Cromwell

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La préface : thèmes et enjeux

La pièce de Victor Hugo s’ouvre sur une préface qui demeure peut-être commela partie la plus importante de l’œuvre. Il y explique l’intention danslaquelle il a créé la pièce, et défend et justifie l’utilisation des nouveauxprocédés romantiques qui la construisent et lui donnent son caractère différentdu théâtre classique.

Cette préface détonne par son rejet affirmé des règles du théâtreclassique, ainsi que par l’impétuosité et l’audace dont fait preuve l’auteurqui, du haut de ses vingt-quatre ans, réfute en bloc les règles théâtralestraditionnelles, se faisant auteur d’un nouveau genre, et proposant unealternative à ce théâtre supposé respecter les règles strictes des troisunités, de la vraisemblance et de la bienséance.

Il est bon de rappeler tout d’abord sur quels principes se fondent lethéâtre traditionnel. Celui-ci repose sur le respect de fondamentaux nommés «les trois unités » ; celles-ci doivent donner l’illusion auspectateur que le spectacle est une réalité se déroulant sous ses yeuxpuisqu’aucune ellipse temporelle ni aucun retour en arrière ne viennent altérerle cours du temps.

Aussi, l’unité de temps exige-t-elle que la pièce dure autant que l’actionqu’elle décrit. Si l’action commence le matin et se termine deux heures plustard, la pièce devra durer deux heures afin de ne pas créer de rupture avec laréalité.

L’unité de lieu repose sur le respect du cadre spatial : la scène nedoit pas se situer quelque part, puis soudain en un lien éloigné du premier. Sil’action débute dans une forêt, elle devra se terminer au même endroit, l’œuvrene pouvant montrer des protagonistes évoluant à des centaines de kilomètres dedistance.

Enfin, l’unité d’action doit faire en sorte que chaque événement soit utileau déroulement de l’intrigue, qu’aucune information ne soit gratuite ouinutile. En effet, chaque parcelle de la pièce doit amener au dénouement, et cesans l’interférence d’autres actions annexes à l’action principale.

Ces trois unités respectées ont donc pour but de créer une vraisemblance pourle spectateur, qui devra être convaincu qu’il est possible que l’œuvre se soitréellement produite. Toutefois, dans Cromwell,Victor Hugo ne respecte pas rigoureusement lesdites unités du théâtreclassique.

Pour ce qui est de l’unité de lieu, la pièce se déroule successivement dansla taverne des Trois Grues, la salle des banquets, la chambre peinte ou la poternedu parc de White Hall, avant de se déplacer vers la grande salle de Westminster.Il n’y a pas de réelle unité d’action, et on aurait du mal à imaginer uneuniformité dans l’action au regard du nombre impressionnant de personnages. L’unitéd’action est telle que les actions secondaires servent d’élément derenforcement à l’action principale. C’est le cas des complots de conjurésvisant à tuer Cromwell mais qui tendent, en tant qu’éléments dramatiques, àdonner un contexte plus large et plus d’importance à la quête personnelle deCromwell pour accéder au pouvoir monarchique.

L’unité de temps quant à elle n’est pas du tout respectée non plus. Eneffet, la pièce se déroule sur un laps de temps plus grand que la durée de lareprésentation.

« À demain ! – Ilest temps de nous quitter, je crois.

GARLAND, bas : Oùnous reverrons-nous ?

BAREBONE, bas : Hé !dans la grande salle

De Westminster. Demain,avant l’heure fatale,

Près de son trône impurpar mes soins préparé »

La pièce traditionnelle doit également ne pas choquer les règles de labienséance en offrant un dénouement contraire aux principes de la catharsis,supposée purger les passions des spectateurs. Elle doit donc correspondre à lamorale et incarner des aspects héroïques et sublimes de l’humain.

Ce sont là les principes que Hugo rejette dans sa préface, et qui régissaientle théâtre depuis l’Antiquité. Cependant, il ne reste pas dans une posturerésolument critique et s’attache à proposer une alternative à l’absurdité de cethéâtre classique. Ainsi, il établit qu’en réponse à une pseudo-unité d’actionqui fait perdre à la pièce tout son intérêt en éliminant les actionssubordonnées, il faut créer une nouvelle unité, l’« unité d’ensemble » :

« L’unité d’ensemble ne répudie en aucune façon les actionssecondaires sur lesquelles doit s’appuyer l’action principale. Il faut seulementque ces parties, savamment subordonnées au tout, gravitent sans cesse versl’action centrale et se groupent autour d’elle aux différents étages ou plutôtsur les divers plans du drame. L’unité d’ensemble est la loi de perspective duthéâtre. »

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