Contes à l'envers

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Une gynocratie

Ce conte de Philippe Dumas semble instaurer un nouveau type de conte. Il respecte bien toutes les structures de ce genre mais y apporte une modernité assez peu commune. L'histoire qu'il nous raconte se passe dans un pays imaginaire où ce sont les femmes qui ont le pouvoir, qui dirigent les hommes, lesquels restent à la maison avec les enfants. Cette inversion des rôles, notamment de la part d'un auteur masculin, est assez peu commune, et donne un certain sentiment d’étrangeté à l’histoire, qui en frôlant la caricature inversée frôle le comique ; en effet, les femmes ne sont que des « machistes inversés », c'est-à-dire des misandres répugnantes et sans aucune élégance ; ainsi Blanche-Neige est-elle particulière car « elle ne portait pas de lunettes, ne fumait pas la pipe, ne jurait pas comme un charretier ni ne passait son temps au bistrot à jouer aux cartes ». De leur côté les hommes sont des « faibles », qui ne sont bons qu'à ranger et nettoyer la maison – « chaque mari dans le pays commençait à relever la tête : plantant là balai-brosse et serpillière, il se ralliait aux maquisards ». La rébellion des hommes lors de la guerre civile des nains n'est pas sans rappeler l’importance que les femmes ont pu acquérir avec la Première et la Seconde Guerre mondiale, en l'absence de leurs maris partis combattre au front, dont elles prenaient le relais, montrant par là leurs compétences. Dans le monde inventé par Dumas, la femme et l'homme finissent par acquérir un statut identique et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cette fin digne d'un « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants » est un clin d’œil à la naïveté des contes pour enfants, et peut-être à l’esprit Disney, qui emmitoufle de coton tous les maux humains. Philippe Dumas utilise donc de manière détournée tous les...

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Dissertation à propos de Contes à l'envers