Vol de nuit

par

Des personnages reflétant la condition humaine

Outre les deux personnages principaux, d’autres figures du roman se voient donner un rôle significatif bien que secondaire dans une œuvre qui se veut être le miroir de la condition humaine.

En jouant sur les points de vue, l’auteur laisse d’abord le lecteur se faire une première idée du personnage entré en scène, puis il le conduit peu à peu à remettre en cause sa première impression, pour enfin adopter un point de vue omniscient et plonger le lecteur au plus profond de l’âme du personnage. Tel est le cas pour l’inspecteur Robineau, présenté d’abord comme un fonctionnaire borné qui « n'[a] le droit d’admirer ni la fantaisie, ni la verve : il admir[e] par fonction la ponctualité. » Mais l’homme paraît aussi avoir des sentiments, lorsqu’il essaie à plusieurs reprises d’adresser la parole au pilote Pellerin, apparemment empêché par sa « dignité mélancolique ». Enfin, on découvre en lui un homme fragile, condamné à la solitude ou à la pitié par une maladie de peau pénible, que l’auteur plaint et tourne gentiment en dérision : « Seules, dans la vie, avaient été douces pour lui, les pierres. »

Tous sans exception les personnages se montrent impuissants face aux forces de la nature et confrontés à leur propre sort. La conscience de cette impuissance les pousse à des réflexions existentielles qui conduisent peut-être à les améliorer en tant qu’hommes. Mais l’ironie de leur sort – et c’est là l’une des idées principales du roman et de l’œuvre de Saint-Exupéry en général – est dans leur soumission à un devoir qu’ils se sont eux-mêmes donné et auquel ils ne peuvent plus renoncer : « Rivière pensait aussi : “Une fois la route tracée, on ne peut pas ne plus poursuivre.” » Ainsi, c’est l’honneur de toujours remplir sa mission qui semble valoir plus que la vie humaine, la sienne ou celle d’un autre. L’ambivalence de cette condition humaine, hésitant entre la raison et le sentiment, essayant de lier le devoir collectif et le droit au bonheur individuel, est consacrée par l’amertume de la phrase finale du roman : « Rivière-le-Grand, Rivière-le-Victorieux, qui porte sa lourde victoire. »

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