1984

par

Parallèles avec la réalité

Bien que 1984ait été publié en 1949 et qu’il s’agisse d’un roman de science-fiction etd’anticipation à portée philosophique, Orwell s’est largement inspiré de sa vieet de son anticipation du futur, de la modernisation en cours, de sa perceptiondes médias de masse qui prenaient en ampleur et de la situation géopolitique deson époque. Le télécran, version vivante en quelque sorte de l’écran detélévision, qui surveille l’individu, permet la critique d’une société dont leregard est de plus en plus tournée dans la même direction, soumis à l’immensepouvoir des images.

L’oppression et les méthodes d’enlèvement,tout comme de suppression des indésirables, rappellent celles des méthodesnazies : « C’était toujours la nuit. Les arrestations avaientinvariablement lieu la nuit. Il y avait le brusque sursaut du réveil, la mainrude qui secoue l’épaule, les lumières qui éblouissent, le cercle des visagesdurs autour du lit. Dans la grande majorité des cas, il n’y avait pas deprocès, pas de déclaration d’arrestation. Des gens disparaissaient, simplement,toujours pendant la nuit. Leurs noms étaient supprimés des actes des registres,tout souvenir de leurs actes était effacé, leur existence était niée, puisoubliée. Ils étaient abolis, rendus au néant. Vaporisés, comme on disait. »Les autodafés de tous les livres publiés avant 1960 vont dans le même sens.

On retrouve donc ici une dictature proche du régimesoviétique stalinien, mais aussi de la chasse aux sorcières de Joseph McCarthy auxÉtats-Unis. Si la vénération du chef et le Parti unique laissent à penserqu’Orwell s’est inspiré du bloc soviétique, les comportements déviants etl’intolérance politique contre ceux qui protestent face à un système en place(les communistes aux États-Unis) montrent que le maccarthisme est égalementvisé. Le choix du cadre de Londres pour le récit, l’une des capitales du mondeoccidental, et la situation géopolitique en trois blocs – l’Eurasia, l’Estasia etl’Océania –, qui rappellent ceux de la guerre froide et qui sont tous présentéscomme des totalitarismes, rappellent qu’aucun pays n’est à l’abri d’une dérivetotalitaire. Par là, l’auteur invite son lecteur à réfléchir à tous les signesd’une dérive totalitaire, qui peuvent être discrets, insidieux, ainsi qu’à sesrapports aux médias, au pouvoir, à la police, l’armée ; et il le pousse enoutre à exercer sa liberté, de vivre, de penser, de s’exprimer.

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