Andromaque

par

Les passions incontrôlables

À l’image de nombreuses pièces inspirées de la mythologie grecque, Andromaque est une pièce tragique. Et dans cette pièce de théâtre, ce sont les passions exacerbées des personnages qui servent le mieux la tragédie. Qu’il s’agisse de Pyrrhus qui semble avoir toujours été soumis à ses passions, d’Oreste qui a longtemps tenté d’y résister mais qui finit par y céder ou d’Hermione qui laisse ses sentiments voiler son bon jugement, les passions débridées mènent toutes à la fin tragique de ces personnages.

Pyrrhus est roi d’Épire. Ses exploits lors de la guerre de Troie lui ont valu l’opportunité de forger avec Ménélas une alliance politique en épousant sa fille Hermione. Mais Pyrrhus est un homme impulsif, et à ses yeux, le plus beau butin qu’il a ramené de Troie est la captive Andromaque. À partir de ce moment, tous les actes de Pyrrhus semblent tournés vers la satisfaction de son vœu. Dans l’espoir d’épouser cette princesse troyenne, il repousse son mariage avec Hermione sans prendre en considération l’affront que cet acte constitue. Il refuse aux Grecs le sang d’Astyanax, il revient sur sa parole d’épouser Hermione et néglige à chaque fois de prendre en considération les conséquences de ses choix.

« HERMIONE : Que m'importe, Seigneur, sa haine ou sa tendresse ?

Allez contre un rebelle armer toute la Grèce ;

Rapportez-lui le prix de sa rébellion ;

Qu'on fasse de l'Épire un second Ilion. »

Les passions d’Oreste semblent être quant à elles plus profondes que celles de Pyrrhus. D’abord fiancé à Hermione, son amour se transforme en haine lorsqu’il apprend qu’elle est désormais fiancée à Pyrrhus. Mais sa haine n’est pas authentique et lorsque la plus petite chance se présente de reconquérir celle qu’il aime, il va au-devant des épreuves sans considération pour le danger dans lequel il pourrait se trouver.

Enfin, Hermione représente un autre type de passions. Elle est amoureuse de Pyrrhus et subit les affronts et le dédain de ce dernier en continuant d’espérer qu’il l’épousera. Mais sa furie à l’idée de perdre Pyrrhus lui fait perdre la raison et elle décide de le faire assassiner plutôt que de laisser aux armées grecques le soin de venger son honneur. Son exemple montre également le caractère passager de ces sentiments intenses. Ainsi, Pyrrhus trouve la mort, Hermione se suicide et Oreste devient fou. Tel est le sort réservé à ceux qui succombent aux passions.

« Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ?

Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ?

Et ne voyais-tu pas, dans mes emportements,

Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ? »

Sans exception, ces personnages relèguent au second plan le bon sens et les décisions rationnelles. Racine met en scène cet état de choses en donnant à chacun de ces personnages des confidents qui eux sont soustraits à l’emprise des passions. Mais on constate les difficultés qu’ont ces confidents (Pylade, Cléone ou Phoenix) à faire entendre raison à leurs amis respectifs. Le rôle presque superflu de ces personnages qui incarnent la raison dans cette pièce montre bien que les passions souvent violentes et profondes ont souvent tendance à éclipser la raison et les bons conseils.

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