’ils traversent. Ils apprennent certes plus de choses utiles à leursituation, en expérimentant, au contact des hommes qu’ils rencontrent, qu’à l’écoleformatée par le régime de Vichy. Joseph découvre qu’il a « grandi, durci, changé » aprèsl’arrestation de son père, comme si son cœur s’était habitué aux catastropheset qu’il se trouvait incapable d’éprouver un chagrin profond comme celui qu’onressent à la disparition d’un être cher. En dix-huit mois – la durée du récit –,il a changé et peut donc se demander à juste titre s’il est encore un enfant ounon. Il sait à partir de cet instant qu’il ne sortira pas indemne de la guerreet que les Allemands « [lui] volent [s]on enfance ».Lorsqu’il rentre à Paris, rien n’est vraiment changé mais tout l’est en lui carla guerre est passée.

            La guerre leur a donnéun semblant de liberté que la présence des Allemands ne parvenait pas à fairedisparaître : « la guerre avait fait de nous des elfes dontpersonne ne se souciait et qui pouvaient aller et venir à leur guise ». C’est un étonnement perpétuel quecette liberté dans laquelle évoluent nos deux protagonistes, mais elle est àdouble tranchant car c’est en réalité leur enfance qui leur est ôtée, bienqu’ils y restent liés de par leur imagination et la vision quelque peu fausséeque leur regard d’enfant leur renvoie de la guerre. 

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