Chante, Luna

par

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Paule du Bouchet

Éléments biographiques sur
Paule du Bouchet

 

Paule du Bouchet, née en 1951, est la
fille du poète André du Bouchet (1924-2001)
et de la traductrice et ethnologue Tina Jolas (1929-1999), qui fut également la
compagne et la collaboratrice de René Char.

Suite à des études
de philosophie et de musique – Paule du Bouchet est pianiste
de jazz et s’est notamment passionnée pour la musique de chambre –, elle
enseigne la première discipline et formera des enfants à la seconde.

Elle entame une carrière dans l’édition en 1974,
créera le département Musique de Gallimard Jeunesse et s’occupera
notamment des collections Découvertes Gallimard et Écoutez lire qui rassemble des livres audios. Elle poursuit en
parallèle une carrière d’auteure de livres pour la jeunesse.

 

Regards sur les œuvres
principales de Paul du Bouchet

 

1998 : Le Journal d’Adèle (1914-1918) traite de toutes les facettes de
la Première Guerre mondiale à travers le regard d’une jeune fille de bientôt quatorze
ans
qui entame un journal alors que ses deux frères sont partis au front. Elle
habite un petit village de Bourgogne, rêve de devenir institutrice, d’épouser
un garçon de la ville, mais la guerre vient recouvrir d’un voile sombre son
adolescence. Elle poursuit son journal jusqu’à sa majorité tout en rendant
compte des réalités de la France en temps de guerre : les
mutilés de guerre, la mort, la faim, le deuil. L’œuvre, publiée dans la
collection Folio Junior de Gallimard, est conçue pour les enfants à partir de
huit ans ; c’est Isabelle Carré qui prête sa voix à Adèle dans le livre
audio.

2000 : Le recueil de sept nouvelles
À
la vie à la mort
concerne entièrement la Première et la Deuxième
Guerres mondiales vues à travers le regard de jeunes gens. Dans telle nouvelle,
il est question de la résistance qu’ont
pu opposer les lycéens à l’ennemi,
ou de l’aide apportée par une femme à une Juive en train d’accoucher, ou encore
de la quête de vérité d’un fils qui a vu sa mère disparaître en mai 1944. Ces
nouvelles qui s’adressent aux lecteurs à partir de treize ans sont parues dans
une nouvelle édition en 2002.

Toujours en 2000 paraît Coco et le Poisson Ploc, le premier tome d’une série mettant en scène un jeune
singe anthropomorphisé
dont les aventures s’adressent aux enfants de deux à
cinq ans. La série se distingue par un accompagnement
musical original
sur CD, propre à initier l’enfant dès un très jeune âge à
des instruments variés. La série
sera complétée par Coco et les Bulles de
savon
(2001), Coco et les Pompiers
(2002), Coco et le Tambour (2004), L’Anniversaire de Coco (2006), Le Pyjama de Coco (2008), Le Doudou de Coco (2009), Coco et le Bébé (2010), Coco à l’école (2012) et Coco et son Pot (2014).

2004 : L’histoire de Chante, Luna vise à initier un
lectorat adolescent, à partir de treize ans, aux réalités de l’occupation allemande en Pologne et du ghetto de Varsovie, à travers le regard de Luna, une jeune fille de
quatorze ans caractérisée par une voix
hors du commun
et son amour pour la musique.
Si la résistance s’organise autour d’elle et de son père, Luna verra
disparaître les siens, et connaîtra les affres d’une existence confinée, privée
de libertés, où la vie se résume à la survie.

2005 : Dans Paris occupé : Journal d’Hélène Pitrou (1940-1945) constitue
un pendant, pour le conflit mondial suivant, au Journal d’Adèle paru en 1998 sur la Première Guerre mondiale. À
nouveau la guerre est présentée au jeune lecteur, de dix à quatorze ans, à la
première personne, à travers le regard d’une adolescente dont le père est
prisonnier des Allemands, et dont la mère s’absente longuement, du fait du rationnement qui contraint à une longue
attente pour acheter à manger, mais aussi, peut-être, pour d’autres raisons qui
inquiètent sa fille. Cette nouvelle œuvre à visée pédagogique est accompagnée d’un dossier documentaire destiné à éclaircir
certaines notions historiques aux plus jeunes.

2007 : Paule du Bouchet choisit à nouveau la forme du journal pour parler de
l’Antiquité dans Au temps des martyrs chrétiens : Journal d’Alba, 175-178 ap. J.-C.
C’est à nouveau une jeune fille, Alba, issue d’une famille de patriciens, qui
le tient. Cette habitante de Lugdunum
(Lyon) découvre que sa meilleure amie et son précepteur appartiennent à cette secte de fidèles qu’on appelle chrétiens. Curieuse et finalement
décidée à se convertir elle-même,
elle va devoir fuir car les autorités locales ont décidé de persécuter et de
condamner à mort les adeptes de la nouvelle religion.

2009 : Dans Mon amie, Sophie Scholl, Paule du Bouchet aborde le second
conflit mondial sous un angle original en livrant le journal d’un personnage
fictif, Elisa, qu’elle imagine comme la meilleure amie d’un personnage historique, Sophie Scholl, adhérente
du mouvement de résistance
anti-hitlérien la Rose blanche
avec d’autres jeunes gens, dont son frère
Hans, qui seront finalement arrêtés par la Gestapo en 1943 et exécutés. Elisa,
elle, comme beaucoup d’Allemands, est davantage mue par son instinct de survie
que par des convictions fortes, contrairement à Sophie qu’elle admire. Dans son
journal elle retrace la montée en
puissance d’Hitler
et exprime ses craintes quand ses amis vont distribuer
des tracts au péril de leur vie. Elle parle aussi de sa séparation forcée
d’avec son petit ami juif, son
premier amour.

2011 : Dans le roman autobiographique
Emportée,
paru chez Actes Sud, Paule du Bouchet revient sur un événement fondamental de
son existence et ses suites : la rencontre,
alors qu’elle a six ans, entre sa mère
Tina Jolas
et René Char, qui
donnera lieu à une grande passion mais aussi à un abandon de famille. Il s’agit
ainsi du portrait d’une mère « emportée », singulière, d’une
simplicité lumineuse, qui apparaît à l’occasion directement lorsque Paule du
Bouchet sème des extraits d’une correspondance retrouvée entre Tina
Jolas et une amie à laquelle elle confiait sa passion. En dépit de l’aigreur
d’avoir été en quelque sorte abandonnée, l’auteure parvient à éprouver de l’empathie pour sa mère, qui vient de
mourir, et à trouver entre elles des ressemblances.

2013 : Je vous écrirai est un nouveau roman d’abord adressé aux jeunes
lecteurs à partir de treize ans. Cette fois c’est la vie artistique et intellectuelle
foisonnante du Paris des années 1950
que Paule du Bouchet fait découvrir à travers la correspondance d’une jeune
fille partie étudier à Paris après avoir promis d’écrire tous les jours à sa
mère. Elle sent cependant un fossé se creuser entre son extraction populaire et
sa nouvelle vie, partagée entre la Sorbonne, le théâtre russe, le cinéma et
l’engagement politique, alors que les cercles intellectuels connaissent la
vogue du communisme.

 

 

« La guerre ça ne sert à rien. Ça ne sert qu’à ceux qui nous
gouvernent. Mais nous, les soldats, qu’on soit français ou allemands, on n’est
jamais que de la chair à canon. Et si jamais on s’en sort vivant, quest-ce
qu’on aura gagné ? Rien. »

 

Paule du Bouchet, Le Journal d’Adèle (1914-1918), 1998

 

« La guerre, c’était aussi la loi du silence. Qui pensait
quoi ? Que pouvait-on dire ? À peu près rien. La discorde, la
trahison étaient en germe dans chaque conversation de café, dans chaque
entreprise, dans chaque famille, dans chaque communauté humaine, si petite
soit-elle. L’ère du soupçon, le règne omnipotent de la méfiance. On se taisait
donc. Même si l’on n’avait rien à cacher, il y avait toujours quelque chose à
taire. Les petits le sentaient bien. »

 

Paule du Bouchet, À la vie à la mort, 2000

 

« Nous ne mesurions pas ce que nous vivions. Un comble de
dureté et d’horreur. Mais c’est comme lorsque l’on regarde une photo en noir et
blanc : l’intensité des noirs et des gris indiquent que la couleur existe.

Ainsi en était-il de notre
vie : d’une noirceur absolue, mais nous y distinguions des contours, des
reliefs, des sentiments. Des couleurs. C’était néanmoins une vie, la nôtre. Je
l’ai vu comme invivable dans les yeux des autres. »

 

Paule du Bouchet, Chante, Luna, 2004

 

« Ma mère a aimé plus que la raison ne le permettait. L’amour
qui l’a tant portée et guidée, l’amour inconcevable, l’amour pour René Char,
aura été le paradigme, le modèle, l’absolu de sa vie. Le paradigme de l’amour,
de la mort, de la résurrection, de l’incarnation, c’est à travers lui qu’elle
l’a vécu. Et ce qui était chose invivable de son vivant, je le perçois aujourd’hui
comme le don qu’elle me fait par-delà sa mort. »

 

Paule du Bouchet, Emportée, 2011

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