Vol de nuit

par

Résumé

Dans la préface André Gide présente le contexte quia vu naître les vols de nuit transportant du courrier. Le but de l’entrepriseétait de prouver que l’avion peut être aussi rapide que le train pour transporterle courrier, et pour cela il fallait que des vols se fassent également de nuit.Chaque trajet de nuit comporte cependant une grande part de risque, et donc detragédie.

Gide dit préférer ce roman au premier roman del’auteur, qui parlait d’une histoire d’amour,donc d’une faiblesse, quand le second parle d’héroïsme et de dépassement desoi, de noblesse.

André Gide s’exprime ensuite sur Rivière, le chefdu réseau postal mis en scène dans le roman, qui par sa sévérité contraint lespilotes au sacrifice de soi et leur donne l’envie d’avoir un devoir et unemission. En cachant sa sensibilité, il montre ainsi son propre héroïsme, carpar le sacrifice de ses émotions il fait avancer une cause plus grande que lui.

Le préfacier fait l’éloge des aviateurs qui suiventun idéal de virilité et de courage, mais qui restent néanmoins humbles et n’ontpas conscience de la grandeur de leur mission. Il cite pour exemple une lettrede l’auteur qui raconte son expérience d’un vol de nuit, où il s’est renducompte que le courage simple n’est qu’une bravade vaniteuse. Il cite aussi unephrase de René Quinton (biologiste français) qui parle des actes de bravourecomme des actes qu’il faut cacher. Pour Gide, ce roman a une valeur touteparticulière, car aux qualités littéraires s’adjoint la marque del’authenticité.

 

Le roman commence par l’histoire de Fabien, lepilote du courrier de nuit rapportant les lettres de Patagonie. Ce récit serale fil d’Ariane du roman. Fabien est aux commandes, il est sur le vol duretour. On le prévient par radio qu’il y a de forts orages et on lui conseillede rester dormir à San Julian, là où il doit normalement ne faire qu’uneescale. Il refuse et repart convaincu de faire bonne route.

Rivière est le chef du réseau postal. Tous lesjours il attend à l’aéroport de Buenos Aires, anxieux de voir arriver lesavions. L’avion du Chili arrive, et Rivière est soulagé pour un court instantseulement. Conscient soudain du poids de sa responsabilité, il mesure à quelpoint il a sacrifié sa vie pour ce travail, il se rend compte qu’il estextrêmement fatigué. Il interrogeLeroux, un vieux mécanicien ayant travaillé quarante ans pour l’aéroport.Il est soulagé de constater que Leroux, tout comme lui, n’a pas consacrébeaucoup de temps dans sa vie ni à la tendresse, ni au repos, ni à l’amour, et qu’ilne s’en afflige pas.

L’avion du Chili atterrit. Le pilote, Pellerin,semble songeur. Dans la voiture avec Rivière il explique être passé par uncyclone près de la Cordillère des Andes. Rivière admire ce pilote qui estpassé si près de la mort, mais quipassera inaperçu dans la foule et minimisera le danger vécu.

Dans la voiture il y a aussi Robineau,l’inspecteur, fonctionnaire sans initiatives et un peu bête, qui accomplit à lalettre les ordres, met en pratique les lois et le règlement. Il aime fairesauter les primes accordées au pilotes s’ils commettent le moindre impair. Iladmire son patron, et aime ce pouvoir qu’on lui donne.

Rivière souhaite transmettre un élan héroïque àses collègues et à cette fin, il se montre parfois sévère avec eux. Il lesaime, mais il les considère comme une pièce du mécanisme du réseau postal. Ilsait que les hommes l’aiment justement à cause de cette sévérité. Il veut leurinsuffler une nouvelle forme de volonté, sans repos, au service de quelquechose de plus grand qu’eux.

Rivière, rentré au bureau, rappelle pour la nuitde veille Robineau qui dîne avec Pellerin. Robineau est fier de repartirtravailler, certain de l’importance de sa mission. Rivière ne lui donne aucuntravail important, mais lui reproche de s’être lié à Pellerin alors qu’il estson supérieur. Il veut le remettre à sa place de chef et lui fait écrire unfausse sanction contre Pellerin.

Dans l’avion de Fabrice, le radio navigant àl’arrière observe le pilote de dos, et de tempsen temps lui signale un foyer d’orage. Il décrit la puissance de la présence dupilote face au danger et sa propre curiosité de voir son visage.

Rivière se promène seul. Il aperçoit des maisonset il compare la douleur qu’engendre sa responsabilité aux petits maux de laville, ceux des bourgeois. Il se sent solitaireau milieu de la foule, il a le sentiment d’être quelque chose de plus que lesautres. Il regarde les étoiles et ressent que d’une certaine façon, il voit,éprouve davantage ; il cite l’exemple d’une sonate que ses amis luireprochaient de faire semblant d’aimer ; il s’était alors senti seul. Oualors, au moment de l’histoire, il perçoit des signes dans le ciel à traversles étoiles. Dans la foule, il tente de scruter les personnes, leurs visages,et tente de comprendre leurs problèmes. Rentré au bureau, il apprécie lasolitude et le vide, il regarde les dossiers accumulés depuis plus de dix ans.Il admire le secrétaire de nuit qui, en veillant et sans le savoir, accomplitun grand rôle pour aider les pilotes. Il se sent uni au secrétaire comme à uncamarade de guerre. Il prend les notes de services à signer et se rend dans sonbureau.

Là, il sent une douleur au côté droit, une douleurponctuelle très forte. Lui qui ne vit que pour accomplir son rôle et son devoiret ainsi finaliser une grande idée trouve ridicule de se concentrer soudain surune douleur personnelle. Il regrette de se retrouver à cinquante ans à souffrird’une médiocre douleur qu’il compare à la grandeur morale de son travail.

Il doit signer les rapports et les sanctions. Ilhésite à sanctionner un responsable, Richard, un homme qui a travaillé vingtans au service de la compagnie. Un instant il voudrait le prendre en pitié,déchirer la note, mais il reçoit un appel lui signalant une pièce défectueusesur un avion avant le départ. Il décide de le sanctionner et de le placer surun autre poste, considérant que même une petite faiblesse est à même d’ébranlerun grand mécanisme, et que ce danger doit être évité.

Il pense alors à appeler le pilote de l’avionamenant le courrier en Europe pour lui parler juste avant son vol. C’est safemme qui décroche. Avant de réveiller le pilote avec qui elle est mariéedepuis trois semaines, elle admire son beau corps et son sommeil calme. Elle adu chagrin de ne pas le connaître en tant que pilote, de ne pas connaître sonvisage quand elle est absente. Elle voudrait le retenir à la maison et luidonner l’envie de rester mais elle n’y arrive pas, en dépit de ses charmes.Elle l’aide à s’habiller. Il sort et elle se sent rejetée, triste, étrangère.

Rivière reçoit le pilote etl’interroge sur son dernier courrier. Il sait que c’est un des plus courageux de seshommes, et ressent de la pitié quand il entend qu’il a eu peur. Il lui reprochecependant d’avoir fait demi-tour alors qu’il pouvait continuer et livrer lecourrier. Le pilote explique qu’il n’avait plus de lumière au tableau de bord,et qu’il sentait des remous. Rivière, malgré son admiration secrète,l’admoneste. Il veut en effet que les pilotes ressentent les choses admirableset terrifiantes comme des choses banales, et n’aient pas le besoin d’en parler.

Plus tard, il repense à son combat pour établirdes vols commerciaux de nuit. Il a lutté pendant un an pour obtenirl’autorisation de transporter le courrier, a tenté des vols de jours puis fortde son expérience, a lancé les vols de nuit. Il luttait seul pour lespromouvoir et les gérer. Il croit avoir réussi non à cause de sa force maisparce qu’il « pesait dans la bonne direction. »

Fabien aborde des intempéries ;ilprévoit de passer en dessous de la ligne des orages ou de renoncer. Il s’engageen pensant que derrière, il y aura un ciel plus clair. Mais il est pris dans lecyclone et il ne lui reste de l’essence que pour peu de temps.

Comme il n’y a pas de nouvelles de l’avion dePatagonie, Rivière pense à ne pas lancer l’avion du courrier d’Europe. Il apeur, à cause du cyclone, de se tromper sur la météo qui attend le courrierd’Europe. Il a aussi peur que le bruit provoqué par l’accident de Fabien ne ruinedéfinitivement la réputation des vols postaux de nuit. Il veut trouver uneposition de refuge pour l’avion, mais ne peut le contacter.

La femme de Fabien appelle pour savoir si Fabienest rentré. Rivière tente de la calmer, mais n’y arrive pas. Il sent que chacundes deux interlocuteurs de cette discussion est dans son bon droit et vit selonses règles propres. Cela lui fait penser au moment où il avait assisté à laconstruction d’un pont. Un homme était mort. Il avait demandé à l’ingénieurgénéral si la construction d’un pont valait la mort de cet homme. L’ingénieurlui avait répondu que oui, au nom de l’intérêt commun.

Il est attristé de sacrifier des hommes pour lamission qu’il s’est fixée, mais il pense ainsi leur rendre un grand service enles rendant éternels et en leur faisant atteindre une part d’eux qui est au-dessusde l’affectif et des émotions.

Fabien est toujours dans le cyclone. Il veutcommuniquer avec Buenos Aires mais ne peut pas. Il ne peut pas non plus lâcherle volant sous peine de s’écraser. Il lâche sa seule fusée éclairante mais iln’aperçoit que la mer alors qu’il aurait tenté un atterrissage sur n’importequel terrain. Au moment où l’avion vibre très fort et où il commence à sesentir vulnérable, il voit une percée, le ciel et des étoiles, et remonte. Ilvole au-dessus du cyclone.

Une des escales de Patagonie, la CommodoroRivadavia, reçoit un signal : Fabien est remonté mais il ne lui reste que trenteminutes d’essence.

Rivière, à Buenos Aires,se rend compte que Fabien va mourir. Il lie le souvenir de Fabien à certainesimages qu’il a gardé de la campagne, qui parlent de la chute et de la mort (unétang qu’on avait vidé pour y retrouver un corps), des choses magnifiques etéphémères qui restent cachées (les fleurs de pommiers fleurissant la nuit). Il pense aussi à la femme deFabien et à Fabien lui-même, qu’il regrette beaucoup.

Robineau veut proposer quelque chose, mais son rôle et son pouvoir d’inspecteur ne peuvent riencontre la fatalité d’une mort. La femme de Fabien vient voir Rivière.Elle se sent intruse dans ce bureau, apportant un monde de tendresse dans unmonde de sacrifices et de chiffres. On la dévisage, elle qui porte une douleur immenseet qui représente un monde tout à fait différent, féminin. Elle cherche dessignes de l’absence de Fabien dans le bureau, et voit que tout fonctionne commeauparavant. Rivière la reçoit. Il a pitié d’elle mais ne le lui dit pas. Avecsa visite, il découvre le vide et le non-sens que laisse la mort. Par la suiteil sort du bureau et observe les travailleurs qui semblent désarçonnés par lafuture disparition du pilote, il songe que ce sont là les premiers signes derelâchement face à la mort. Il se dit qu’il devra, comme la femme de Fabien,lutter contre la mort en revitalisant son équipe.

L’escale de Bahia Blanca reçoit les derniersmessages de Fabien. Il annonce qu’il descend, puis qu’il ne voit plus rien.L’équipe entière pense qu’il s’est écrasé. Rivière prend sur lui et malgré satristesse, prend les mesures pour les vols à venir.

Le courrier pour l’Europe est pour l’instantsuspendu, et cela attriste Robineau, car il comprend que ce sera la fin descourriers de nuit en même temps que la fin de Fabien. Il erre dans les bureaux,et se fait regarder irrespectueusement par un subordonné après avoir feuilletéun des dossiers de celui-ci. Il veut consoler Rivière, mais le chef du réseaule regarde lui aussi ironiquement comme un homme qui ne pourra jamais saisir laprofondeur du drame en train de se jouer, et restera toute sa vie, à cause desa bêtise, à la surface des choses.

Finalement Rivière décide de tenter le tout pourle tout et de lancer le courrier d’Europe. L’arrivée du courrier d’Asuncion le réconforte.

Le pilote du courrier d’Europe décolle. Il rit enimaginant que Rivière pensait qu’il avait peur. Rivière, en le voyant partir,éprouve un sentiment écrasant de victoire lourdement payée, et retourne autravail.

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