Vol de nuit

par

Rivière

Le directeur de l’organisation de transport de courrier, inspiré d’un personnage historique véritable, interpelle le lecteur par son apparente froideur, son insensibilité et son sens du devoir qui prime sur la valeur d’une vie humaine. Toujours coiffé de son chapeau et habillé de son manteau, il ressemble à un « éternel voyageur » bien que lui reste à terre. Son aventure, c’est de parvenir à démontrer la supériorité de l’aviation postale sur les voies ferrées et marines. De jour comme de nuit, sans repos, il contrôle le travail de tous ses employés à qui il insuffle le sens du devoir ainsi que le courage de l’accomplir quelles que soient les circonstances.

Dans la poursuite de sa mission, il se montre impitoyable, parfois inhumain ; il ne tolère pas la faiblesse ni la peur ; le seul sentiment qui compte pour lui est le devoir : « “Le règlement, pensait Rivière, est semblable aux rites d’une religion qui semblent absurdes mais façonnent les hommes.” Il était indifférent à Rivière de paraître juste ou injuste. Peut-être ces mots-là n’avaient-ils même pas de sens pour lui. »Cependant, il ne fait pas seulement le sacrifice de ses hommes au nom du devoir, mais aussi de sa propre vie : « Il s’aperçut qu’il avait peu à peu repoussé vers la vieillesse, pour “quand il aurait le temps” ce qui fait douce la vie des hommes. »

Étrangement, il est plus admiré que craint par ses employés. En effet, sa sévérité s’applique aux défaillances de son système, et non pas aux hommes : lorsqu’il licencie un ouvrier qui a travaillé plus de vingt ans dans l’aviation de manière exemplaire, Rivière le fait « pour l’exemple » et en éprouve du remords par la suite. C’est un chef responsable qui a toute la confiance de ses subordonnés qu’il pousse au dépassement de soi tout en ayant la conscience de l’importance de leur travail. Ses ordres nécessitent autant de courage pour être donnés que pour être exécutés.

Sa force de caractère est néanmoins mise à l’épreuve par une douleur physique qu’il ressent au côté droit ; pris d’un spasme à plusieurs reprises, il est amené à réfléchir à la condition des hommes, au sort de ses pilotes, et à ses propres conceptions de la mort, de l’amour et de la vérité : « Nous agissons, pensait Rivière, comme si quelque chose dépassait, en valeur, la vie humaine… Mais quoi ? » Il se sent sincèrement décontenancé face à la femme du pilote disparu, et il est amèrement ému de la mort de ce dernier. Rivière est un homme dur parce que sa mission l’exige, mais il reste un homme soucieux des autres.

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