Vol de nuit

par

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Antoine de Saint-Exupéry

Antoine de Saint-Exupéry
est un écrivain français mondialement connu pour ses œuvres à forte teneur
autobiographique illustrant ses expériences d’aviateur, et pour son conte Le Petit Prince. Si ses collègues lui
ont forgé une réputation d’aviateur distrait, c’est sans doute qu’à dix mille
mètres d’altitude comme dans ses œuvres, l’écrivain mûrissait des méditations
sur l’homme, son destin, la fraternité, que lui inspiraient les paysages
immenses et la solitude qu’il chérissait.

 

Origines,
formation

 

Antoine de Saint-Exupéry naît en 1900 à Lyon
dans une famille issue de la noblesse ; son père, un comte, inspecteur
d’assurances, meurt l’année de ses quatre ans. Il passe son enfance entre deux
châteaux dans le Var et dans l’Ain, puis la famille s’installe au Mans alors
qu’il a neuf ans. Lors de la Première Guerre mondiale, sa mère est
infirmière-chef. Celle-ci prend grand soin de l’éducation de ses enfants et
leur transmet son goût des beaux-arts. Le jeune Antoine étudie au collège
jésuite de Notre-Dame de Mongré à Villefranche-sur-Saône, mais il est inscrit
avec son frère dès 1915 chez les frères marianites de la Villa Saint-Jean à
Fribourg (Suisse) pour favoriser leur épanouissement et libérer leur
créativité.

Malgré une scolarité peu brillante, Antoine
obtient son baccalauréat à dix-sept et part pour Paris étudier au lycée Bossuet.
Deux ans plus tard il échoue à l’oral du concours de l’École navale et
s’inscrit comme auditeur libre à l’École nationale supérieure des beaux-arts,
section architecture. Pour financer ses études, il a de petits emplois, sera un
temps figurant à l’opéra.

 

Influences

 

Alors qu’il est très jeune, il bénéficie de la
lecture des histoires saintes et de contes que sa mère fait à sa nombreuse
fratrie. Plus tard, il aimera beaucoup les romans de Dostoïevski et vouera un
culte à Baudelaire. Il reniera par contre son goût d’adolescent pour les œuvres
de Mallarmé, Heredia et Leconte de Lisle. Il aime par ailleurs le poète
symboliste Albert Samain et les sonnets d’Henri de Régnier.

Une fois à Paris, il va au théâtre, tient Henry
Bataille pour un grand dramaturge et goûte le théâtre de boulevard d’Henri
Berstein.

 

Débuts littéraires

 

Antoine de Saint-Exupéry s’essaie à la
littérature dès le collège. Il aime à rimer et communique notamment avec les
jeunes filles via de petits poèmes qu’il illustre soigneusement. Il illustre
aussi un petit carnet de courts récits, L’Amusette.
Dès dix ans, il correspond avec des amis, mais surtout sa mère ; leurs
lettres, qui connaîtront la publication (1955), s’étalent sur trente-quatre
ans. Les lettres de Saint-Exupéry sont souvent illustrées de petits dessins, de
caricatures. À treize ans, il s’essaie au journalisme avec ses camarades de
classe dans L’Écho de troisième ;
il assure l’éditorial et la page poésie mais l’aventure tourne court. À
dix-neuf ans, il réunit cinq poèmes dans un recueil, L’Adieu, dans un cahier qu’il appelle son « bouquin
d’art ».

Il fréquente de célèbres écrivains dans le salon
de sa parente Yvonne de Lestrange qui l’héberge à Paris, fait beaucoup pour son
éducation et lui obtiendra les faveurs d’André Gide et de Léon-Paul Fargue. Vers
1921, sa poésie est plutôt mélancolique, faisant écho à ses perspectives
d’avenir troubles. Certaines pièces qu’il rédige sont calligraphiées et ornées
de dessins à l’encre de Chine. En 1923, il commence la rédaction de L’Évasion de Jacques Bernis, qui
deviendra la nouvelle L’Aviateur,
publiée dans la revue Le Navire d’argent
dont son ami Jean Prévost est secrétaire de rédaction

 

Quelques
étapes

 

1912 : Le lien entre l’aviation et la
littérature survient dès son baptême de l’air qui lui inspire un poème.

1921-1925 : Pendant son service militaire
en tant mécanicien dans un régiment d’aviation à Strasbourg, il prend des cours
de pilotage à ses frais. Officier de réserve à Istres en 1922, il connaît son
premier accident en 1923 au Bourget ; il se fracture le crâne, est démobilisé,
se retrouve contrôleur de fabrication dans un bureau. L’année suivante on le
retrouve représentant de commerce pour les camions Sauter.

1926 : C’est l’année qui marque un tournant
dans sa vie ; engagé par Didier Daurat, il assure le transport de courrier
entre Toulouse et Dakar pour la compagnie Latécoère (future Aéropostale). C’est
là qu’il noue une amitié avec Jean Mermoz et Henri Guillaumet.

1929 : Il part pour l’Argentine où il
devient chef d’exploitation de la filiale de l’Aéropostale en Amérique du Sud,
où se trouvent déjà ses amis Mermoz et Guillaumet. Il contribue au
développement des lignes de courrier jusqu’en Patagonie. Il écrit dès qu’il a
un moment, en tous lieux : cafés, restaurants, night-clubs, halls
d’hôtels. Il revient en France en 1931 avec Vol
de nuit
.

1932 : Saint-Exupéry – l’Aéropostale se
trouvant en difficulté financière – devient journaliste pour améliorer ses
finances, même si Night Flight, la
traduction de Vol de nuit, connaît un
grand succès outre-Atlantique. Pilote de
ligne
, son premier article, paraît en 1932 dans le premier numéro de Marianne. Il écrira beaucoup sur
l’aviation, racontera ses aventures, et à partir de 1935 il collabore avec Le Minotaure, Paris-Soir, Air France revue
et L’Intransigeant.

1935 : Saint-Exupéry est envoyé comme
reporter par Paris-Soir en Union
soviétique. Cette année-là il tente de battre un record lors du raid
Paris-Saïgon mais doit se poser en catastrophe avec son mécanicien Prévot dans
le désert de Libye en Égypte, où il connaîtra une errance qui lui fournit la
matière d’articles pour L’Intransigeant
(Le Vol brisé, Prison de sable), mais surtout celle d’un épisode célèbre de Terre
des hommes
.

1936 : Il est envoyé couvrir la guerre
civile espagnole par L’Intransigeant
et rédige la série d’articles L’Espagne ensanglantée. En 1937 c’est Paris-Soir qui l’envoie à Madrid.

1939 : Saint-Exupéry est mobilisé et
affecté dans une escadrille de reconnaissance aérienne. Il conserve avec lui
ses éternels carnets où il note ses impressions sur la guerre et ce qu’elle lui
inspire du destin de l’homme.

1940 : Il part pour les États-Unis où il
compte inciter les Américains à entrer en guerre.

1944 : Saint-Exupéry part le 31
juillet pour une mission de cartographie visant à préparer le débarquement en
Provence. Son F-5 Lightning s’abîme en Méditerranée pour des raisons
inconnues ; l’écrivain disparaît.

 

Regards
sur les œuvres

 

L’Aviateur (1926) est le premier texte
publié d’Antoine de Saint-Exupéry, une nouvelle où l’auteur livre ses
impressions d’aviateur dans un style poétique. Le pilote, dont l’avion
fonctionne comme une extension du corps, devient ainsi « un
centaure ». L’homme, en risquant sa vie, est récompensé par la découverte
de vérités qui dépassent celle de la morale commune, bourgeoise. Ce premier
matériau sera réutilisé dans Courrier sud.

Courrier sud (1929) est un roman, une sorte
de documentaire lyrique dans lequel l’auteur retranscrit son expérience de
pilote à travers le personnage de Jacques Bernis, qui transporte lui aussi le
courrier de Toulouse à Casablanca puis Dakar, d’où il part pour l’Amérique du
Sud. Ce trajet implique de survoler 2 000 km de désert, entre les dangers
du simoun et les balles des tribus fanatiques en cas de vol trop bas. Des
méditations sur l’héroïsme, le péril, le tête à tête avec la mort, la solitude,
s’entremêlent avec une intrigue amoureuse : Jacques, sortant de son cocon,
a en effet volé Geneviève à un homme de la terre, mais cet amour va s’avérer
tragique. Ce roman a un style poétique très affirmé et c’est l’union des hommes
que Saint-Exupéry chante ici.

Vol de nuit (1931) est un roman qui tourne
autour du personnage de Rivière, chef d’une compagnie aéropostale en Amérique du
Sud, inspiré de Didier Daurat que Saint-Exupéry eut pour directeur à la
compagnie Latécoère. Le but de Rivière est de prouver que l’avion est un moyen
plus rapide que le train pour transporter le courrier ; mais il doit pour
cela faire voler ses pilotes de nuit, ce qui est particulièrement dangereux. Il
encourage chacun de ses hommes à subordonner son destin personnel à un dessein
supérieur, au-dessus de lui, élaborant et diffusant une mystique héroïque. Il
se montre intraitable devant une défaillance, et lorsqu’il perd un équipage, il
décide de ne pas suspendre un seul départ. L’œuvre parle des rapports entre un
chef et ses subordonnés, mais tous sont surtout, et librement, soumis à un même
devoir, acquérant par là une grandeur inaccessible à une trajectoire
personnelle, à travers un but hors de soi qui fonde l’éthique
saint-exupérienne. Le livre, qu’André Gide avait repéré et préfacé, est acclamé
par la critique ; il obtient le prix Femina et se vend rapidement à
150 000 exemplaires. Ce succès vaut à un auteur considéré comme un dilettante
en littérature de fortes inimitiés, et des critiques de son mysticisme, de son style
jugé précieux, compassé. On s’inquiète en outre de ce que la fiction soit
remplacée par le témoignage, et de l’éloge de l’autoritarisme dans un contexte
de montée du nazisme. Le livre est aussi un grand succès aux États-Unis ; Night Flight est adapté au grand écran
en 1933 avec Clarke Gable au casting.

Terre des hommes (1939), sorti la même année aux
États-Unis sous le titre Wind, Sand and
Stars
– un nouveau best-seller –, réunit des récits et témoignages de
l’auteur. En 1938, dans The Atlantic,
avait déjà paru Crash in the Desert qui
narrait son errance de 1935 dans le désert de Lybie, accompagné de son
mécanicien André Prévot, avec qui il fut finalement sauvé au bout de quatre
jours par un bédouin. La même année avait aussi paru dans Paris-Soir six articles intitulés Aventures et Escales qui sont ici repris. L’œuvre rend hommage à
l’amitié, à Mermoz, et à Henri Guillaumet qui a initié Saint-Exupéry aux
« rites sacrés » de l’aviation. L’auteur évoque ainsi le temps de son
apprentissage en 1926, la fierté du pilote, conscient de l’importance de sa
mission qui le place au confluent des relations humaines ; il dit comment
la terre est redécouverte, vue d’en haut, apparaît davantage comme la demeure
de l’homme. L’auteur réaffirme son éthique liée à un but commun, extérieur à
eux, que se donnent les hommes : « aimer ce n’est point nous regarder
l’un l’autre, mais regarder ensemble dans la même direction ». Il oppose
donc le culte de l’individu au goût de l’universel, à l’humilité qu’il prône.
L’œuvre, écrite dans un style classique, à nouveau imprégnée de poésie, remporte
le Grand Prix du roman de l’Académie française.

Pilote de guerre (1942) fait le récit de
missions effectuées par l’auteur dans le Nord de la France en 1940 en plein
exode. Il s’agit d’une longue méditation livrée sous la forme d’un monologue au
présent. Le récit a pour but de motiver les Américains à entrer dans la guerre,
en montrant notamment comment la France s’est battue avant la défaite. Il
paraît donc d’abord aux États-Unis sous le titre Flight to Arras où le livre est un des plus vendus cette année-là ; en France, la censure allemande
le retire de la vente en 1943 et on l’échange sous le manteau.

Le Petit Prince (1943) est une des œuvres les
plus connues et les plus lues au monde ; elle serait née d’une suggestion
de l’éditeur américain de Saint-Exupéry, Eugene Reynal, ou de l’épouse de
celui-ci, qui l’aurait incité à écrire un conte pour enfants mettant en scène
ce petit bonhomme que l’écrivain dessinait beaucoup. Sous les apparences d’un
conte pour enfants, l’auteur livre une méditation, en fin psychologue, sur les
rapports humains, l’amour et l’amitié. C’est lors d’un atterrissage forcé en
plein Sahara que le narrateur rencontre un petit garçon isolé. La relation que
celui-ci entretenait avec une rose sur sa planète exiguë raconte les
difficultés inhérentes au sentiment amoureux, qui acquièrent du sens à travers
la rencontre d’un fennec qui apprend au petit garçon ce que signifie
s’apprivoiser l’un l’autre. L’œuvre, écrite dans un style simple, confidentiel
mais alerte, est parcourue d’une symbolique pas toujours évidente à décrypter.
La figure du Petit Prince, garçon singulier, passionné et tranquille, semble
vouée à ne jamais s’éteindre, d’autant que ses formes concrètes sont aussi dues
à la main de l’écrivain, qui a multiplié les essais de dessin des mois durant
pour illustrer son livre et symboliser l’absurdité, la vanité ou l’égarement.

Lettre à un otage (1944) est un court texte en
prose qui conte le départ de Saint-Exupéry du Portugal, où l’on joue au bonheur
dans une Europe en guerre, puis sa traversée en bateau, où il est suivi d’une
impression de désastre et où il médite sur le sens de la vie et la nature du
bonheur. L’auteur évoque en outre le type de solitude particulier que l’on
rencontre en plein désert, une solitude féconde dans un silence formidable,
mais encore ce qu’implique l’absence des êtres aimés.

Citadelle (1948) était déjà
évoquée par son auteur, de son vivant, comme une « œuvre posthume »,
un amas de notes, de réflexions, de récits d’expériences, qui ne devait jamais
prendre de forme définitive. L’œuvre peut se lire comme un journal intime, une
longue confidence où transparaît la philosophie de vie de Saint-Exupéry, qu’il
a tirée de son expérience, à travers la fiction d’un prince du désert, alter
ego de l’écrivain, fils d’un roi puissant qui lui délivre des leçons de
sagesse. Il est ainsi question, à travers des réflexions d’ordre moral ou
social, des rapports de l’homme avec Dieu, la société ou lui-même.
Saint-Exupéry parle de son monde intérieur à travers le regard qu’il porte sur
le désert, les oasis, les villes d’Orient. C’est ici qu’est pleinement livré, à
travers une pyramide de la vie qui aboutit à Dieu, l’expérience mystique de
l’auteur, sous toutes ses facettes, lesquelles étaient éparpillées dans ses
œuvres précédentes.

Écrits de guerre (1982) réunit des documents et
témoignages de la période 1939-1944 permettant, comme le dit Raymond Aron dans
la préface, de comprendre l’engagement de Saint-Exupéry dans le conflit malgré
ses rapports avec le gaullisme.

 

Autres activités

 

Toute sa vie Saint-Exupéry dessina beaucoup,
n’importe où, dans ses lettres dès l’adolescence, dans des cahiers, sur des
serviettes au bistrot, des nappes en papier, des feuilles volantes ; il
caricature mais réalise aussi des portraits ; il multiplie les
techniques : plume et encre, crayons, mine de plomb, gouache, pastel,
lavis, aquarelle.

Dans les années 1930 il
passe au dessin technique, aux schémas, imagine des perfectionnements aux
appareils aériens.

Peu après l’aviation,
Saint-Exupéry découvre le cinéma, il écrira plusieurs projets de scénarios et
collaborera à l’adaptation au grand écran de ses œuvres.

 

« Il est deux cents
millions d’hommes, en Europe, qui n’ont point de sens et voudraient naître.
L’industrie les a arrachés au langage des lignées paysannes et les a enfermés
dans ces ghettos énormes qui ressemblent à des gares de triage encombrées de
rames de wagons noirs. Du fond des cités ouvrières, ils voudraient être
réveillés.

Il en est d’autres, pris dans
l’engrenage de tous les métiers, auxquels sont interdites les joies du
pionnier, les joies religieuses, les joies du savant. On a cru que pour les
grandir il suffisait de les vêtir, de les nourrir, de répondre à tous leurs
besoins. Et l’on a peu à peu fondé en eux le petit bourgeois de Courteline, le
politicien de village, le technicien fermé à la vie intérieure. Si on les
instruit bien, on ne les cultive plus. Il se forme une piètre opinion sur la
culture celui qui croit qu’elle repose sur la mémoire de formules. Un mauvais
élève du cours de Spéciales en sait plus long sur la nature et sur les lois que
Descartes et Pascal. Est-il capable des mêmes démarches de l’esprit ? »

 

Antoine de
Saint-Exupéry, Terre des hommes, 1939

 

« Tu n’es encore
pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je
n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour
toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises,
nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai
pour toi unique au monde. »

 

Antoine de
Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943

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