1984

par

La perte de l’individualité et la surveillance de chacun par chacun

À Océania, presque tout se fait en communauté: les fonctionnaires travaillent ensemble, mangent ensemble à la cantine etvont ensemble au rituel des Deux minutes de la Haine, moment où le Partiprojette des films à la gloire du régime pour galvaniser les foules et fairenaître un sentiment patriotique et de fierté, ainsi que pour démontrer la forcede l’armée. Le soir, lorsque leur journée de travail est terminée, lesfonctionnaires se rendent ensemble à des activités organisées par le Parti. Cedernier encourage même ses membres à travailler pour lui gratuitement durantleur temps libre. Cela renforce leur dépendance et leur servitude envers leParti, ce qui est également censé resserrer les liens entres tous.

Le Parti, unique, par cette politiquetotalitaire, supprime toute notion d’individualité : on ne vit pas poursoi mais pour le Parti, on ne travaille pas pour soi mais pour le Parti, on n’aaucun loisir, aucun plaisir pour soi, mais pour et par le Parti ;l’individu est supprimé, la notion n’existe plus ; il est noyé dans lecollectif, avec une pensée unique allant dans la direction du Parti. Deuxconséquences à cela.

  Premièrement, toute forme de créativitéet de réflexion individuelle est brimée : les habitants, à force delaisser le Parti régir leur vie, deviennent beaucoup plus naïfs et doncmanipulables, perdent toute liberté d’action et d’esprit, ils ne pensent pluspar eux-mêmes, perdent l’envie de vivre pour eux : les idéologies ontprimé sur l’individu, broyé, supprimé, effacé. On notera le parallèle faitentre le pouvoir de Big Brother, passant par les médias, et le rôle del’écrivain ; en effet, l’auteur, G. Orwell était écrivain, romancier, maiségalement correspondant pour des journaux lors de voyages ou de guerres civilesen Europe : il sait le pouvoir des médias et de la littérature, et confieà ses deux personnages principaux, rebelles, Winston et Julia, des métiersqu’il a exercés personnellement, que ce soit pour un journal ou pour desromans. On peut ainsi observer le regard critique de l’auteur sur la création,qui doit absolument rester libre, tout comme l’écriture et l’information, laquellese doit d’être le miroir de la réalité et jamais manipulée par le pouvoirpolitique.

Deuxièmement, toute action personnelle devientsuspecte et susceptible d’être dénoncée ; c’est pourquoi Winston doitprendre des précautions extrêmes pour écrire son cahier ou se rendre chezCharrington, ou encore pour passer du temps avec celle qu’il aime, Julia, avecqui il a de nombreuses relations sexuelles hors mariage, ce qui est interditpar le Parti. Même un tic du visage peut entraîner une arrestation par lapolice de la pensée. De nombreuses ligues prône en outre le célibat à vie.Winston ne comprend pas de telles interdictions : « Quand on faitl’amour, on brûle son énergie. Après, on se sent heureux et on se moque dureste. Ils ne peuvent admettre que l’on soit ainsi. Ils veulent que l’énergieéclate continuellement. Toutes ces marches et contre-marches, ces acclamations,ces drapeaux flottants, sont simplement de l’instinct sexuel aigri. Si l’onétait heureux intérieurement, pourquoi s’exciterait-on sur Big Brother, lesplans de trois ans, les Deux Minutes de La Haine et tout le reste de leursfoutues balivernes ? ».

L’individu est surveillé par ses semblables,chacun est le suspect potentiel de l’autre dès qu’il quitte les rails et l’espaceminuscule de liberté que lui laisse le Parti. La force du Parti est que chacundevient un agent, agissant pour le Parti, dénonçant les « déviants » :ce sera en effet O’Brien qui dénoncera les actes de Julia et Winston, preuveque les amis – ou ceux qui auraient pu l’être – prennent part à cette délationgénéralisée et trahissent leurs semblables. Des ligues existent également pourque les enfants s’opposent à leurs parents, se retournent contre eux et lessurveillent, afin d’avoir des espions dans chaque maison.

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