A l’ouest rien de nouveau

par

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Erich Maria Remarque

Erich Maria Remarque – né Erich Paul Remark –
est un écrivain allemand né en 1898
à Osnabrück (Basse-Saxe) en Allemagne, dans une famille modeste dont le père
est relieur. Dès seize ans il s’essaie à l’écriture, écrit des poèmes et
commence un roman. Alors qu’il étudie à Munich pour devenir instituteur dans un
séminaire catholique de formation des maîtres, il est incorporé à dix-huit ans dans l’armée, puis en juin 1917 il est
envoyé sur le front de l’Ouest. Dès la
fin du mois suivant il est rapatrié après avoir été blessé, et il passe la fin
de la guerre dans un hôpital militaire en Allemagne. Blessé notamment à la
main, la carrière de pianiste à laquelle il pensait se révèle impossible. Après
la guerre il passe son habilitation à l’enseignement puis devient instituteur en 1919 jusqu’en 1920.
Cette année-là il fait une première incursion dans le monde des lettres avec La Baraque de rêve (Die Traumbude), son premier roman qui est un échec. Il s’essaiera
ensuite, dans la société instable de l’après-guerre, à divers métiers dont
vendeur de pierres tombales, pilote automobile, professeur de piano, libraire, rédacteur
publicitaire avant de devenir journaliste.

Il commence à utiliser son nom de plume en 1925,
reprenant une ancienne orthographe de son nom de famille que son grand-père
avait modifiée, et se spécialise dans le journalisme sportif. En 1927 il publie
en feuilleton dans le journal Sport im
Bild
(Sport en images) son deuxième roman, Station am Horizont (« Gare à
l’horizon »). Cette année-là il écrit en quelques mois le roman qui le
rendra célèbre, À l’Ouest rien de nouveau
(Im Westen nichts neues), qu’il ne parvient
pas à publier tout de suite. Il paraît finalement en feuilleton dans le
principal quotidien libéral allemand, Vossische
Zeitung 
; c’est un grand succès et le tirage du journal triple. Le
titre reprend la formule rituelle des communiqués d’état-major, souvent
mensongers, sur la situation au front. Le personnage principal, Paul Bäumer, est un jeune homme de
dix-neuf ans qui, après avoir subi un entraînement sous la forme d’un bourrage de crâne dégoulinant d’idéaux
de patriotisme et de nationalisme, s’engage volontairement –
contrairement à l’auteur – avec ses camarades dans l’armée impériale allemande
lors de la Première Guerre mondiale. Au front, les jeunes gens découvrent la réalité brutale de la guerre et se
sentent trahis par leurs maîtres qui leur avaient transmis des notions
abstraites qui ne sont d’aucune aide dans le monde réel. L’auteur livre un
récit réaliste de la vie au front, dans des tranchées envahies de rats,
effondrées, de la souffrance physique omniprésente
dans un monde où l’on en vient à souhaiter une blessure pour quitter l’enfer des
combats, mais où une certaine fraternité
dans la souffrance
se fait également jour. Le roman est adapté dès l’année
suivante au cinéma par Lewis Milestone et remportera les oscars du meilleur
réalisateur et du meilleur film.

En 1931 paraît le recueil de nouvelles L’Ennemi (Der
Feind
), dont les six histoires évoquent le retour difficile à la vie civile
des soldats, miné par des souvenirs obsédants. L’une d’elles parle par exemple
du combat d’une femme pour aider son mari à se débarrasser de ses traumatismes
de guerre. La même année Après
(Der Weg zurück) se focalise également sur
le retour des combats. Les jeunes
gens qui ont grandi d’un coup sur le front ne reçoivent pas chez eux l’accueil
qu’ils espéraient et se sentent incompris. Le quotidien, qui apparaît futile,
et en outre habité de cauchemars et
d’hallucinations, s’avère difficile
à accepter. L’esprit de camaraderie au front n’est plus et il faut encore
affronter la culpabilité d’être
revenu indemne quand tant d’amis sont tombés. Le roman évoque aussi les
troubles politiques et sociaux de l’après-guerre allemand.

Remarque,
dont les œuvres soulèvent l’indignation
des nationalistes
, quitte son pays pour la Suisse italienne en 1933
avant même l’arrivée des nazis au pouvoir. La même année ses livres font
l’objet d’autodafés et les nazis
font croire que le véritable nom de Remark est son anagramme Kramer. Remarque
rejoindra ensuite les États-Unis à
bord du Queen Mary en 1939, après avoir été déchu de sa
nationalité allemande en 1938. Outre-Atlantique, il se liera d’amitié avec des
émigrants allemands et des grands de l’industrie cinématographique. Il se fait
connaître pour ses relations avec des stars et autres starlettes de l’époque,
dont Marlene Dietrich rencontrée dès
1937, puis Greta Garbo ; il
épousera finalement l’actrice Paulette
Goddard
en 1958. Il devient citoyen
américain
en 1947.

En 1954 paraît Un temps pour vivre, un temps
pour mourir
(
Zeit zu leben und Zeit zu sterben), l’histoire du soldat Ernst
Gräber, directement passé du lycée à la guerre, qui après être resté deux ans
sur le front de l’Est profite d’une
permission pour partir à la recherche de ses parents. Sur son chemin, il
traverse des villes en ruines et croise des survivants affamés ; il
retrouve sa ville natale bombardée mais sa rencontre avec une amie d’enfance
vient illuminer sa vie. L’œuvre évoque les problèmes
de conscience
qui se posent au soldat et la difficulté à aimer après avoir connu l’horreur. Dans cette œuvre
l’auteur plonge son lecteur dans la vie de ceux restés à l’arrière en temps de
guerre, qui subissent notamment les bombardements,
et s’interroge en outre sur la responsabilité
du peuple allemand
qui a élu à près de 44 % un Reichstag nazi.

Dans L’Obélisque noir (Der
schwarze Obelisk
) en 1956 Remarque évoque l’Allemagne de
l’entre-deux-guerres où sévit une inflation
à partir de 1923, qui si elle enrichit les affairistes ruine les salariés et
favorise la corruption et les débuts du nazisme.
Le récit suit le parcours de Louis, l’employé d’une entreprise de monuments
funéraires qui dans ce contexte difficile va connaître une transformation,
notamment grâce à l’amour.
En 1963 La Nuit de Lisbonne (Die Nacht von Lissabon) a pour cadre le port
portugais où un homme souhaitant traverser l’Atlantique écoute le récit de
Schwarz, un homme qu’il rencontre et qui lui demande de l’écouter en échange de
billets. Schwarz raconte sa fuite d’Allemagne, son errance à travers l’Europe, les
risques qu’il a pris en retournant chercher sa femme Hélène dans sa ville
natale, ce qui lui a valu d’être poursuivi par le frère nazi de celle-ci.
Remarque évoque dans cette œuvre sa ville natale d’Osnabrück.

 

Erich Maria Remarque meurt en 1970 à Locarno en Suisse. Il se distingue des autres
« écrivains de guerre » allemands de l’après-Première Guerre
mondiale, qui publient des mémoires de guerre en quantité, par son antimilitarisme. Au contraire des
soldats nostalgiques et autres écrivains conservateurs, dont Ernst Jünger, qui exaltent
les vertus du combat et la virilité du soldat, il entreprend, dans la veine de Roland
Dorgelès (Les Croix de bois) ou Henri Barbusse
(Le Feu) dont il subit l’influence,
une œuvre de démystification dans un
langage sans apprêt qui ne
s’interdit pas des expressions gouailleuses. Sous sa plume, c’est le véritable
visage de la guerre qui est peint, dans toute son horreur et son absurdité. Remarque
parle d’une génération perdue,
victime d’une éducation et d’une propagande trompeuses.

Remarque n’est pas considéré comme un grand
écrivain par la critique, qui loue généralement ses talents de conteur mais
dénonce la philosophie simpliste de ses héros. Par son réalisme direct, il a plutôt pour pairs Hans Fallada (1893-1947),
romancier de la vie de petites gens, et Theodor Plievier (1892-1955), auteur
notamment d’une trilogie sur les combats du front de l’Est pendant la Seconde
Guerre mondiale.

 

 

« Il tomba en octobre mil neuf cent dix-huit par une journée
qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler
qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau.
Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait.
Lorsqu’on le retourna, on vit qu’il n’avait pas dû souffrir longtemps. Son
visage était calme et exprimait comme un contentement de ce que cela s’était
ainsi terminé. »

 

« C’est une chose
étrange que le spectacle de nos ennemis vus de si près. Ils ont des visages qui
font réfléchir, de bons visages de paysans, un front large, un nez large, des
lèvres épaisses, de grosses mains, des cheveux laineux. On ferait bien de les
employer à labourer, à faucher et à cueillir des pommes. Ils ont l’air encore
plus bonasses que nos paysans frisons. »

 

Erich Maria Remarque, À l’Ouest rien de nouveau, 1929

 

« Monsieur le Directeur,
dit-il de sa voix claire, vous avez vu la guerre à votre façon ; étendards
au vent, enthousiasme, fanfares ; mais vous ne l’avez vue que jusqu’à la
gare d’où nous sommes partis. Oh ! nous ne vous le reprochons pas, nous
pensions tous exactement comme vous. Mais depuis, nous avons appris à connaître
le revers de la médaille, un revers en face duquel le pathos de 1914 a bien
vite été réduit à rien. Nous avons cependant continué à résister, soutenus par
un sentiment plus profond, un sentiment qui ne s’est révélé qu’au front ;
la conscience d’une responsabilité dont vous ignorez tout et qui est impropre
aux discours. »

 

« C’est vrai. Beaucoup des nôtres sont couchés là. Mais,
jusqu’ici, nous ne l’avions jamais aussi bien réalisé ; nous étions restés
tous ensemble. Les uns près des autres ; nous, dans nos tranchées, eux,
dans leurs fosses, séparés par quelques poignées de terre. Ils nous avaient un
peu devancés, un peu seulement, puisque chaque journée voyait diminuer notre
nombre et augmenter le leur. Il arrivait souvent que nous ne sachions pas si
nous étions encore vivant ou déjà des leurs. Il arrivait même aussi que des
obus les fissent remonter vers nous ; c’étaient des os délabrés projetés
en l’air, des lambeaux d’uniforme, des têtes humides, décomposées, déjà
terreuses qui, arrachés par le bombardement à leurs abris effondrés, revenaient
encore une fois dans la bataille.

Nous n’y trouvions rien
d’effrayant, nous étions trop près d’eux pour cela… Mais maintenant, nous
allons rentrer dans la vie, tandis qu’eux resteront ici… »

 

Erich Maria Remarque, Après, 1931

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