Vol de nuit

par

Entre le documentaire et l'épopée

Vol de nuit selit à la fois comme un roman épique, sentimental et documentaire. Au fil del’histoire, on apprend les spécificités techniques du travail d’un piloted’avion de ligne ; grâce aux descriptions cinématographiques, on parvientà s’imaginer dans le cockpit : « Quelquefois, après centkilomètres de steppes plus inhabitées que la mer, il croisait une ferme perdue,et qui semblait emporter en arrière, dans une houle de prairies, sa charge devies humaines ; alors il saluait des ailes ce navire. » L’aspect sentimentalde l’œuvre se relève avant tout dans la prise de conscience et dans lemûrissement émotionnel de Rivière dont les pensées révèlent une empathiegrandissante pour ses hommes. Quant au côté épique, il se ressentprincipalement dans le récit des péripéties des pilotes en mission, et cetaspect est amplifié par le jeu des points de vue.

La narration externe, exempte de jugement,permet d’adopter le point de vue de divers personnages (les personnagesprincipaux et les quelques autres personnages secondaires représentatifs – lafemme du pilote, l’inspecteur, le pilote Pellerin qui nous donne un avant-goûtde ce qui pourrait arriver à Fabien) et de passer d’un lieu à l’autre entre leschapitres. L’auteur parvient parfaitement à faire pénétrer le lecteur dansl’esprit de ses personnages sans user de formules trop explicites. Ainsi, pourmarquer le désir ardent de Fabien de voir une lumière au milieu de la tempêtesans pour autant nuire à l’image du pilote intrépide, il introduit dans sapensée des camarades « à l’abri de lampes belles comme des fleurs. »

Pour maintenir le suspense, les péripéties deFabien sont découpées en plusieurs chapitres scandés par la relation desinquiétudes des autres personnages. Ainsi, le lecteur est confronté à unetriple peur : celle de l’aviateur perdu dans la tempête, celle dudirecteur Rivière qui ne sait pas ce qui arrive à son pilote, et l’anxiété dela femme de Fabien. Le vol d’un pilote est donc une épopée embarquant avec luiplusieurs personnages qui sont unis dans la tragédie comme des« camarade[s] de combat. » Le vocabulaire de la lutte est parailleurs omniprésent dans le roman : on parle du passage des différentesvilles sur le chemin du pilote comme de conquêtes. Cette épopée esttragique : elle finit par le décès d’un personnage majeur, qui est présentéecomme une mort fatale, inévitable, et qui apparaît comme absurde par soninsignifiance, puisque l’entreprise continue malgré tout sans discontinuer,sans sembler en tirer de leçon : « Il n’y a peut-être pas de victoire.Il n’y a pas d’arrivée définitive de tous les courriers. »

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