Chante, Luna

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Résumé

La narratrice, Lula, est une petite Polonaisede confession israélite qui mène une vie heureuse à Varsovie. Son père Henryk,qui l’adore, l’a surnommée Luna. Cet homme joyeux, gai, féru de musique, pourqui la vie est une fête, sait transmettre cette joie de vivre à sa fille et à sonjeune fils Jakob. Shoshana, la mère, est plus stricte et moins enjouée ;fille d’un rabbin, elle a épousé le joyeux Henryk et le couple s’aimeprofondément, malgré ses différences. Luna a un don, une voix exceptionnelleque Henryk aime à entendre : « Chante, ma Luna »,l’encourage-t-il souvent. De fait, la fillette aux tresses blondes, qui luidonnent une physionomie si différente de celle de son frère et de sa mère, tousdeux très bruns, charme celles et ceux qui ont la chance de l’entendre chanter.Luna n’aime pas l’école, seul le chant lui paraît digne d’intérêt. Elle aimeles chants traditionnels yiddish, mais aussi les lieder allemands et lesairs d’opéras français : rien n’est trop difficile pour elle. Un soir,Henryk a emmené cette amoureuse de musique écouter un jeune violoncelliste degrand talent, Hans Büchner. Ainsi, Luna vit entourée d’une famille aimante,ainsi que de quelques amis comme Célia, la fille du rabbin qui habitel’appartement voisin. Hélas, cette année 1936 est lourde de menaces : dansl’Allemagne voisine, Hitler vocifère de terribles menaces : les nazis comptentprendre possession de la Pologne et malheur aux Juifs qui y vivent si lessoldats allemands envahissaient le pays ! Luna perçoit vaguement que sic’était le cas, la communauté juive de Pologne serait seule face au danger, carles Polonais de souche ne voient pas les Juifs d’un œil bienveillant.

En septembre 1939, les Allemands entrent àVarsovie. Après la pluie de bombes, les règles imposées par l’occupant sontdrastiques : les écoles sont fermées, peu d’activités sont autorisées auxJuifs, lesquels doivent en outre porter un brassard affichant une étoile deDavid bleue. Peu à peu, les conditions de vie deviennent très difficiles :la nourriture commence à manquer, le danger rôde dans les rues : lessoldats allemands qui les arpentent semblent en effet avoir tous les droits. Unan passe et au début de l’hiver 1940, une nouvelle menace surgit : letyphus, maladie redoutable entre toutes. C’est le prétexte affiché par lesnazis pour décider la construction d’un mur qui ceindra le quartier et,disent-ils, empêchera la propagation de la maladie. En fait, les Juifscomprennent vite qu’ils sont à présent maintenus prisonniers par cette muraillequ’ils n’ont pas le droit de franchir, et ce quartier où ils sont contraintsd’habiter fait penser aux ghettos des siècles révolus. Par chance, Luna et safamille y vivent déjà, ils n’ont donc pas à abandonner leur maison, mais lajeune fille voit affluer des centaines de malheureux chassés de chez eux, venusd’autres quartiers de Varsovie ou de la campagne environnante. Le ghetto esttrop petit pour contenir cette nouvelle population et nombre de déplacés logentdans des conditions précaires. Grand-mère Ewa, la mère d’Henryk, vient habiteravec eux dans leur petit trois-pièces, bientôt suivie de Marian, frère deShoshana, de son épouse Bronka et de leur fils adolescent Jerzy. Entassée dansle minuscule logement, la famille de Luna est pourtant mieux lotie que cescentaines de malheureux qui, sans logis, doivent affronter les rigueurs del’hiver. C’est à ce moment que naît Isaac, le petit frère de Luna. La vie estde plus en plus dure, les vivres manquent, et le typhus fait des ravages :elle est loin la douce vie de Luna, quand elle chantait, ravissait son public,et songeait à la carrière qui pourrait s’ouvrir à elle. Elle a maintenantquinze ans.

Les règles du ghetto sont décidées par lesAllemands et appliquées par le Judenrat, le Conseil juif. Henryk n’a plus derevenus, aussi accepte-t-il, la mort dans l’âme, de travailler pour leJudenrat. C’est un moyen de survivre, mais cela ne protège pas de tout :en mars 1941, Shoshana meurt du typhus. Elle est inhumée au cimetière juif,pourtant saturé de cadavres : elle échappe cependant aux fosses communesqu’il a fallu creuser car maintenant, les gens meurent dans la rue et les cadavresrestent là des jours sans qu’on y touche. La faim tenaille les corps et pourgagner un peu d’argent Luna accepte de chanter au Britannia, un café oùles Juifs riches et parfois des officiers allemands viennent boire et écouterde la musique. La voix de Luna est intacte, sa technique maîtrisée, et sonsuccès est grand. Un général allemand va même jusqu’à la féliciterpersonnellement. Ce jour-là un officier assiste au concert, un médecin ausourire grave et aux manières douces. Dans son regard, Luna perçoit une lumièrequi humanise ce soldat : on peut donc être allemand et avoir un cœur, uneâme, tous les Allemands ne sont pas mauvais. Pour survivre, les Juifs se sontorganisés : des trafics de nourriture avec la partie chrétienne deVarsovie ont vu le jour, et Jerzy y participe. La famille survit, Luna suit descours de maquillage – il faut bien s’occuper – et rencontre Rosa, jeune fillede dix-huit ans venue de la campagne qui devient une grande amie. Les contactsavec l’extérieur du ghetto se limitent aux trafics : la population polonaiseignore tout de ce qui se passe derrière le mur et veut l’ignorer. Pourtant, lepire est encore à venir.

Le 22 juillet 1942, les nazis ordonnent auJudenrat de leur livrer douze mille Juifs prétendument impropres aux travauxindispensables, afin qu’ils soient relogés dans un nouveau camp. Plutôt qued’obéir, le chef du Judenrat se suicide. Jour après jour, l’ordre crié dans lesrues sera : « Aktion ! ». Les rafles se succèdent,on traîne les malheureux vers l’Umschlagplatz et la gare où on les embarque dansdes trains à destination d’un camp nommé Treblinka. Pour les mettre à l’abri,Henryk envoie ses enfants auprès du docteur Korçak, un homme profondément bon ayantcréé un orphelinat pour recueillir les petits réfugiés sans famille. Hélas,même ce havre de paix n’est pas épargné ; le bon docteur doit finalement emmenerses protégés vers les sinistres wagons. Ce grand homme les réconforte en leurdissimulant que c’est la mort qui les attend. Jakob parvient à obliger Luna às’éloigner du rang fatal : il l’incite à chanter et quand il l’entend, unofficier allemand la tire vers lui – c’est l’homme du Britannia, quisupervise l’odieux convoi. Luna voit son petit frère s’éloigner avec ses amiset Korçak. Revenue à l’appartement familial, elle annonce l’affreuse nouvelle àson père, qui lui demande de chanter, encore et encore, afin de rendre moinsatroce ce moment.

Les rafles deviennent systématiques, le ghettoest quadrillé. Luna décide qu’il est temps de rejoindre l’Organisation, ceréseau clandestin qui prépare la riposte : les Juifs du ghetto ont décidéde se battre. Il n’y a aucune aide à attendre des Polonais, à part de quelquespatriotes au grand cœur qui aident les Juifs à se procurer des armes. Lesexpéditions nocturnes s’organisent, Henryk fait partie du mouvement depuislongtemps, ainsi que Rosa et Jerzy. Cette lutte qu’on prépare, c’est la vie,c’est le refus de la soumission. Grand-mère Ewa, à son tour prise dans latourmente, est envoyée vers ce camp de Treblinka sur lequel la vérité s’estfaite jour : un évadé a décrit l’arrivée, les fausses douches, lesgazages, les crémations. Une seule alternative pour y échapper : la luttearmée. Fin janvier 1943, une Aktion est pour la première foisinterrompue par une riposte. Le 21 janvier, Luna est arrêtée, emmenée àl’Umschlagplatz pour être déportée, mais ses compagnons et elle refusent demonter dans le train et incitent les autres Juifs présents à faire de même. Descoups de feu éclatent, Luna va être fusillée quand une voix lui donne desconsignes : il faut se baisser, faire la morte. C’est encore ce soldat du Britanniaqui l’avait entendue chanter, un jour, et qui l’a déjà sauvée.

La tension est de plus en plus grande dans leghetto, tout promeneur risque à chaque instant d’être pris dans une rafle. C’estce qui arrive fin février à Luna et Henryk qui se trouvent soudain bloqués parla police juive du ghetto. Des Juifs contre des Juifs ! Fou de colère,Henryk fonce sur ces hommes en les insultant : une matraque s’abat, ils’effondre. Quand il revient à lui, sa fille et lui sont embarqués dans unwagon sur l’Umschlagplatz. Dans un souffle, il ordonne à Luna de chanter. Lavoix de la jeune fille s’élève et un ordre retentit : que cette musiciennesorte du wagon ! C’est encore cet officier allemand, qui la sauve unetroisième fois.

Rosa, enceinte, donne naissance à unemagnifique fillette, symbole de la vie persistante malgré l’horreur. Bientôt,l’heure de la résistance sonne : le 15 avril 1943, les soldats allemandsqui tentent de pénétrer dans le ghetto sont repoussés ! Pour la premièrefois, une population s’est levée et a résisté à l’ennemi nazi, et ce sont lesJuifs de Varsovie qui donnent l’exemple au monde entier. Malheureusement, lesforces en présence sont trop inégales, et quand les Allemands utilisent deslance-flammes, les Juifs ne peuvent que reculer. Un jour, Luna qui cherche del’eau pour le bébé de Rosa se retrouve prise au piège dans une maison, seulbâtiment du quartier encore debout. Cachée, elle entend la voix d’un Allemandqui parle polonais ; il essaie de la convaincre qu’il veut l’aider :il la connaît, il l’a entendue chanter autrefois. Luna comprend que l’officierqui l’a protégée est de retour. La conversation s’engage : il s’appelleHans, il est violoncelliste et antinazi. Luna réalise que c’est là le jeunemusicien que son père et elle ont entendu jouer avant la guerre. Hans Büchnerla convainc de sa bonne foi : il l’aidera à se sauver par les égouts, il ades contacts dans la résistance polonaise. Un certain Wladek Iwanski, que Lunaconnaît bien, les attendra, elle, Rosa et le bébé, de l’autre côté du mur. Lulase laisse convaincre par la voix douce et l’amour qu’elle perçoit à traverselle. Non, tous les Allemands ne sont pas mauvais. Elle part donc, accompagnéede Rosa et du bébé, pour une dangereuse équipée souterraine. Le trio manquepérir quand il est rejoint par les gaz toxiques lancés par les nazis. Sesentant mourir, Luna chante le kaddish, le chant yiddish des morts, etc’est ainsi que Wladek et ses amis retrouvent les évadés dans la pénombre del’égout. Hélas, il y a eu une terrible méprise : venu aussi aurendez-vous, Hans a été abattu par erreur par les résistants polonais.

La guerre est finie pour Luna. Les mois ontpassé, puis les années ; Elle a épousé Wladek, ils ont adopté le petitNeftali dont Luna s’était occupée autrefois. Ils ont émigré aux États-Unis etbien des années plus tard, Luna a couché son récit sur le papier pour que safille Rutka sache ce que fut le ghetto, la force de l’amour des siens, et cequ’elle doit à la puissance de son chant.

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